‹ ThéâtreChapitre 287 sur 971 · CÉLESTINE, FABIUS, LA FOLLE, LE COMTE · texte numérisé non relu

CÉLESTINE, FABIUS, LA FOLLE, LE COMTE

LA FOLLE, entrant, des papiers à la tnain. Où est-il? où est-il?

FABIUS, la suivant.

Ma mère, ma mère, rendez-moi ces papiers... ils ne m'appartenaient pas; ils sont à monsieur.

LA FOLLE

Ces papiers sont à vous, monsieur?... Eh bien, n'y croyez pas... tout ce qu'ils disent est faux.

LE COMTE

Mais, madame...

La marquise d'Esgrigny trouva, disent-ils, appui et pitié auprès du bourreau de Lyon.

LE COMTE

Madame...

LA FOLLE

C'est un mensonge.

FABIUS

Ma mère...

LA FOLLE

Un mensonge infâme, monsieur!

LE COMTE

Rendez-moi ces papiers.

LA FOLLE

Ces papiers?... [Elle fait un geste pour les déchirer. ) Voilà ce qu'ils valent... {Elle s'arrête, ) Non,., Qui a écrit cela ?

FABIUS

C'est monsieur le comte.

LA FOLLE

Eh bien! monsieur, ils vous ont menti... C'est la vérité que vous vouliez révéler... je vais vous la dire... Écrivez .. écrivez.

LE COMTE

Finissons!... Et que m'importent les propos de cette folle?

Folle! oh! je l'ai été, quand j'ai cru à la pitié de l'infâme Bénard!

CÉLESTINE

Bénard!

FABIUS

Bénard!... Que dit-elle?

LE COMTE, à part.

Ne me serais-je pas trompé?

LA FOLLE

Ah ! ce fut affreux!. .. Henri, mon noble Henri!

LE COMTE

Henri!... c'était son nom ?

LA FOLLE

Mon Henri, que j'aimais comme Dieu!... Je voulais te sauver... pour moi, pour ma Louise, 1 notre unique enfant, le seul gage de notre amour !

LE FILS DE LA FOLLE

tB COMTE, regardant Fabius.

Le seul?...

LA FOLLE

Écoutez!... On m'avait dit qu'un de ces hommes qui tuaient au nom de la loi faisait commerce de la vie des prisonniers, et que je pourrais lui racheter la vie de mon mari...

CÉLESTINE

De -votre mari ?

LA FOLLE

Oui... Est-ce que je ne suis pas la marquise d'Esgrigny? .. Qui en doute ici?

CÉLESTINE, sUipi'faite.

La marquise d'Esgrigny... vous?

FABits, de même.

La marquise d'Esgrigny !

LE COMTB, viienjeni.

Ne voyez-vous pas que la lecture de ces papiers lui a tourné la tête?

FABIUS, avec violence.

Oh! laissez-la parler, monsieur, et priez Dieu de n'avoir pas à me rendre compte d'un crime de plus.

LE COMTE

Elle menti... elle ment!

LA FOLLE

.le mens, dites-vous, je mens!... C'est qu'en effet, ce n'est pas croyable... On m'avait enseigné la demeure de cet homme qui trafiquait à prix d'or des victimes, au détriment du bourreau.

LE COMTE

Calomnie !

LA FOLLE

C'est vrai; on mentait... Je lui offris de l'or, à cet homme... j'en avais pris tout ce que j'en pouvais porter... je jetai tout à ses pieds... L'infâme ne regardait que moi... Ce ne sont pas tes richesses que je veux, me disait-il, c'est toi, toi...

LE COMTE

Elle est folle! vous dis-je.

LA FULLK.

folle... Oui, je vous l'ai dit, je le suis de>ciiue ce jour-là... car, savcz-vous ce qu'il lit, le bourreau? .. Il demeurait sur la place où était dressé l'échafaud; il ouvrit une fenêtre, cl m'y traîna, pour nie montrer le sort qui attendait mon noble Henri... A la première tète qui tomba, je dis non... A la seconde, je ne pus répondre... A la troisième, c'est vrai, je devins folle... je dis oui. CÉLESTINE Cl FABiis, ttvec horreur.

Ah!

LE COMTE

Ce n'est pas vrai... je le jure.

LA FOLLE

C'est vrai, je le sais bien, moi, monsieur.

FABirs, en menaçant.

Et le marquis ne fut pas sauvé, cependant?

LE COMTE

.le lai voulu... je l'ai voulu.

LA FOLLE

Non, non, vous l'avez tué, et si bien tué, que lorsque j'ai couru vers l'échafaud, son sang est tombé sur ma tête et sur celle de mon enfant... {elle semble chercher dans son souvenir) mon enfant, Louise, ma tille... Louise... [Elle parcourt la scène et toui-à-coup regarde le comte, pousse un cri, court à lui, le saisit au collet et s' (crie.) Bourreau, qu'as-tu.faitdema tille? qu'as-tu fait de ma fille ?

FABIUS, avec menace.

Ah ! monsieur le comte, vous êtes en mon pouvoir, et l'échafaud n'est plus à vos ordres.

LE COMTE

Fabius, prenez garde l prenez garde !

LA FOLLE, 7'ai courant la scène.

Louise... Louise, ma fille!

CÉLESTINE

Ma mère! c'est moi, je suis votre fille, et c'est en fuyant cet affreux spectacle que vous êtes venue errante et folle jusqu'en ce pays... c'est là que nous fûmes recueillis parla pitié des passans.

FABIUS

Oui, ma mère.

LA FOLLE

Ma fille... oui, ma fille, c'est loi. {Elle tombe assise sur ;j»j siège en embrassant Célestine. Fabius est à genoux rt côté d'elle, et lui embrasse les mains; la Folle relève la tète et le regarde longtemps.) El lui ! lui!

FABIUS

Ma mère, je suis votre fils.

LA FOLLE, se reculant.

Mais je n'avais pas de tils, moi !

Ma mère. . .

i.A FOi.LB, se levant.

Mais je ne vous connais pas, monsieur

FABIUS

Ma mère...

LA FOLLE, lentement.

Sa mère... moi... Mon fils, lui... mon fils !

CÉLESTINK.

Ne le reconnaissez-vous pas ?

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