‹ ThéâtreChapitre 33 sur 971 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Mn>« DE KERMIC, DIANE.

M™^ DE KERMIC.

Ah! je voudrais que ce fût lui: je serais fière d'avoir protégé cette sainte et généreuse existence. Toi-même, Diane, ne sens-tu pas quelque orgueil à t'associer au dévouement de ce noble jeune homme ?

Oui, ma mère, oui... et cependant, je ne puis vous dire quelle crainte m'agite malgré moi en pensant à ce que vous venez de faire.

M"'<^ DE KERMIC

Regretterais-tu déjà de m'avoir secondée ?

DIANE

Moi?... ô ma mère, vous ne le pensez pas... qu'ai-je à craindre pour moi ? n'ai-je pas un malheur qui me protège contre tous les autres? et si l'on devait découvrir un jour votre généreuse complicité avec ce que l'on appelle des coupables... ce n'est pas moi qu'on accuserait, ce n'est pas une pauvre aveugle qu'on punirait de cette noble action, ce n'est pas elle qu'on en supposerait capable.

M"e DE KERMIC.

Diane, n' es-tu pas capable de tout ce qui est digne et bon?

DIANE

Non... inutile à tous et à charge à moi-même... Oh! tenez, ce soir j'éprouve une tristesse...

M""" DE KERMIC.

Et pourquoi ?

DIANE

Vous me le demandez?... pensez-vous donc que j'aie oublié les récits dont vous avez bercé mon enfance?... Je me souviens, moi... car ce ne sont pas les plaisirs du monde qui me font oublier ce que j'écoute... je me souviens de ces nobles dévouemens qui ont signalé !a vie de tantde femmes.

Mine x)E KERMIC.

En est-il une qui mérite mieux que toi l'affection de ceux qui te connaissent?

DIANE

L'affection de ceux qui ont pitié des malheureux.

M™" DE KERMIC

Diane, pourquoi ces pensées aujourd'hui ?

DIANE

Aujourd'hui plus que jamais! N'est-ce pas dans

DIANE DE CHIVRI.

un temps comme celui-ci que ma mère, ma pauvre mère, à qui j'ai donné la mort en naissant, sauva mon père. Elle était plus jeune et plus faible que moi... et pourtant elle sauva celui qu'elle aimait, elle le cacha... elle se plaça entre lui et ses assassins... elle pouvait voir le danger et le braver; mais moi...

M""« DE KERMIC.

Toi? ne viens-tu pas de faire tout ce qui est en ton pouvoir.

DIANE

Oui, j'ai pu vous livrer les clefs d'un appartement, je pourrai garder le secret qui m'est confié... voilà tout ce que je puis.

M™^ DE KERMIC.

Tu n'en auras pas moins droit à la reconnaissance de celui que tu m'aides à sauver. DIANE, tristement.

Oui, à sa reconnaissance.

M"fi DE KERMIC.

Diane.

DIANE

Mon père aima ma mère qui l'avait sauvé... mais qui m'aimera jamais, moi ?

On entend sonner au dehors.

«""« DE KERMIC.

Quel est ce bruit ? {On continue.) Encore 1 qui peut venir à cette heure? (Appelant. ) Marthe, Marthe.

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