‹ ThéâtreChapitre 341 sur 971 · GEORGES, LOUISE, LÉON · texte numérisé non relu

GEORGES, LOUISE, LÉON

Louise est sur le soplia, Georges assis près d'elle, Léon

appuyé sur le dossier et regardant Louise.

LÉON

Elle dort toujours!...

GEORGES

Non! ce n'est pas là du sommeil... c'est l'anéantissement de toute force et de toute pensée... Mais continuez, Léon*...

Il se lève, Léon le suit.

LÉON

M. d'Avarenne s'était donc décidé , quoique à regret , à me donner l'ordre de mise en li-

* Léon, Georges, Louise.

berlé que lui demandait son fils, lorsque je vis entrer Nimois qui lui apprit que le prisonnier était le colonel Bernard. C'est alors que le comte me reprit ce papier, le déchira, et qu'après s'être retiré un moment, avec Nimois, dans son cabinet, il me remit un autre paquet de dépêches pour le vicomte...

GEORGES

Dont le contenu était, sans doute, bien différent de celui qu'il attendait?

LÉON

Je n'ose vous donner aucun espoir, colonel... car je ne suis pas revenu seul , et l'officier qui m'accompagnait, porteur d'instructions particulières, s'est, aussitôt après notre arrivée, enfermé

LE PROSCRIT

avec mon frère et Arthur. Ils sont encore en conl'érence... Mais ce qui me fait trembler, c'est qu'un des agens qui sont au château vient d'être expédié dans les montagnes...

GEORGES

Ah ! ne leur suffit-il pas d'une victime !... Et mes compagnons aussi doivent-ils mourir ? LOUISE, réveillée depuis un instaiic.

Mourir!... Qui parle de mourir?...

LÉox, allant à Louise et montrant Georges. Lui! Louise!... Mais Arthur ne le permettra pas, et je vais le voir et le prier...

LOUISE

Ah! je l'avais déjà fait.

GEORGES, s'approchant.

Allez ! Léon! allez!... Je sais que je vous le défendrais vainement... mais je sais aussi que vous n'obtiendrez rien.

T.eon serre la main Je Louise , et sort par la porte de gauclie.

GEORGES , LOLISE.

LOUISE, toujours sur le sopha.

us jugez mal le vicomte d'Avarenne, Geortout ce qu'on peut obtenir d'un noble cœur... "obtiendra de lui...

' ORGES, qui s'est assis près de Louise, e n'est pas de la générosité du vicomte , ■ t ci' on pouvoir que je doute... D'ailleurs son j^ . . ^.. serait inutile pour me rendre une vie que je ne saurais accepter...

LOUISE

Pourquoi donc , Georges, ne la pourriez- vous accepter ?

GEORGES

Pourquoi ?... C'est que comme vous me l'aviez dit, on connaissait notre arrivée, et comme je viens de l'apprendre, on est déjà à la recherche de mes amis... (// se love.) Ils seront arrêtés sans doute... car ils m'attendent toujours... et vous comprenez, Louise, que s'ils doivent mourir pour m'avoir suivi... je ne peux pas vivre, moi, parce que le hasard (il appuie sur ce mot) m'a placé SOUS une protection dont je rougis!

LOUISE, qui est allée prûs de Georqes .

Mais s'ils ne mouraient pas... s'ils pouvaient fuir comme vous... refuseriez -vous encore la vie ?

GEORGES

Écoutez-moi, Louise!... car je veux bien supposer un moment ce que vous semblez espérer avec tant d'ardeur, et ce qui est impossible... Je veux bien croire qu'on me laisse la vie ainsi qu'à mes compagnons... Qu'en ferais-je, maintenant? Quel serait mon avenir?... Humilié de vivre sous un pouvoir que je hais, et ne pouvant plus me venger de cette humiliation...

LOUISE

La vie est-elle donc toute dans les passions cruelles de la politique?

GEORGES

Je vous comprends, Louise... Oui, l'on oublie, sans s'en apercevoir, tout ce qu'on a rêvé de gloire et de puissance... tout ce qu'on souffre de servitude, quand on peut livrer son ame aux douces affections de la famille .. mais moi, je n'ai d'autre famille que la vôtre... et vous savez quels sentimens j'y trouverais!...

LOUISE

Êtes-vous donc implacable!... Et cette union fatale !...

GEORGES

Cette union, je le sais, sera bientôt brisée... mais l'amour, qui vous l'a fait contracter, ne périra pas avec elle...

LOUISE

Ah ! Georges, vous êtes toujours cruel!

GEORGES

Ce n'est pas une accusation, Louise; je sais que vous me suivrez comme une honnête etdigne femme; que vous le quitterez {lour moi. que vous ne le reverrez plus... mais, au prix même de ce sacrifice, savez-vous quelle serait votre existence? Vous seriez bonne, rés:gi:ée, soumise, que c'est à peine si je vous tiendrais compte de toules ces vertus ; le respect, les soins, le dévouement seraient pour moi, mais le cœur serait pour un autre... je le verrais, je le sentirais. . votre sourire me ferait mal comme un effort douloureux... vos larmes, si vous ne me les cachiez pas assez bien, me sembleraient une injure, et une injure qui me blesserait d'autant plus, que celui que vous aimez le mérite, et que vous avez pu vous croire le droit de l'aimer... Oh! celte défiance de tontes les heures, ce doute de tous les instans, deviendraient un supplice que je ne me sens pas la force d'endurer... Oh! mieux vaut mourir, croyez-moi, que de vivre ainsi !

LOUISE

Oui, Georges, vous avez raison, mieux vaut mourir... [Après une pause.) Mais si vous vous étiez trompé!... si ce ne devait pas être là votre avenir... si vos compagnons étaient sauvés comme vous, vous ne craindriez pins alors que celle vie de soupçons, de craintes, de malheurs, que je vous apporterais...

GEORGES , l interrompant.

Ne serait-ce donc pas assez?... et ne tremblezvous pas d'y penser?

LOUISE

Eh bien, Georges... si je vous donnais, loutà-V heure {elle appuie sur ce mot), un gage irrécusable et éclatant qu'aucune de ces douleurs que vous prévoyez n'existera pour vous?

GEORGES

Un gage !

LODISK.

Que VOUS ne pourrez méconnaître... qui ôtera

de votre cœur tous les doutes, tous les soupçons, toutes les craintes. . . Si je vous le donnais ce gage, consentiriez-Yous à vivre alors ?

GEORGES, avec joie.

Oh I Louise, s'il était possible !

LOUISE, vivement.

Consentiriez-vous à vivre, répondez?

GEORGES, avec bonheur.

Ohl oui, je voudrais vivre alors !

LOUISE

Vous vivrez donc, car je m'empare de cette parole comme d'un engagement sacré.

GEORGES

Et que je serai heureux de tenir, je tous jure.

Léon paraît.

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