SCENE X
GlULIO, LE COMTE.
GICLIO.
Monsieur, je me rends à vos ordres.
LE COMTE
■Vous avez pris la peine de vous déranger... j'en guis facile... c'était à moi de vous aller trouver... j'ai deu\ mots à vous dire.
GlULIO.
Je vous écoule, monsieur.
LE CO.MTE.
Monsieur, voug êtes dans ce château depuis six scniuiiics ?
GIDUO.
Oui, monsieur.
LE COUTE
Votre projet est-il de partir bientôt?
GICLIO.
C'est selon...
LE COMTE
Il faut pourtant vous y décider: je compte par» tir demain, moi.
GITILIO.
J'en suis sincèrement fâché, monsieur; j'avais espéré jouir plus long-temps de l'honneur de votre compagnie.
LE COMTE
Je compte partir demain, et je ne veux pas vous laisser derrière moi.
GIOLIO.
Ah! Et pourrais-je savoir, monsieur, d'où vient cette soudaine résolution?
Je vais vous le dire. Je suis le fiancé de M"" de Nangis: dans quelques moiselleseramaiemine... je me fie en ses promesses, en sa vertu... j'ai la parole du baron de Cadenet... Mais il y a ici une vieille dame dont je me méfie; elle a tenté de me nuire dans l'esprit de M'i* de Nangis; elle me hait; elle est, dit-on, pleine de bon vouloir pour vous... voilà pourquoi, lorsque jepars,je ne veux pas vous laisser derrière moi.
GIOLIO.
II y a beaucoup de franchise et de modestie dans une telle explication; elle vous honore, monsieur. J'avoue cependant que je ne m'y attendais pas. Vous avez le cœur sur la main, monsieur.
LE COMTE
Je ne suis ni diplomate, ni courtisan.
GlULIO.
Et vous avez pensé que je souscrirais sur-le» champ aux exigences de voire suscepiibiliic?
LE COMTE
Au contraire, monsieur ; j'ai juge que vous rae refuseriez cette satisfdciiou.
tilULIO.
Eb bien, alors, pourquoi me l'avez-vous demandée?
LE COUTE
Parce que cela me convenait pour en venir au point de vous en proposer une autre... Vous êtes gentilhomme, monsieur?
GICLIO.
Oui, monsieur.
Alors vous pouvez prévoir comment ceci va se passer. Vous partirez demain matin, monsieur; vous partirez avant moi, sinon nous nous battrons... nous nous battrons sans témoins, et l'un de nous deux restera dans ce château pour y être enterré. Je ne pense pas que vous ayez la condescendance d'accepter la première de ces deux propositions; je vous la fais pour l'acquit de ma conscience; quant à la seconde, je tiens son ac«
LE CHATEAU DE SAINT-GERMAIN
complissement pour inévitab'e. Votre arme est sans doute l'épée, monsieur?
GIULIO
Ceci est une plaisanterie, monsieur?
LE COMTE
J'ai parlé fort sérieusement, monsieur. Demain nous nous battrons à l'épée, jusqu'à ce que mort s'ensuive.
GICLIO.
Non ; car votre défi est celui d'un fou.
LE r.OMTK.
Et votre refus serait celui d'un lâche. Vous êtes mon rival, monsieur; vous aimez M"^ de Nangis, cl la proposition que je vous fais doit vous mettre à l'aise.
GIULIO
Vous oubliez, monsieur, que les édils défendent le duel sous peine de mort. Le baron Drouet, Louchavanncs et bien d'autres ont été traînés sur la claie et pendus par les pieds, pour avoir failli aux ordres du roi notre mailre.
LE COMTE
Cette considération ne saurait m'empêcher de vous donner toute satisfaction après vous avoir in^^ullé. D'ailleurs nous sommes sur la frontière de Provence, à quelques lieues seulement d'Avi-
gnon : si vous me tuez, vous vous sauverez en terre papale. Votre arme, monsieur, votre arme?
Oo entend le son des cloclies.
GICLIO.
Pardon, monsieur... c'est le service funèbre qui va se célébrer.
LE COMTE, avec colère.
Monsieur, vous ne m'avez pas répondu.
Le Baron entre, suivi du cbcvalier Desgravaux, de Le'ona et des valets.
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