SCENE III
GIULIO, DESGRAVAUX.
DESGRAVADX, enlr'ouvrant laporle de gauche. Voisin, êtes-vous déjà couché?
GIULIO , à part, avec impatience.
Desgravaux !
DESGBAVArx, entrant.
Mais ces bougies qui brûlent... il ne peut pas être au lit.
Il soulève un peu les rideaux de l'alcôvc. GICLIO, à part.
Ah! que n'ai-je mis le verrou à cette maudite porte!
DESGRAVADX, laissant retomber les rideaux. Personne! {Apercevant Giulio.) Ahl vous voilà! Que faites-vous donc là?
GIULIO
Vous voyez, je me chauffe.
DESGRAVAUX.
Au fait, il fait froid ce soir; mais notre valet commun vous a mieux servi que moi... je n'ai trouvé dans ma cheminée que deux mauvais tisons de bois vert... et vous, vous avez un feu de prince. ( Prenant un pliant et s'asseyant. ) Vous permettez qu'un instant je fasse comme si j'étais chez moi? {Mouvement d'impatience de Giulio.) Ah ça! pourquoi nous avez-vous donc quittés si vite... pourquoi n'éles-vous pas resté après le souper, comme d'habitude, pour causer avec nous auprès du lit de M"»» de Faverney î
GIDLIO.
J'étais souffrant...
DESGRAVAUX.
Ahl en effet, vous ne paraissez pas a votre aise.
GICLIO.
Oh! ce ne sera rien...
DESGRAVAUX.
C'est peut-être ce prompt départ qui vous produit cet effet-là. ..Vous étiez bien vu dans ce i:l;âteau... vous y étiez traité comme un ami, comme un proche parent... Voilà qu'il ne reste plus personne pour la partie d'ccbecs; car moi, je pars aussi, je pars comme vous, demain malin. GIULIO, à part.
Le maudit bavard !
lise lère.
DESGRAVAUX, se levant.
C'est à Paris que vous allez, n'est-ce pas'î
GltLIO.
Je l'espère.
DESGRAVAUX.
Vous n'en êtes pas sûr?
* Desgravaux, Giulio.
LE CHATEAU DE SAINT-GERMAIN
GICLIO.
Non.
DESCRAVAUX.
C'est à Paris cependant que M™" de Faverney compte vous adresser ses lettres... elle m'a paru fort contrariée de recevoir vos adieux.
Gii:uo.
J'ai été au désespoir de les lui faire.
UKSGÎlAVAUX.
Et mademoiselle de Nangis est devenue toute pâle et toute Iremblaute quand vous lui avez baise les mains.
GIDLIO.
Il'me .«temble qu'elle était fort gaie et fort tranquille ce soir à souper.
DESGRAVACX.
N'importe... ce n'est pas elle ici qui vous regrettera le moins... écoutez, monsieur, je vais vous parler clairement... je ne suis pas diplomate; dans ma jeunesse, on m'avait surnommé Saint- Jean Bouche-d'Or, tant je disais nettement les cboses. Vous partez à temps pour vous et pour tout le moiide, car vous mettiez en péril ici votre propre fortune et celle de toute la l'amille... figurez-vous que M"« de Faverney avait imaginé de vous faire épouser sa nièce. . elle aurait éloigné M. de 2^1auléon, fléclii le baron de Cadenet... ètes-vous riche, monsieur?
GICLIO.
Au contraire!
DESGRAVACX, lui tendant la main.
Alors nous pouvons nous donner la main... et cet heureux état de choses n'aurait pas changé; car ma cousine, Jl'ie de Nangis, est la plus noble et la plus pauvre demoiselle de la province... il n'y a qu'une vieille tête branlante et radoteuse comme celle de M^^ de Faverney qui ait pu songer à un pareil mariage.
GlULIO.
Vous êtes un homme positif en toutes choses, monsieur.
DESr.RAVACX.
Je suis un philosophe ; c'est pourquoi je n'ai jamais voulu me marier... et vous, monsieur? Si vous n'avez pas trop peur d'engager votre liberté par des nœuds irrévocables, prenez un meilleur parti, faites-vous prêtre... uu prôlre arrive à tout... voyez l'exemple de monseigneur le cardinal de Richelieu!...
GICLIO, légèrement trouble.
Merci de vos bons avis, monsieur, j'en profiterai; et maintenant recevez mes adieux les plus aflfcctueux et les plus reconnaissans.
UESGnAVAl'X.
Je les recevrai demain malin au pointdujour... car je serai là pour vous tenir l'étrier et vous souhaiter un bon vojage... Bonsoir, seigneur Giulio.
Il sort.
GlDLlo, mettant le verrou à la porte de Dcsgravaux.
Voici qui l'empêchera de revenir, li jamais Venue l'en prenait I ,^, . ,
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