SCENE IV
Les Mêmes, hors LA TOURIÈRE, CHaiflVINE
derrière la grilU.
SOBCR DE LA MiSKRicoROB , p*t'< dt la griUc et appelant d'une voix iremblonie.
Christine!...
CURISTINB, derrière la ^n'ile et en pleurant. Qui m appelle? eâl*oe v«uf,i ma uiéraf
MAGASIN THEATRAL
SOEUR DB LA MISÉRICORDE, à pari.
Elle pleure! (&a»(.) Oui, mou enfant; oui c'est moi, moi, votre mère!
CBRISTINE.
Vous! ah! je ne vous espérais plus ! je croyais qu'il ne me serait pas même permis de vous parler à travers celte fatale grille... et je pleurais.
SOEtJR DE LA MISÉRICORDE.
Séchez vos larmes... je suis là.
CHRISTINE
Oh !je ne pleure plus... je suis heureuse I Mais, ina mère, parlez, parlez-moi... toujours, toujours ! que j'entende votre voix... Hélas! il y a si longiciDp qu'elle n'a retenti à mon oreille, celte voix ji douce et si chère à mon cœur!
SOEUR DE LA MISÉRICORDE
Oui, il y a douze ans que nous sommes séparées, mon enfant, il y a douze ans que je vous ai dit adieu, en appelant sur votre tête la bénédiction du ciel t
CHRISTINE
Depuis ce triste jour, je suis venue bien souvent vous demander au parloir... mais sans doute on ne vous l'a jamais dit... Oh! non... et vous alors, vous m'accusiez... vous me reprochiez de vous avoir oublié... Vous oublier!... vous, ma mère .. non... non!... tous les jours je pense à vous; tous les jours je prie Dieu pour votre bonheur.
SOEUR DE LA UISÉRICORDE, à part.
Chère enfant!
CHRISTINE
C'est que je vous aime, ma mère! cet amour est ma force, ma consolation, ma vie... mais que je voudrais vous voir... vous voir seulement un instant!... Hélas! si vous écartiez ce rideau...
Soeur Madeleine el sœur Marie tournent aussitôt leurs regards «lu côté de sœur de la Mise'ricorde.
gOBTO OB LA MIsiRicoRDE , s'apercevatit de leur mouvement.
Rassurez-Tous, mes sœurs, rassurez -vous... la règle m'ordonne de ne pas ouvrir ce rideau, j'obéirai. (A part.) 0 mon Dieu, c'est à toi que je dois ce courage 1
CSRISTI9B.
Mais que je voie du moins quelque chose de WUS, ma mère, votre main, votre robe.
80ICR DE LA MISÉRICORDE
Chistine, mon enfant, agenouillez-vous, baisez ce rosaire.
soBca UARIE, à sœur Madeleine.
Que de résignation, que de calme!...
60EUR DE LA MiSÉRWOttDE , retirant vivement sa main d'entre les plis du rideau et la portant à ses lèvres.
Àb*. sa main, je crois, a touché la mienne l
CHaiSTlNE.
Ha mère, ce ros-aire est le vôtre ; donnez-le-moi» pu gr&cei par piUé> C (Qime£-ie-moi ! .^ ^
SOEUR DE LA MISÉRICORDE, détachant son chapelet et le faisant glisser entre les barreaux de la grille.
Tenez, mon enfant !
CHRISTINE
Blerci, merci mille fois, ma mère... ce rosaire ne me quittera jamais... Hélas! vous n'avez rien de moi, vous?
SOEUR DE LA MISÉRICORDE
J'ai voire image; elle ne s'est pas effacée de mon cœur durant tant d'années d'expiation et de repentir. Il y a douze ans que je ne vous ai vue, mon enfant; mais je vous ai toujours devant les yeux... telle que je vous embrassai pour la dernière fois, toute petite, innocente et belle comme un ange du ciel !
CHRISTINE , avec désespoir.
Ma mère! ma mère; je ne vous verrai donc jamais ! je mourrai donc sans vous avoir vue ! SOEUR DELA MISÉRICORDE, froissant U rideau et à part.
Ah! si j'osais I... si j'osais !
CHRISTINE, avec larmes.
Ne pas se souvenir des traits de sa mère ! ne pas la voir au moins dans sa pensée... Oh! c'est affreux !
SOEUR DE LA MISÉRICORDE, à part.
Sa douleur me tue; mon Dieu, mon Dieu, double mon courage.
CHRISTINE , d'un ton suppliant et avec des sanglots»
Ma mère, vous voir un instant! ou je meursl
SOEUR DE LA MISÉRICORDE
Je n'y résiste plus; Christine! [Arrachant le rideau. ) Voilà ta mère!...
Sœur Madeleine et sœur Marie se sont soudain lerées et recouTerles de leurs voiles.
SOEUR HADEDBiNE, entraînant sœur Marie, O profanation... profanation!
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