SCENE X
M°"= DE KERMIC, DIANE.
M''^ DE KERMIC, OU foJid, en entrant.
Diane! toi ici!... je comptais y trouver Martial.
DIANE, à part.
On m'a assez trompée!... je puis mentir à mon tour!... {Haut.) Oui, il vient de rentrer; mais il est remonté chez lui.
M^ae DE KERMIC.
Tu en es sûre !
DIANE
Très-sûre t. .. où voulez-vous qu'il aille à pareille heure?
M"6 DE KERMIC, à part.
Ce retour me contrarie... heureusement que Valérien n'a pas encore donné le signal... ( A Diane. ) Mais pourquoi as-tu quitté ta chambre ?
DIANE
J'ai fait comme vous!... j'ai entendu rentrer Martial, et j'ai voulu lui dire bonsoir !
jime DE KERMIC.
Et lu l'as vu?
DIANE
NonI
M"e DE KERMIC.
Va le trouver ; il te contera sa soirée.
DIANE
Oui, le bal d'où il vient... vous avez raison, ma mère!... cela me distraira beaucoup.
Elle va pour sortir.
M»'^ DE KERMIC, ÉCOUtant.
Le bruit d'une voiture!...
DIANE, à part.
L'imprudent!... c'est la sienne 1 (Haut.) Je n'ai pas entendu !
M™<= DE KERMIC , à part.
Valérien ne les aurait-il pas rencontrés?... on approche !... ce sont eux !
DIANE , de son côté, écoutant.
Ce ne peut être Martial ; c'est une voiture qui vient... qui vient de loin... oh! mon Dieu!... quelle idée ! quel espoir !
M™6 DE KERMIC.
Elle s'arrête!... Diane... mon enfant, va! j'ai besoin d'être seule...
DIANE, avec éclat.
On descend!... ahl je vais aller moi-même... on ne me trompera pas cette fois.
Elle Ta pour sortir par le fond.
M™e DE KERMIC, avec un Cri.
Pas par là 1... tu pourrais les rencontrer.
DIANE
Qui donc?
Mine DE KERMIC, trèS-lroubléC.
Diane!... laisse-moi... j'attends quelqu'un... quelqu'un qui ne doit te voir qu'après que je lui aurai parlé.
DIANE
Ah! c'est lui, n'est-ce pas?
M'^fi DE KERMIC
Lui?
DIANE
Léonard Asthon, qui est en France!... qui est acquitté... qui r.e m'a pas abandonnée!... ah! je sais tout !... je l'entends !... le voilà !
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DIANE, M">e DE KERMIC, GEORGES, M. DE CHIVRI, PHILIPPE, UN DOMESTIQUE.
LE DOMESTIQUE, annonçant.
Messieurs de Chivri !
Ils entrent, la porte se i-cfnrmc,
DIANE, avec tin cri.
Mon père! ( // entre; elle tombe à genoux.) Mon père I
M. DE CHiVRi s'arrête soudainement , puis avec sévérité.
J'ai reçu votre lettre, ma mère: à la manière dont vous me pressez de venir ici, je craignais qu'il ne fût arrivé quelque accident cruel à ceux que j'aime ; je suis venu, me voilà ; mais à l'accueil que je reçois, je tremble de n'avoir pas prévu tout le malheur qui m'y attend.
DIANE, à genoux.
Ah ! mon père I
M"" DE KERMIC, vivement.
Monsieur le comte, mes enfans, je vous attendais ; mais je vous attendais seule!... Diane ne devait pas assister à cet entretien ; mais Dieu , sans doute, en renversant toutes les précautions que j'avais prises pour l'éloigner, a voulu que je n'eusse pas à rougir seulement devant vous du fatal secret que j'ai à vous dire et du malheur que mon imprévoyance seule a causé.
M. DE CHIVRI.
Et ma fille, n'a-t-elle rien à me dire, elle?
DIANE, se traînant à genoux.
Mon père ! nime DE KERMIC, l'arrêtant et se plaçant entre elle et son père.
Rien! rien!... jusqu'à ce que je vous aie tout dit, moi !
M. DE CHIVRI.
Ah ! malheur à la fille qui, après de longues années de séparation, ne peut tendre les bras à son père, et reste tremblante et confuse à ses pieds !
M^e DE KERMIC.
Gardez vos malédictions pour les coupables; car, de tous les complices de ce crime, elle seule en est victime, et elle seule en est innocente.
M. DE CHIVRI.
Innocente!... les innocens sont debout!
M™e DE KERMIC, relevant Diane.
Debout donc, Diane ; il ne faut baisser la tête que sous les remords ,. mais non pas sous le mal-
heur; et maintenant, écoutez-moi tous les trois.
GEORGES
De l'indulgence, mon père l
PHILIPPE
Et de la pitié ; regardez-la 1
M. DE CHIVBI.
Ah! malheureux! que vais-je apprendre? *
^'^= de Kermic s'assied, M. de Cbivri de même ; ses deux ■ lis restent debout de chaque côté de son fauteuil, Diane est près de sa grand'mcre.
M™« DE KEHMic, assise.
Il y a quinze mois , un homme , proscrit et menacé de mort, errait dans les environs de ce château. Quelle que soit l'opinion politique que vous professiez, s'il était venu vous demander un asile, vous ne le lui auriez pas refusé. C'était un homme du parti auquel mon mari et mes frères avaient donné leur sang, et auquel, moi, j'ai voué toute mon existence. Je lui fis offrir cet asile ; il l'accepta. Quand je vous l'aurai nommé, car je vous le nommerai , vous reconnaîtrez comme moi qu'il méritait alors ce que je fis pour lui !... Son courage, ses vertus, son nom... tout le recommandait à mon hospitalité; cependant, je fus assez imprudente, moi, pour laisser souvent près de lui, et dans le secret d'une retraite que je ne partageais pas toujours, une jeune fille, iiclle, confiante aussi... mais que je devais croire protégée par le malheur qui l'a frappée en naissant.
GEORGES
Et l'infâme a répondu par une séduction ?
jime DE KERMIC.
Ohl non ! ce n'est pas par une séduction, non. mes fils... Or, écoutez-moi bien, pour que votre colère ne s'adresse qu'à celui qui l'a véritablement méritée, et pour que lui seul soit puni... lui seul, n'est-ce pas ?
GEORGES et PHILIPPE.
Lui seul t
M°"> DE KERMIC.
Eh bien donc , il était depuis deux mois enfermé dans un pavillon de ce château, lorsqu'une tiuil...
DIANE, avec îin cri.
Ah! pas devant moi, ma mère, pas devant moit
]''.)lc tombe à genoux devant M"" de Kermic, et lui ferme la bouche avec la main,
M. DE CHIVRY.
Elle a raison, madame ; nous en savons assez I
M°<= DE KERMIC.
Pas assez pour lui pardonner.
M. i)K cinvui.
Assez pour la venger du moins ; c'est tout ce qu'elle peut attendre de nous.
Diane, debout, M"'"^ de Keiinic, assise, faisant grouj)!; âoTaulrc côté, M. de Chiriy, Georges ctThilippc.
DIANE DE CHIVRI. t%
DIANE, se traînant veri son père.
Mon père I mon père I
GEORGES et PHILIPPE s'avançant vers elle , et lut prenant les mains qu'elle tend vers son pure. Diane I... ma sœur!... Diane!...
DIANE
Ahl ce sont mes frères!... mes frères!... (elle se relève et les embrasse) mais mon pèrel... mon père!
M. DE CHIVRI, se reculant tandis qu'elle avance vers lui.
Il vous demande le nom du coupable... ce nom qu'on lui a caché bien long-temps, madame !
M™'^ DE KERMIC.
C'est que j'avais espéré en son honneur... depuis cette fatale nuit, cet homme proscrit s'est réfugié en Angleterre... je voulais lui écrire, je lui écrivis...
M. DE cnivRi.
Et il n'a jamais répondu, n'est-ce pas?
M™e DE KERMIC.
Jamais; enfin, aujourd'hui même, sachant qu'il était près d'ici, je lui envoyai cette lettre.
M. DE CHIVRI.
Et il a refusé de la recevoir ?
Bime DE KERMIC.
D'où le savez-vous ?
M. DE CHIVRI.
C'est que c'est ainsi que ces misérables traitent les mères insensées qui leur livrent l'honneur de leur nom ; c'est ainsi qu'ils traitent les filles perdues.