HÉLÈNE , JULES
JCLES , escaladant.
Silence!... rassure-toi, Hélène, c'est moi!
BÉLËNE , avec un effroi marqué.
Vous ! vous ici... commentî
Cette échelle de corde lancée d'une main sûre jusque sur ce balcon.
UÉLËNB, s' éloignant.
Oh ! j'ai peur, si près de vous 1
JULES
Âh ! repoussez-moi donc aussi, pour qu'aucun malheur, aucune honte ne me manque aujourd'hui !
HÉLÈNE , 5e rapprochant un peu.
Que dites-vous, la honte?
JULES
Oui, la honte qui fait rougir le front et brise toute énergie!... Ce matin votre frère et votre père sont venus chez moi, dans ma demeure, au délabrement de lacjuelle je n'avais jamais pensé, moi, et là, ils m'ont olfert... ù souvenir plein de rage!...
liÉLfiXB , allant à la chambre de sa mère.
Mon ami, mon ami, cnlmpz-vous !
JULE.S.
Ranimé par la présence d'un ami, qui m'a appris le nom de mon père, un nom pur, Hélène, un nom glorieux dans toute l'Italie, je suis venu demander votre main pour le lils du pauvre, mais courageux llracchiofortcl Eh bien ! ils ont insulté le nom de mon père.
UÉLÈKE.
Ah! pardon, pardon !
En leur présence, l'indignation m'a soutenu, mais quand j'ai élé seul avec Ranuccio... ohj alors, j'ai élé lâche, Hélène, j'ai pleuré... (Jpn'i une pause.) Et je pleure encore I
HÉLÈXE.
Oh! j e comprends les douleurs qui font pleurer une femme; mais celles qui arrachent des larmes à un homme, et a un homme comme vous, mon ami, elles doivent être bien horribles 1
Klle s'asseoit sur le canapé'.
JCLES.
Eh bien! pourtant... il est une pensée... une pensée atroce, qui me fait plus souffrir encore. nBLË>'E, naïvement.
Laquelle, mon ami?
JULES, s' agenouillant près d'elle.
C'est qu'un jour, toi, si noble, si riche, Hélène , tu pourras aussi reprocher au pauvre Jules...
nÉLÈXE.
Oh! n'achevez pas, n'achevez pas!... Jules! mon Jules... ô! lisez dans mes yeux combien je vous préfère a toutes les fortunes, à toutes les grandeurs de la terre!... ne douiez pas de mon cœur, ami!... Oh! si je pouvais ramener la joie sur ce visage!... Jules, mon Jules, ne doute plus! {après une pause) car je t'aime!
Silence.
JULES , relevant la tête avec une surprise milét de joie et de bonheur.
Et mon obscurité, Hélène!
BÉLfeltE.
Je t'aime...
Et ma misère!
nÉLËITE.
Je t'aime...
JDLBS, se relevant avec fierté.
Orgueil des puissans, insolence des riches, levez-vous à présent contre moi!... je vous brave, car Hélène m'aime! Hélène vous dédaigne pour moi... (Venant avec elle sur le devant de la scène.) Oh ! regarde, regarde à ton tour, comme il y a du bonheur sur ce front, de l'ivresse dans mes yeux. nÉLfcNE, résistant.
Jules, Jules!...
JULES
Oh! ne cherche pas à le soustraire à ma tendresse 1 Tu l'as dit, lu m'aimes!... tu m'aimes malgré ma pauvreté; à présent, lu es à moi. H*-lène, mon Hélène adorée!
Il l'atlirr à lui.
HÉLÈNE
Oh ! grâce, grâce! je suis sans force contre la joie comme contre tes larmes!
JULES , ('( voi.r busse.
Oh! laisse-moi le voir... laisse-moi le contempler... que tu ea belle!... Hélène!... Hélène!..
l-^ii 11 nKimnil', on rnli-ml lliili r .m loin la clmlic il<" r,//ij'r/H.»qui se fjil entendre en niotuant jusqu'^ l.i l'n <1c la scèac.
MAGASIN THEATRAL
HÉLËNE , l'arrêtant avec vn effroi religieux. Jules, écoule. .. c'est VÂngelus .'... Y Angélus, qu' sonne au couvent de Monte-Cavi... mon Jules, respecte celle que toul-à-l'heure tu as juré de protéger!... Oh! fais ce sacrificeàla mère de toute pureté... écoute!... les anges du ciel te prient avec moi... avec la sainte madone!
Elle lomLe à genoux.
JULES , indiquant la croisée et écoutant.
La madone, dis-tu i... oui, c'est elle... elle me prie!... je reconnais sa voix ! [Avec enthousiasme.) Eh bien ! oui, ce sacrifice, je le ferai!... Tu es là, à mes genoux, ton cœur est sans défense... ta bouche n'oserait me refuser; mais, pauvre et inconnu, je n'avais rien à te donner, à toi qui m'as sacrifié titres et grandeurs, à toi qui m'as donné ton cœur et un amour qui rendrait un roi jaloux ! Ehbien! moi, je te donnerai plus que titres et grandeurs!... je te donnerai ce que tu me demandes, et je te le donnerai sur une prière, sur un mot de toi!... Et dis maintenant, Hélène, si mon cœur sait aime rcomme le tien!
HÉLÈNE, avec reconnaissance.
Ohl oui, mon Jules, tu est un pur et noble cœur!
JOLES, d'un ton solennel et montrant la croisée
d'où arrivent les sons lointains de i'Angelus.
Mais à ton tour, jure ici, toi, que si jamais la \iolence voulait nous séparer, à mon premier appel tu viendrais te remettre en mon pouvoir, comme tu t'y trouves en ce moment!
Sur mon âme, je le jure!
JULES
Et moi...
Bruit d'un corps qui lomLe sourdement.
HÉLÈNE, se relevant avec effroi.
Silence!... N'as-tu pas entendu sur le lac un bruit... comme celui d'une chute?
JULES court à la fenêtre, et. après avoir regardé, revient à Hélène.
Non... le ciel est pur, et le lac est paisible. .
En ce moment Ranuccio enjambe le balcon.