SCENE PREMIERE
UGONE , MARIO, BRAVI, RANUCCIO, sur
le lit de camp.
Au lever du rideau les Bravi, rassemblée autour d'une table, jouent aux dés. Banuccio dort sur le lit de camp, enveloppé dans son manteau.
MARIO
Est-ce que ça t'amuse beaucoup de jouer aux dés, Ugone î
CGONE.
Pas beaucoup, mais que faire?... la provision de liquide est épuisée, et nous ne pourrons pas la renouveler avant ce soir.
MARIO
Quand Sciotti l'hôtellier passera sous la fenêtre !
CGONB.
J'ai bien vu quelquefois des garnisons de château ennuyeuses, mais jamais comme celle-ci.
MARIO
Alors, pourquoi nous as-tu fait quitter le service de notre maître, le comte Orsiui?
UG0>E.
Ah! pourquoi?... parce qu'il me l'a commandé; parce que, pendant l'interrègne, chacun en Italie, veut prendre sa revanche... [avec mystère) et qu'avec l'abbaye de Castro, il y en a plus d'une à reprendre... Depuis surtout que ce démon de Bracchioforte a menacéd'enleversa belle, il fallait bien se mettre en mesure; maisdu diable si on me reprend a louer mes services, et ù enrégimenter des hommes pour une abbaye !
MARIO
Dans d'autres, ne faut pas dire; raaisdanscelle Castro !...
VGONE.
Avec ça que, pour couronner la fôte, vous ôtes tous gais comme des saints de pierre qui ont perdu leur nez... {Il va au lit de camij.) Hohé, Ranuccio!
RANCCCIO, sans bouger, et d'une voix dolente,
Malade !
TGONB.
Mon pauvre ami, comme te voilà geignant!... ce n'est pas là ce que tu m'avais promis quand,
il y a quinze jours, tu es venu me demander de t'enrôler comme nous au service de M™e l'abbesse; j'étais si content de te revoir, après douze ans de séparation!... un ancien camarade, un boute-en-train, unjoyeux compère... Ah! comme tu es changé ! (Se retournant, aux autres.) Bonne lame, mais rouillée... (A Ranuccio.) Allons, parle-nous donc, vieux!
RANUCCIO, même jeu.
Malad e I
CGONE, aux autres.
Je crois que c'est le manque d'air qui le rend comme cela.
11 revient sur le devant de la scène, et tous les Bravi se lèvent et l'entourent.
MARIO
Et ce pauvre Griso , qui est aussi sur le flanc {il montre la porte à droite), et qui a l'air de vouloir tourner de l'œil!
UGONE
Écoute donc; depuis un mois que nous sommes ici, dans ce couvent fortifié, crénelé comme une citadelle, et que sa position sur une haute montagne rend inattaquable; dans ce corps-degarde où l'on n'arrive que par d'autres corps-degarde... dans ces bâtimens, qui ne sont plus dehors, et qui ne sont pas encore dedans... casernes au deuxième étage, parce que la prudence a fait murer les fenêtres, les portes du rez-de-chaussée et du premier... Est-ce que lu trouves ça bien récréatif?
CN BRAVO
Bah ! l'abbesse fait bien, et elle peut compter sur nous.
MARIO
Tant qu'elle paiera bien.
UGONE
Silence ! un des chefs.