SCENE ly
Les Mêmes, hors LE CHEF.
MARIO, riant.
As-tu entendu?... De par haute et puissante dame... en voila un drôle de général ! rooE.
Ne ris pas; tu n'en as jamais eu un aussi sévère, et qui iit aussi peur a tous ceux à qui il commandait... Une femme, c'est vrai, mais une maîtresse femme... et Griso n'apasmal fait d'être malade.
U?( BRAVO
Ah çà, est-elle jolie celte abbesse?
CGO>E.
Elle ne se montre jamais!
€N BRAVO
Alors, elle est laide!
3IARI0.
Mais quel âge peut-elle bien avoir?
CGOXE.
Cent dix ans, au moins.
LES BRAVI, riant.
Merci l
roo'E.
Les anciens du pays ne se rappellent pas l'avoir vu nommer abbesse... invisible pour tous, elle n'apparaît jamais que pour annoncer un malheur.
MARIO
Çomoie les comètes alors,., {Baissent la voix
avec mystère.) Moi, je croirais assez qu'il se passe ici des choses extraordinaires... Je ne suis pas peureux, vous le savez... mais la nuit dernière, {Use frotte le ventre) j'ai fait une mauvaise faction...
XJGONE.
C'est vrai, en rentrant, tu étais blanc comme un linceul.
MARIO
J'ai entendu tout le temps des plaintes et des gémissemens qui semblaient sortir de terre... L'G0>E, riant.
Bah ! c'est quelque nonne qui aura manqué à sa consigne et qu'on aura mise à la salle de police...
MARIO
Mais les religieuses doivent au moins le connaître, leur capitaine!
LGOXE.
Pas plus que nous.
CN BRAVO
Comment fait-elle donc savoir ses ordres?
CGONK.
Tous les matins, dans le chœur, après la prière, la directrice vient lire comme qui dirait l'ordre du jour, [avec intention) et il y en a d'un peu aimables. (Plus bas.) Ainsi, la tourière qui est là, à la grille, derrière ce guichet {montrant la porte du fond; d'un air avantageux), et qui me voudrait du bien, m'a raconté que la semaine dernière, on en avait lu un qui disait : «Toute religieuse de Castro qui forme la pensée de se soustraire à ses vœux meurt dans les trois jours. »
MARIO
C'est court, mais c'est sec!... Fameuse discipline!
UGOSE.
Et il n'y a pas à dire, tout le monde y est soumis. {Riant.) Tenez, ce pauvre cardinal lui-même, qui n'a que le souffle, il se trouvait ici, quand, en une nuit, on a muré portes et fenêtres... eh bien, depuis ce temps-là, il peut jouir de sa liberté, mais modérément, et dans l'intérieur de l'abbaye; aussi, quand il vient tous les jours faire sa visite au pauvre Griso qui se meurt, il faut voir comme il ouvre les narines, pour humer l'air du dehors par celle fenêtre, ( il momrc la fencire à droite, en remontant la scène) la seule par où il puisse voir au-delà des murs de l'abbaye!
MARIO
Pourquoi donc l'abbesse le retient-elle, ce pauvre bonhomme?
LGOXE.
D'abord pour sa santé ; il paraîtrait que l'air de la campagne lui est malsain ; puis, on dit que le béquillard, comme l'appelle Ranuccio...
RANUCCIO, sans bouger.
Malade !
Tous les Bravi se rclcurnent.
VGOKE, à Ranuccio.
C'est bon > c'est bon, on ne te parle pas. (iîe-
L'ABBAYE DE CASTRO
venant aux Bravi, avec uujstcrc.) Il paraît, voyezvous, qu'il aurait bien voulu faire partie du conclave où l'on va nommer le saint Père, mais le comte Orsini, notre puissant seigneur et maître (ils se découvreni tous], ne le veut pas, lui ; il en a glissé un mot à l'oreille de madame 1 abbesse, sa parente, et monseigneur, jusqu'à nouvel ordre, coffrél..
Tous ies Eravi se mettent à rire, on enlenJ un roulernenl «le tambour à riiile'rieur du corps-de-garde.
LES BRAVI, se levant.
L'appel! l'appel! Ranuccio, l'appel!
RANCCCIO.
Malade !
LGOXE, allant au lit.
Pauvre Ranuccio ! Demain, nous enterrerons Griso, et lui, dans huit jours!
Ussortcut.
VVVWWVWWVVWVWXVWV
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I RA>cccio, à part.
De la tisane de madame l'abbesse... merci j Griso en a goûté... je m'en méfie!
LA TOURIÈBE.
! Et souvent il dit des mots...
j MONTALTE, raillant.
j Eh! eh! ma chère sœur, quand on veut être
I défendue, il faut bien passer quelque chose à ses
! défenseurs... Allez avertir Griso de ma visite; je
i vous suis.
I La touriere sort par la droite.
RANUCCIO, seul, regardant silesBravi sont éloi- (jnés, et se levant avec rapidité.
Enterré! pas encore, bravi mes amis... et, avec l'aide de Dieu, je saurai bien vous prouver qu'on n'enterre pas ainsi les soldats de l'invincible don Juan d'Autriche. Qu'ai-je entendu?... Griso surpris! la correspondance découverte!... Alerte 1 Ranuccio, alerte ! car Hélène doit être en danger. Redoublons d'ardeur... cette pierre que depuis quinze jours je travaille à desceller doit bientôt céder à mes efforts et nous ouvrir un passage... Profitons de ce que je suis seul pour aller jeter en dehors les traces de mon travail et vider mon sac. (// va à la croisée, et fuit voler la poussière (jui remplit un sac de peau.) A présent, à l'œuvre!... une demi-heure encore, et tout sera fini! (Il travaille avec son poignard.) D'après les renseignemens que j'ai pu me procurer, ce passage doit me conduire dans les jardins de l'abbaye. Une fois là, je pourrai parvenir ju.^qu'à Hélène... mais après, comment la délivrer?... comment la faire sortir?... Jules, de son côté, qu'aura-t-il fait?... comment lui faire savoir... [Uruii du ijuichet.) On ouvre... vite, à mon rôle!
11 fait rctomljer le luaiileau i[ni taclio la pierre à laquelle il a travaille et se recuutlie enveloppe dans le sien.