‹ ThéâtreChapitre 534 sur 971 · LES BRAVI · texte numérisé non relu

LES BRAVI

Ah! oui, c'est vrai, à lui!

UGONE, se levant.

A Ranuccio, qui n'est plus malade!

Tous boivent, excepté Ranuccio, qui cliaquc fois a soin de lancer son via par la croisée.

RANUCCIO, à part.

Quelle idée!... Si je pouvaiSi.. essayons...

L'ABBAYE DE CASTRO

(Baut.) Tantôt en dormaillant, je vous entendais dire que jamais âme qui vive n'avait pénétré dans l'abbaye!

UGOXB.

C'est vrai !

BANCCCIO.

Eh bien, mon père à moi y est entré !

UGO>'E, incrédule.

Ton père?

RAxrccio.

Et dans une fameuse occasion encore !

TOUS

Conte-nous donc ça 1 conte-nous donc ça !

JCLES.

Que va-t-il faire?

RANUCCio, frappant sur la table.

Attention à ce que je vais dire, et buvons. {Ils boivent.) Il va sans dire qu'il s'agissait d'une amourette, d'un père taquin!

TOCS.

Comme ils sont tous!

nAKCCCIO.

Le père avait mis sa fille dans ce couvent pour qu'elle restât célibataire; mais la jeune fille n'avait pas de goût pour l'état...

MARIO, aviné.

Cela se voit !

BANCCCIO, regardant Jules.

L'amant était un gaillard ; il dit : II faut la tirer de sa cage... Il va trouver mon père, son ami à mort:... mes deux vigoureux compères pénètrent dans un bûliinent extérieur, comme qui dirait celui-ci... Attention de plus en plus !

ITGO'E.

Et buvons de même... l'histoire de ce gars

m'intéresse. I-^s Travi ilorment.

RANL'CCIO.

Dans l'endroit où ils se trouvaient, il y avait Lien uncporle conduisant dans l'abbaye... (/u/e.s va à la porte et rcxaininc) mais partout, en dedans, des madriers, des solives, des barres de fer, une porte a l'épreuve du canon; puis, si on la franchissait, au bout d'une galerie, nouvelle porte, et ainsi de suite !

UGONE

Rien à faire par là...

nA>f ccio.

C'est aussi ce que dit mon père; à droite, autre porte.

MARIU.

Ah! voyons un peul

Jules est aile à la porlc dc'iigiK-e.

RA>CCIO.

Mais là une enfilade de corps-dc-gnrde... {Jules frappe du pied avec impatience.) \'i\ moment .. restait encore le mur de ce côté... ( Irs Bravi se retournent, Jules reprend sa place sur son escabeau) qui dans toute sa longueur, sans porte ni fenêtre, sépare les biitimens extérieurs des jardins de l'abbaye... {Les autres, couchés rà et là, dorment tous. Ugone et Mario résistent encore.) C'est là qu'il faut percer, dit mon père...

Jiiks monte sur le lil de camp.

rooE.

Ah! bah!... à travers le mur?...

RANtCCIO.

A travers le mur!... Et il le fit comme il l'avait dit; le jour, il cachait avec son manteau la pierre... ( en ce moment Jules soulève le manteau, et découvre avec joie ta pierre) et la nuit, à l'aidedeson poignard... {Jules saisit le poignard d'u7i Bravo qui est venu se coucher sur le lit de camp, et travaille avec ardeur) il travaillait à la desceller...

MARIO, s'eudormant.

Voyez-vous ça!...

Jules fait des efforts pour soulever la pierre.

RAKUCCio, qui suit tous ses monvemcns avec anxiété.

Enfin, après quinze jours de peine et de persévérance, il avait si bien travaillé... qu'en poussantde toute sa force, avec son épaule... la pierre céda... et tomba.

En ce moment la pierre '[ue Jules pousse avec force tomjje au deliors , et forme une large ouverture ; au Lruit, les Lravi se relourncnt; Jules laisse rctoroLei le manteau qui caelie le trou, et présente son Baril aux Bravi qui le regardent.

JULES, assis sur le lit de camp et riant. Ne faites pas attention, mes maîtres, c'est... c'est mon baril qui m'est échappé.

RAKL'CCIO, les ramenant.

Mais écoutez-moi donc, vous autres, et buvons... {Ils boivent, et Jules ne sait plus que faire. Mais Ranuccio lui fait des signes.) Alors, au moven de cordes...

CGOE.

Des cordes !...

RAMCCIO.

Oui, des cordes qui se trouvaient là... par hasard... {Jules ramasse les cordes qui ont servi à le hisser) environ trente pieds de cordes que nos deux amis attachent bien solidement...

IGOKE.

Comment?...

RANDCCIO, oi'Cf la plus grande an.ricié.

Comment !... ma foi, je l'ai oublié... mais peu importe... {Pendant ce temps, Jules, qui a regardé autour de lui, cherche, puis tout-à-coup saisit une arquebuse qu'il passe dans le nœud contant de la corde, et qu'il place virement entravers du trou ; joie de Rauuccio.) Puis lejeune gars entre, les pieds les premiers dans l'ouAcrturc. .. se laisse glisser... et disparaît!

Tout ce jeu de Siènr, peur elle complet, dépend beaucoup de la pantomime de Juli s, ijui doit disparaître au dernier mot de IJaiiuerio. Tous lis Br.iM ilormcnt excepte Upone, qui lutte encore.

Page 1