MONTALE , L'INCONNU , LA COMTESSE
L\ COMTESSE, à l'intérieur.
Ma fille!... ma Uilcl... {Ella entra, pûk, (ga-
rée, et voyant Montalte.) O monseigneur, rendez-moima fille!... condamnée!... condamnée!...
Mouvement elagilationdt' rinconnii, qui est resté immo- Lile près de la croisée.
MONTALTE
Rassurez-vous, madame, rassurez-vous.
LA COMTESSE
Elle va périr!... et c'est vous qui l'avez conduite à la mort!... c'est vous qui l'avez dénoncée au tiibunal du saint office.
MONTALTE
N'était-ce pas le seul moyen de l'arracher aux vengeances de l'abbesse de Castra?
LA C03ITESSE.
Mais vous l'avez livrée à des juges plus implacables !...
MONTALTE
Tout n'est pas perdu, madame, tout n'est pas perdu... avant l'exécution du jugement, nous avons encore trois jours, et d'ici là le conclave... LA COMTESSE, avec véhémence.
Et que me font à moi le conclave et toutes vos intrigues?... c'e«t ma fille que je veux, c'est ma fille qu'il me faut... vous me 1 avez promise, et, sur la foi de ces promesses, n'ai-je pas fait tout ce que vous avez voulu î... Faites agir votre famille, ra'avez-vous dit, intriguez, priez, menacez, et nous la sauverons!... Intrigues, prières, menaces, rien ne m'a coilté; je n'ai pas craint même de rompre avec les Orsini, qui la poursuivent aujourd'hui de leur vengeance! je vous ai donné mon crédit, je vous ai donné mes trésors!... je vous aurais donné mon sang, si vous me l'eussiez demandé, car vous disiez que c'était pour ma fille!... car vous aviez promis de mêla rendre... et vous juriez par le Dieu vivant !.. MONTALTE, qui pendant tout ce temps a réfléchi comme un homme qui combine un plan.
Ah! si vous pouviez m écouter... si vous vouliez me seconder encore...
LA COMTESSE
Oh! parlez, parlez, monseigneur l
MONTALTE, la ytenunt par le bras.
La nomination du saint père peut seule sauver votre fille; mais cette nomination dépend de deux voix!... deux voix qui sobslinenl à rester encore aux Orsini... deux voix que vous pouvez leur enlever... Médicis et Alcxandrini, tous deux unis par alliance à votre famille.
LA CO.MXESSE.
Et que faut-il pour cela?
MONTALTE, réfléchissant.
Ah! il faudrait de l'or, beaucoup d'or!
LA co.MTESSK, avcc e.raltiiiion.
Vous en aurez, monseigneur, vous en aurez ; ma fortune entière pour sauver ma fille! MONTALTt, cherchant loujoursdans sa pensée, sans regarder lu Comtesse.
Mais ce n'est pas tout... il faudrait, car le temps
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presse, il faudrait presser aussi... [Avec colère.) Ces cardinaux qui ne veulent pas en finir... trouverun moyen de les forcer de terminer le conclave, (S' animant .) Le peuple souffre de toutes ces lenteurs, il murmure contre l'interrègne... il faudrait un homme dévoué... [l'Inconnu écoute avec attention) intelligent, brave, qui se mêlât parmi les masses, qui sût les travailler, les soulever... et entraîner le mouvement populaire dont nous avons besoin.
l'inconn0, s'avançant résolument.
Cet homme, ce sera moi!
MONTALTE
Toi!
tA COMTESSE, imne.
Quel est cet homme à qui nous allons conGer le sort de mon enfant?
l'inconnu, n'osant pas encore se découvrir.
Cet homme, madame, est un homme dontl'enjeu est aussi grand que le vôtre, dans la partie que nous allons engager I
MONTALTE
Cette voix!...
l'inconnu.
Car si vous vouiez sauver votre fille... {après avoir regardé de tous côtés) moi, je veux sauver celle que j'aime I
Jl se découvre.
LA COMTESSE
Jules!...
MONTALTE, avec un mouvement de joie marqué, mais à part.
Ah!
JULES
Avez-vous donc cru que par la fuite c'était ma vie que je voulais protéger?... non; quand j'ai profité du dévouement de Ranuccio, c'était pour les délivrer tous deux... j'ai voulu conserver à Hélène une force pour le jour du danger, un appui qui ne lui manquerait pas quand tout le reste lui manquerait.
LA COMTESSE
Ah! soyez béni, brave jeune homme!
JULES, baissant la voix.
J'ai rassemblé mes amis, les paysans... les Transtévérins; cette nuit, ils sont entrés dans Rome, par différentes portes; tous me sont dévoués, tous sont armés, tous ont juré de périr, ou de sauver Hélène et Ranuccio.
MONTALTE^ Ics ramenant tous deux sur le devant de la scène.
Oh! c'est à présent, madame, que nous pouvons tout espérer!... [Très-vite.) Vous, Jules, courez rassembler vos amis sur la place; qu'ils demandent à grands cris la fin du conclave... Vous, madame, courez près de l'abbé Guerra, vous pouvez vous fier à lui.
LA COMTESSE, avecjoie.
Oui, monseigneur.
MONTALTE
Remettez-lui vos trésors, vos valeurs, tout
l'argent enfin dont vous pouvez disposer... il en fera bon usage.
LA COMTESSE
Oui, monseigneur.
MONTALTE
Vous m'avez bien compris tous deux?
LA COMTESSE
Il faut renverser les Orsini au conclave !
JULES
Il faut armer nos amis !
LA COMTESSE
Pour sauver ma fille!
JULES
Pour sauver Hélène 1
LA COMTESSE
Adieu, monseigneur... Adieu, Jules ; [avec effusion) adieu, mon fils !
JULES, se jetant dans ses bras.
Ma mère! ma mère!... votre fille vivra, ou j'aurai cessé de vivre!
Ils sortent tous deux , Jules par la gauclie , la mère par la droite.
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MONTALTE, seul.
Et puis, s'ils échouent, eh bien 1 le vieillard saura tout déclarer, et renoncer à ses plans d'ambition, plutôt que de laisser périr la jeune fille... (avec fierté) mais avant ce moyen suprême, il faut tenter de vaincre, il sera toujours temps de mourir...
Il reprend aussitôt ses allures de vieillard. Pendant loutce dernier acte l'acleur doit se voûter le plus qu'il pourra.
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