‹ ThéâtreChapitre 546 sur 971 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

MONTALTE, RANUCCIO, les Sbires, au fond dans la galerie.

BANOCCio, appuyé sur le dos du fauteuil; à part. A. nous deux, mon petit béquillard !

MONTALTE, froidement.

Parlez, que me voulez-vous ?

RANDCCIO, après une pause.

Monseigneur me reconnaît bien ?

MONTALTE

Vous êtes Ranuccio.

RANCCCIO.

Monseigneur sait-il que je suis condamné?

MONTALTE

On vient de me l'apprendre.

RANCCCIO.

A une mort un peu compliquée... mais ce n'est pas l'affaire. Monseigneur sait-il aussi qu'un nouveau personnage compromis dans l'attaque du couvent vient d'être découvert?

MONTALTE, étonné.

Comment?

'RANCCCIO, appuyant.

Par un billet que j'avais eu l'imprudence de conserver sur moi.

MONTALTE, froidement.

Et ce billet?

RANCCCIO.

Est signé du père Anselme.

MONTALTE, aprûs un léger mouvement.

Et connaît-on ce père Anselme?

RANCCCIO, icjcaminant.

Ah ! voilà ce qu'on voudrait bien savoir, et ce qu'on ne sait pas. (Léger mouvement dcMontulie.) Mais je lésais, moi.

MONTALTE

Vous!

RANCCCIO.

Et vous avouerez, monseigneur, que, pour racheter une vie à laquelle on lient toujours un peu, {appuyant) il serait tentant de le livrer... (baissant la voix) surtout quand on est si près de lui...

MONTALTE, uprés HHC pause.

Expliquez-vous.

RANCCCIO.

Cela ne vous parait pas assez clair?

MONTALTE

Que pouvez-vous donc croire?

RANCCCIO, résolument.

Que c'est vous, monseigneur.

MONTALTE, souriant, sans montrer la plus légère émotion.

Moil... Ah! voilà une idée qui n'est venue qu'à

vous!

RANCCCIO, vivement.

Ah ! c'est que personne n'avait autant d'intérêt à la trouver que moi. La première fois que j'ai entendu le nom du père Anselme, c'est vous qui l'avez prononcé; quand il s'est présenté pour marier Jules et Hélène, vous seul pouviez savoir qu'ils étaient réunis ; ces secours répandus sur notre route pendant notre exil, ces avis mystérieux, anonymes, dont le dernier, à notre arrivée en Italie, était un piège, tout cela vient de la même main... Enfin, ce billet trouvé sur moi, c'est encore vous qui l'avez jeté à Sciotli par la fenêtre du corps-de-garde de bravi... [Dénégations de Montalie.) C'est vous !...carvous vouliez sortir... {Montalte tousse et se courbe davantage.)0\ï\ vous allez me dire que le père Anselme était droit et vert , et que vous êtes courbé par l'âge et la maladie ; que sa démarche était assurée, et que vous boitez; que sa voix était ferme, et que la vôtre est' chevrotante... tout cela est vrai, comme il est vrai qu'il y a la-dessous un mystère que je ne devine pas, et {observant iMonialte qui est impassible) que l'Inquisition éclaircirait mieux que moi peut-être... Pour conclure, êtes-vous une âme damnée des Campircali? êtes-vous un bon ange déguisé?... vouliez-vous nous perdre? vouliezvous nous sauver? je ne suis pas assez fin poiir démêler tout cela; (avec force) mais ce que je sais, ce que je sens, ce dont j'ai la conviction, c'est que vous êtes le père Anselme, et, la lête sous le couteau, la main sur le Christ, je le jurerais...

lin silence.

MONTALTE, qui pendant tout ce couplet est resté impassible, se tournant vers lui avec le plus grand sang-froid.

Et par ce serment, si vous perdiez tout?

RANCCCIO, lilCti.CUt,

Eh bien! alors, nionscigncur, cartes sur table; car encore fuut-il que je sache pourquoi je me tairai, l'our ne pas déchirer le voile quijous couvre, vous avez donc un bien grand inlerit. MONTALTE, sc rapprochant cl après avoir regarda autour de lui.

Oh! oui. un inlérêt puissant, sacré! une sainte vengeance, que je poursuis dei-uis quatorze ans! mais avant tout, deux innoccns a sauver, et je no pui^ le faire, Ranuccio. qu'a une condition; c'est que le secret me sera gardé deux jours encore! UANCCCio. tres-iile.

Etccsinnocens?

MONTALTE, mCmejeu.

Jules et Uèlèue.

RANDGCio, très-vite.

Et il vous faut deux jours ?

MONTALTE, même jeu.

Deux jours !

RANUCCio, avec feu.

Et vous les sauverez?

MONTALTE, de même.

Je le jure, et tu vas voir si je puis violer mon serment. {Avec feu.) Ce Peretti, ton frère d'armes, ce Peretti, dont tu aimes le fils parce que tu aimais le père, ce Peretti enfin, lâchement assassiné par les Orsini...

BANUCCIO.

Eh bien?...

MONTALTE

Ce Peretti, c'était mon frère !...

RANCCCio, se soulevant.

Votre frère 1 {Il retombe sur la chaise en contemplant avec une joie muette Monlalte, qui lui fait signe de se taire.) Oh! à présent je vous crois... à présent je vous comprends... je n'ai plus besoin d'autre garantie au monde... vous les sauverezl [Aux gardes.) Et maintenant, qu'on me ramène.

MONTALTE

OÙ donc?

RANUCCio, retombant assis, en écartant so)i manteau, qui laisse voir ses jambes couvertes de linges sanglans, A. la torture !

MONTALTE

A la torture, grand Dieu !

RANCCCIO, souriant en baissant la voix.

Ils veulent savoir qui est ce père Anselme^

MONTALTE

Vous n'irez pas, vous n'irez pas!... j'aime mieux tout révéler.

RANCCCIO, l'arrêtant.

Et qui sauvera Jules et Hélène? [Bruit sur la place.) Quel est ce tumulte?

Monlalte va à la croise'o.

CRIS , au dehors.

Plus d'interrègne', la fin du conclave!

MONTALTE, regardant à la fenêtre.

C'est Jules, Jules à la tête du peuple!

RANCCCIO.

Jules ! oh! je savais bien qu'il ne nous abandonnerait pas!

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