‹ ThéâtreChapitre 548 sur 971 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LE GOUVERNEUR DE ROME, paraissant le premier; puis HÉLÈNE, en robe de condamnée, et soutenue par un franciscain^ au milieu des sbires, MONTALTE, LA COMTESSE.

MONTALTE, allant au gouverneur.

Monsieur le gouverneur de Rome, que signifie cela?... pourquoi avancer l'exécution du jugement?

LE GODVERNEtR.

Monseigneur, le peuple vient de Se soulever...

( En ce moment on entend les cris du peuple qui augmentent, j Vous l'entendez?

MONTALTE, à part.

Grand Dieu ! et c'est moi!

LE GOUVERNEDR.

I II menace le conclave... il menace d'enlever les j coupables de Castro lé., le Saint Office a résolu d'avancer l'exécution.

MONTALTE, insistant.

Mais cette mesure...

LE GODVERNËtTR.

Est devenue nécessaire pour prévenir de plus grands excès ; le salut de l'état avant tout l

Cris plus furieux. Le peuple, armé de bâtons , de liaclies , pénètre en foule sur le lliéâlre avec Jules, qui le guide. On distingue parmi le peuple les Transteverins, armés

de leurs poignards.

JCLES, les animant.

A moi, mes amis, à moi!... arrachons-la à ses bourreaux!... arrachons-la aux Orsini!

TOCS , avec des cris de rage.

Mort aux Orsini!... mort aux Orsinil...

LE GOCVERNEUR, tirant son épée.

Gardes, faites votre devoir !

Les gardes baissent leurs arquebuses et mettent le peuple enjoué; des seigneurs alliés des Orsini mettent l'épée à la main. Le sang va couler.

MONTALTE

Arrêtez!... je vais parler.

Tout le monde s'avance avec curiosité pour entendre ce que Montalte va dire. Coup de canon. Silence.

LE GOCVERNEUR.

Le pape est nommé!

Mouvement de joie générale.

L'ABBAYE DE CASTRO

MONTALTE, àparl,avec laplus grande anxiété. Ahl mon destin s'achève... je respire à peine.

llruxiénie coup. Le canon se fait entendre jusqu'à la fin de la pièce. Tout le monde te'moignc son e'tonnement.

tE GOUVERNEUR , étonné, aux seigneurs.

Que veut dire ce deuxième coup?

MONTALTE, se redressant de toute sa hauteur et d'une voix forte et vibrante.

Il veut dire qu'il n'est plus besoin de feindre... {jetant sa béquille) el qne je puis jeter enfin le masque dont il a fallu trop long-temps me couvrir! il veut dire! {aux seigneurs qui reculent avec étonnemcnt) qu'à présent Rome a un maître» qui saura détruire tous les repaires du crime, tous les refuges de bravi et d'assassins! (avec intention , ) qu'ils s'appellent palais Orsini ou abbaye de Castro!... (avec solennité et grandeur) et rendre à la justice et à la religion toute sa force et sa dignité!... {Avec effusion à Jules, qui est à sa gauche. ) Il veut dire enfin, fils de Peretti, fils de mon frère !

JULES

Moi!

TOUS

Son frère !

MONTALTE, à Hélène, qui est encore au milieu des gardes.

Et vous, Hélène Campireali, que vous êtes libres tous deux. ( Elevant la voix et s''adressant au peuple.) Car tous deux vous êtes innocens de tout crime, et vos vœux étaient nuls !... {Mouvement.) Je le sais, moi ! moi qui vous ai mariés! {Jlélène et Jules se prosternent. A Jules, qu'ilrtlève.) Dans mes bras!... dans mes bras!

RANUCCio, étourdi de la métamorphose subite de Monialte.

En voilà un miracle du père Anselme! {Essuyant une larme.)Mon pauvre Peretti... là-haut... tu dois être content...

MO'TALTE, prenant Hélène par la main et la con-

duisant à sa mère.

J'avais promis de vous la rendre, madame.

HÉLÈNE

Ma mère!... {Elle se jette dans les bras de sa mère, qui la couvre de baisers; puis elle se tourne vers Jutes.) Jules!... mon Jules!

JULES

Hélène I...

MONTALTE

Et toi, mon brave soldat de Lépante, que puisje faire pour toiî... que puis-je le donner ?

Silence.

RANUCCIO.

Votre béquille, père Anselme... à présent, j'en ai plus besoin que vous.

LE GOUVERNEUR, après avoir écouté un officier qui entre et lui parle bas, s'avance avec respect. Quel nom prendra sa sainteté ?

MONTALTE, d'une voix sonore.

Sixte-Quint!...

Sur ce mot , les femmes , les eufans , les vieillanh tombent à genoux ; le gouverneur, la Comtesse, Jules , Hélène , les gardes s'inclinent avec respect; les Transteverins, montes sur les marches , élèvent leurs chapeaux ornés de rubans, en poussant de longs et joyeux cris de Vivat'.... Vivat-...

FIN

PABIS. IMI'BHIEIHE DE M"" V' LiON DEY-DuPRÉ,

Uuc iJaiul-Louis, 46, au Marais.

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MONTBAILLY,

ou

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