SUZANNE , THÉRÈSE
THÉRÈSE
Ainsi, tu n'es pas encore bien sûre, ma bonne Suzanne , que ce soit pour aujourd'hui.
SUZANNE
Non , pas encore.
THÉRÈSE
Et celte lettre que nous attendions... que j'attendais du moins, avec tant d'impatience ?
SUZANNE
Je ne l'ai pas reçue, dès qu'elle viendra...
THÉRÈSE
Tu me feras prévenir , bien vite , bien vite , n'est-ce pas, Suzamie ?
SUZANNE
Siu*-le-champ.
THÉRÈSE
Oh ! que je te remercie ! et combien Olivier et moi nous te devrons de reconnaissance! quelle bonté à toi , Suzanne , de te faire la dépositaire de mes secrets de jeune fille, et d'oublier un instant pour cela les affaires de ta maison, de ton ménage... Mais mon Dieu! j'y pense... je suis bien coupable envers toi, et tu dois bien m'en vouloir...
SUZANNE
Comment? et pourquoi donc?
THÉRÈSE
Voilà une heure bientôt que nous sommes ensemble , ma sœur , et je ne t'ai encore parlé que de moi, de mes espérances, de mes amours... je ne t'ai pas même demandé de ses nouvelles, à lid, ton mai'i... lui, mon sauveur; car je n'oublierai jamais que je lui dois la vie. Eh bien , il t'aime toujours , n'est-ce pas ?
SUZANNE
Oui, toujours.
THÉRÈSE
Et vous êtes toujours heureux.
SUZANNE
Heurem! (Eiiç soupire.) Oui.
«©» THÉRÈSE
De quel air tu me dis cela! est-ce que tu aurais des chagrins?
SUZANNE
Peut-être.
THÉRÈSE
0 mon Dieu ! il faut me les dire , me les confier... je t'en prie.
Non, ma sœur... ces chagrins, tu n'es pas en âge de les comprendre , et j'espère que tu ne seras jamais appelée à les connaître.
THÉRÈSE
Poiu-tant...
SUZANNE
Allons , ne m'en parle plus , Thérèse ; tu ne sauras rien.
THÉRÈSE
J'étais si joyeuse tout à l'heure... et maintenant... l'idée setde que ma sœur puisse ne pas être heureuse...
SUZANNE
Tais-toi... voici mon mari.
THÉRÈSE
Et lui aussi... comme il est triste!
SUZANNE
Tais-toi.