‹ ThéâtreChapitre 579 sur 971 · M°" MONTP.AILLY · texte numérisé non relu

M°" MONTP.AILLY

Assez, Duval, assez... vous me faites frémir.

DUVAL

Vous entendez dire tout cela , Monsieur... ce n'est pas vrai, cane se peut pas... Voyons, parlez, justifiez-vôus... Quel est l'infâme qui le premier vous a débité de pareilles horreurs?

MICHEL

Dame! c'est...

DUVAL

Eh bien?

MICHEL

Je ne sais pas !

DUVAL

Vous ne savez pas?

MICHEL

Ce n'est personne... c'est tout le monde !

DUVAL et M°" MONTBAILLY.

Tout le monde !

MICHEL

Et tenez, vous-même, M. Duval...

DiVAL.

Moi!

M°" MONTBAILLY.

Vous, mon cousin?

Oui , malgré vous ; tout ça vous échappe sans que vous vous en doutiez, j'en suis sûr; mais ca vous échappe : toutes les fois que je vous parle de M-"' Montbailly... Est-ce que votre silence, votre chagrin, des demi-mots très expressifs, qu'il vous est impossible de retenir , et que je saisis au passage , quelquefois même... tenez, comme à présent, vos larmes... ne me prouvent pas que tout ça est vrai, que tout est juste?

' DUVAL

Et de quel droit, lorsque je veux me taire et renfermer au fond démon cœur des pensées qui me désespèrent , qui me font mourir d'inquiétude , de quel droit venez-vous observer , espionner mon visage, mon silence, mes larmes... ah! ma cousine, voyez, voyez, si je n'avais pas raison de m'irriter contre cet homme , et de penser que je ne devais plus lui donner la main , et l'appeler mon ami.

M"" MONTBAILLY.

Mon cousin, j'apprécie votre douleur, et j'excuse en même temps le zèle inconsidéré de M. Michel. Tout cela de part et (l'autre est venu.®»

«^^d'un bon motif, beaucoup d'amitié pour moi... (Elle passe entre eux , et leur prend la main à tous les deux.) J'en ai besoin, j'ai perdu le cœur aaquel je tenais le plus au inonde.

DUVAL

Ma cousine...

M"' MONTBAILLY.

Oh! vous avez beau dire : Je l'ai perdu, et cela devait être... l'aspect de la vieillesse est importun aux jeunes gens et ne fait que glacer leur bonheur... leur bonheur! ah! le ciel m'est témoin que je le prie tous les jours pour qu'ils soient heureux, les ingrats ! que je meure, et qu'ils m'oublient, et qu'ils ne versent pas même une larme sur ma tombe... mais qu'ils s'aiment toujours, et que jamais, mon Dieu ! jamais aucun chagrin ne leur fasse expier tous les tourmens qu'ils me causent... Allons, n'en parlons plus!

MICHEL

Oui, n'en parlons plus.

DUVAL

N'en parlons plus ; c'est trop affligeant. (Se frappant le front comme s'il lui venait un souvenir.) Ah!., toutes ces préoccupations cruelles m'avaient fait oublier qu'en venant ici ce soir , le concierge de votre maison , ma chère cousine , m'a remis cette lettre pour vous.

M"' MONTBAILLY.

Donnez... (Elle prend la lettre et lit l'adresse.) « A M"* Montbailly... » Mais ce n'est pas pour moi.

DUVAL

Comment?

M"* MONTBAILLY.

A M"' Montbailly la jeune.

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