‹ ThéâtreChapitre 607 sur 971 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, OLIVIER, THÉRÈSE.

OLIVIER

Oui, ce sont des amis, des frères qui n'ont pas cessé de songer à vous depuis que l'infortune vous accable.

THÉRÈSE

Et qui viennent vous consoler, quand tout le monde vous maudit et vous accuse.

OLIVIER

Qui viennent vous dire: Encore un peu de courage , frères !

THÉRÈSE

Ma sœur, tu seras sauvée !

GEORGES et SUZANNE ensemble.

Sauvés !

OLIVIER

Oui, depuis hier, ce titre que j'avais si longtemps ambitionné, ce titre, il est à moi... je suis avocat.

GEORGES et SUZANNE.

Avocat !

OLIVIER

Et jugez pour moi quelle joie, quelle noble espérance, au milieu de tant de douleurs! combien je bénis aujourd'hui jusqu'à cette proscription de ma famille, qui m'a forcé de rlierclicr dans l'étude une existence et une fortune... 11 y a quelques jours, lorsque j'ai subi cet examen, le dernier de tous ceux dont j'avais à sortir \ictorieux pour obtenir ma plac(« au l)arreau, je ne songeais qu'à mon amour, à toi, TiKTi'sc... et, dès mes premiers pas dans la carrière, j'aurai la gloire de défendre deux infortunés... j'aurai le bonheur de sauver deux amis... oui, ce titre que»®»

vais le conquérir enfin pour vous rendre à tous deux et l'honneur et la vie... Je suis avocat, et ma première cause sera la vôtre... oh! je vous sauverai ! je vous sauverai !

THÉRÈSE

Et tu me seras rendue, Suzanne... et vous, vous, M. Georges... mon ami, mon frère... je n'aurai pas à pleurer votre perte...

(Transport de joie des quatre personnages. La porte

de gauche se rouvre, et Duval reparaît sur les

degrés.)

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impossible...

de ce pas, je

et j'ajouteaccusés au

Les Mêmes, DUVAL.

OLIVIER

Tenez, on vient m'annoncer, sans doute, que je suis attendu dans celte salle pour y plaider ma première cause.

DUVAL

Maître Olivier de Chavigny, par arrêt de la cour, il vous est défendu de prendre la parole dans cette aUàire.

TOUS ensemble.

Défendu!..

GEORGES

Qu'entends-je ?

OLIVIER

Et pourquoi? défendu!., c'est Il y a erreur, maître Duval... et, vais demander, au nom de la loi, à M. le Président...

DUVAL

Demeurez... l'arrêt est formel, rai que votre présence nuirait aux lieu de leur être utile.

OLIVIER

Mais, enfin , pour quel motif?

DUVAL , se rajjprochant d'eux.

Le motif n'est point et ne pouvait être consigné dans la sentence du tribunal; mais j'ai l'ordre de vous en donner connaissance , et je vous supplie de me pardonner ce qu'il y aura de cruel dans mes paroles... j'obéis à la cour. Tous les trois, vous subissez ici les conséquences d'une des insinuations perfides, je le crois, qui sont répandues depuis hier matin parmi la mulliiude. Il a été question d'une lettre adressée par vous, M. Olivier, et mystérieusement remise à Madame. Il a été question, surtout, d'un mouvement de jalousie de M. Georges; on l'a vu, on Ta surpris furieux et levant la hache sur voire tète et celle de sa femme...

LES QUATRE AUTRES PERSONNAGES, ensemble.

Enfin... Parlez, achevez donc!

DUVAL

Je sais , moi... je sais , «(ue M. Georges a reconnu bientôt l'injustice de ses soupçons... mais telle est la force d'une calouniie, qu'une fois répandue et forliliée par les mille et une conjectures (le tous ceux qui la répètcnl, il c>t impossible de la détruire.

TOUS

Impossible!

MONTBAILLY,

DTJVAL.

Et voilà pourquoi, lorsqu'on a lu tout àl'heiu-e à l'audience la demande que vous adressiez à M. le Président pour être admis à plaider la cause des époux Montbailly, on a crié de toutes parts au scandale et à l'infamie ; des phrases injurieuses circulaient dans l'auditoire... On disait... pardon ! je suis forcé de vous répéter ces paroles : on disait que l'amant de la femme se faisait son défenseur et celui de son époux.

LES DEl'X FEMMES.

Ah! quelle horreur!

OLIVIER

Les infâmes!..

GEORGES

Et ne pouvoir leur imposer silence !

DUVAL

Et la cour, entraînée, égarée peut-être par la conviction publique, a porté d'une voix unanime la sentence que j'ai eu la doulem* de vous transmettre.

SUZANIVE.

Eh bien , Thérèse... voilà nos espérances.

THÉRÈSE

Ma pauvre sœur !

(Pendant ce temps, deux magistrats en robes rouges ont paru sur les degrés; des gardes rentrent en scène.)

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