SCÈNE I
MICHEL, THÉRÈSE, OLIVIER, Peuple.
OLIVIER, à demi-voix, à Thérèse.
Ainsi, tous mes efforts ont été impuissans! déraarclies , prières , tout a été repoussé!., c'est sans retour que nous avons été arrachés de leurs bras ! et l'imposture triomphe ! et nos magistrats vont consommer cette aflVeuse injustice !
THÉRÈSE
Ma sœur, tu vas périr!., et toi aussi, Georges!
OLIVIER, montrant Michel.
Et c'est lui , cet homme , le plus terrible , le plus acharné de leurs accusateurs , c'est lui que le président a oiioisi pour le gardien de cette maison , de ce cadavre ! Nous, Thérèse , ce n'est qu'à la dérobée qu'il nous est permis d'en approcher; si nous avions été reconnus par ce peuple, on nous aurait accablés de nouveaux outrages , nous qui osons encore élever la voix en faveur de Georges et de Suzanne... et qui sait? on nous aurait défendu peut-être de venir ici prier le ciel pour la mère qui n'est plus, et pour ses pauvres enfans qui ne tarderont pas à la rejoindre.
(Cris du peuple à l'extérieur. ) THÉRÈSE.
Ah! ces cris! dans ce moment, sans doute,
ils sortent de leur prison. Ils vont traverser la
ville au milieu des insultes de leurs ennemis !
(Tous les personnages agenouillés devant l'alcôve se
lèvent et sortent en silence. )
OLIVIER
Oui, regarde Thérèse... les voilà tous qui se lèvent, qui abandonnent la morte pour rejoindre ceux qui vont mourir... pour se réjouir à la vue de leur supplice.
îiTHÉRÈSE.
Mais le bruit qui se répand dans la ville est un nouveau mensonge sans doute... on ose prétendre que tous les deux ils ont avoué leur crime.
MICHEL , à part , levant la tête avec un mouvemeut dt joie.
Ah! ils ont avoué... je le savais bien, moi, qu'ils étaient coupables.
OLIVIER
Avoué, mais comment, Thérèse ? n'as-tu donc pas compris qu'on leur a fait subir la question , que le mari, déchiré par le fer et le feu, a longtemps eu la force encore de soutenir la vérité , mais enfin, que Suzanne, la pauvre Suzanne, effrayée à ras|)ect de la torture...
MICHEL , se levant vivement , se rapprochant d'eus,
La torture ! la question !
• OLIVIER
Ah! vous, M. Michel!
THÉRÈSE
Vous étier près de nous !
OLIVIER
Vous nous écoutiez!
MICHEL
Moi, que le tribunal a nommé gardien de cette demeure,
OLIVIER
Oui, je le sais... et si de là-haut celle dont nous pleurons la perte peut voir toutes les horreurs qui ont suivi son trépas , ce qui doit l'indigner surtout, c'est qu'on ait confié la garde de sa maison et de sa dépouille mortelle à l'assassin de son fils.
MICHEL
Moi, son assassin... j'ai fait mon devoir, j'ai dit la vérité , j'ai demandé vengeance pour cette malheureuse veuve !
OLIVIER
Toi, tu as menti avec impudence, et ton mensonge va faire tomber deux tètes... grâce à toi, je n'ai pu les sauver, mais je les vengerai, du moins... Écoute, écoute, Michel... la loi a prévu que quelque jour un infâme, un traître tel que toi viendrait demander à la justice la mort d'un innocent, et la loi a ordonné de lui faire subir, à ce traître, le même supplice qu'il aurait voulu attirer sur la tète de ses victimes... eh bien ! quand le temps aura apaisé la fureur de ce peuple , quand la vérité se sera fait jour à travers les impostures de nos ennemis... alors, toi aussi , toi , l'accusateur de Georges et de Suzanne, je te ferai comparaître devant un tribunal... alors, toi aussi, tu périras au milieu des plus horribles souffrances, et après avoir fait amende honorable sur la tombe de tes victimes... Viens, Thérèse, laissons cet homme aver sa honte, avec ses remords, qui dès à présent ont commencé... (A Michel.) Adieu!., retiens bien cette parole , s'il y a un cliàtiment pour les parricides , il y en a un non moins terrible pomles calomniateurs! adieu! adieu!..
( Sortie d'Olivier et de Thérèse. )