ACTE I, SCÈNE IV
«®î> famille n'était pas faite pour l'indigence. Écoutez-moi ! Je m'appelais Samuel Hospar. alors que j'éiais le troisième lils d'un père riche, assez riche, du moins, pour partager entre ses quairc enfans: mais ce père, partisan du droit de primogéniture, nous^yaiit déshérités trois au profit d'un fils aîné , je voulus quilter le nom de mes aïeux avec leur fortune, pour ne pas le traîner dans les hontes de la pauvreté. Mon frère cadet, John Hospur, en fit autant, et, plus âgé que moi, se chargea de notre jeune sœur, déshéritée comme nous. Nous nous séparâmes tous alors, pour ne plus nous revoir, cherchant notre pain, comme il était possible, chacun de son côté... Après mille tentatives infructueuses, je fus forcé, pour vivre , de me faire ouvrier, sous le nom obscur de Sanuici Davis. Grâce, alors, à ma bonne éducation ei à ma bonne conduite, au bout de longues années, je réussis... Oui, j'étais parvenu, à force de soins et d'épargnes, à établir une petite fabrique qui me rapportait audelà (lu nécessaire. Ce fut le temps des veilles et des sueurs, mes enfans; j'ai mené, alors, une existence bien laborieuse et bien âpre ; et cependant ce lut le temps le plus heureux de ma vie, le temps où je ne devais qu'à moi seul l'aisance dont je jouissais; le temps, enfin, où je vous donnai, s'il vous en souvient, ce commencement d'éducation précieuse que j'avais reçue moi-même à l'université d'Oxford. Mais taiît de bonheur ne pouvait durer. Vous rappelez-vous le jour où je vins à Oxford, vous dire: « Mes enlans, mes amis, vous ne pouvez i)lus être étudians, mais ouvriers... Adieu les livres, des outils ! il faut travailler comme voire père !» Ce jour-là , il ne me restait plus rien que l'honneur... et nous revînmes à pied ici, n'est-ce pas? tant j'avais attendu de n'avoir plus un schelling pour vous relirer du collège. Depuis long-temps j'étais ruiné... Le banquier Murray, Dieu lui pardonne! avait dévoré ma petite fabri- (|ue, mes économies, toutes mes ressources... Poiieurde billets que j'avais endossés, pour rendre service à un ami , elqul ne furent pas payés du souscripteur , il m'avait p tirstnvi à outrance , refusant de me recevoir, de m'eiitendre; me faisant répondre, à moi, qui demandais un délai pour acquitter la somme due par un autre, qu'il fallait se mellie en règle: que si on n'était pas payé, on ne pourrait payera son tour: bref, m'envoyant nu plus vite un agent impitoyable comme lui-même, (|ui s'abattit un matin sur moi, m'api)réliendaau corps et m'entraîna en prison. Il falluldonc, pour me tirer de leurs serres, abandonner le fruit de dix années de travail, tout mon avoir, tout voire avenir... F.eCielvcnis préserve, mes enfans . de ces hommes de proie qui vous mangent, corps et biens, au nom de la loi!.. Ma pauvre f( nnne en est morte de chagrin... Moimême j'en suis tombé malade sans jam.iis plus nie rétablir... Je vous fis apprendre, « toi , (ienrgc, l'élai de serrurier; à loi , Paul, relui d'ébénisie, 01 nous avons vécu ainsi jusqu'alors au jour le jour, sans lendemain, sans bonheur, mais sans reproche et sans remonls. mais avec toute notre vieille et noble probité... Maintenant, donc, que m;\\ie s'achève , il faut un dernier eîVort pour Davis n'osi pas notre Voiiiable iio;n , <pie noire^fmi,- comme nous avons commencé. Je ne veux
LES DiaX SERUL'illERS.
pas pliis déslionoror io ijoin de Davis que le nom d'ilospi'.r. .. je iic veux j)as mourir, oiifii!, sans avoir payé noire deriiiore (lotte... (A part.) \Ll je saurai la payer. (Haut.) Paul, va chercher iiii médecin.
GEOnGE.
; Quelle dette, mon père?
i PAUL.
I La dette du loyer.
SAMUEL
I Paul , le médecin le plus voisin... va vite ?
; PAUL
' J'y vais, mon père. (il sort.)
l SCÈNE V.