‹ ThéâtreChapitre 64 sur 971 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

MARTLAL, M. DE CHIVRL

M. DE CHIVRI, assis, la tête dans ses mains; une épée nue est sur la table.

Morts tous les deux! morts!... Georges! Philippe !... 0 mes fils ! mes fils !

Il tombe accablé, la tête appuye'e sur la table. MARTIAL, à part, en considérant son père. £t Diane!... hélas! en quittant le lieu du combat, entraîné par le désespoir de mon père, j'ai oublié qu'elle m'attendait... La malheureuse... qu'est-eUe devenue?

M. DE CHIVRI, toujours uccàblé.

O mes enfans!... mes enfans!... Philippe!... Georges!...

MARTIAL

Pauvre sœur! il n'a pas encore prononcé son

nom! et je n'ose lui dire que je sais la vérité... qu'elle est ici! et je ne puis le quitter. Oh! c'est affreux ! Mais peut-être que, fatiguée de m'atlondre, elle va revenir ici ! ah ! que du moins il ne la voie pas encore, s'il doit jamais la revoir.

Martial monte au fond et ferme la porte ; un domestique paraît.

M. DE CHIVRT.

0 mon Dieu ! vous avez été implacable !

MARTIAL, au domestique.

Ce matin, quand je suis arrivé dans cet hôtel, j'étais avec une jeune dame.

LE DOMESTIQUE

Oui, monsieur.

Si elle revenait, pendant que je suis avec mon père, vous m'avertirez... mais vous ne la laisserez pas monter. {Le domestique sort.) Ah! il l'accablerait de sa colère et de son désespoir!

DIANE DE GHIVRl.

M. DE CHIVRI.

Et je les ai vus tomber tous deux ! et je ne les ai pas pu venger, moi! car, lorsque j'ai voulu le punir, il a eu pitié de ma vieillesse... pitié !...et il ne me reste plus qu'une misérable vengeance ! il ne me reste plus qu'à le traîner devant les tribunaux I et cette vengeance, je la paierai de l'honneur de mon nom... C'est ma honte qu'il faudra rendre publique pour obtenir la sienne!... [Se levant.) Oh ! qui me vengera donc, mon Dieu !

MARTIAL, s'avançant.

Moi, mon père ! moi !

M. DE cniTRi, revenant à Itii.

Toi, mon fils!... mon enfant!... toi qui me restes seul ! toi, ô Martial ! n'oublie pas le serment que tu m'as fait!...

MARTIAL

J'espérais que vous l'aviez oublié, vous !

M. DE CHIVRI.

Pauvre enfant!... que voudrais-tu faire 7 Tenter un nouveau combat contre cet homme qui te tuerait!

Ah! mon père!...

M. DE CHIVRI.

Il te tuerait aussi !

MARTIAL

Dieu serait juste une fois !

M. DE CHIVRI.

Martial! Martial!... j'ai été bien coupable et bien cruel pour tes frères , mais pas pour toi!... Tu me dois obéissance... eh bien ! je te l'ordonne devant Dieu!... je te le demande à genoux... jure-moi, jure-moi sur l'honneur que tu ne chercheras pas cet homme ?... que tu ne te battras pas avec lui?...

MARTIAL

us l'ai déjà promis.

M. DE CHIVRI.

Encore?... encore?... Mon Dieu! mon Dieu!... Mais ne vois-tu pas que je n'ai plus que toi en ce monde?... Aie pitié de moi!... mon fils, aie du courage !... ne te bats pas !

MARTIAL

Oui, oui, mon père! j'aurai ce courage... M. DE CHIVRI, tombant sur son siège.

Merci, Martial, merci!... Oh! ce n'est pas de mourir qui est difficile... crois-moi!

Un ilomcslique entra.

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