‹ ThéâtreChapitre 656 sur 971 · GEORGE, JENNY · texte numérisé non relu

GEORGE, JENNY

JENNY, à part, considérant George.

Encore lui, p(ini' nous secourir!

GEOlUiK, rei',anlaut Jt-nny a\cc extase.

Oh 1 est-ce un rêve ? est-ce la réalité ? Oh ! je tremble de vous voir disparaître encore, vous (jue j'ai tant cherchée et (|ue jt; croyais perdue; vous, dont la vue m'inonde de joie' et de bieuveillance; vous qui brillez devant moi co.nme un soleil pur, potu' chasser de mon cœur les haines et les douleurs, les chajîrins et les rcssenlimens; vous enlin dont la divine présence vient de me rendre à la fois plus heureux et nicilleur !

JENNY, avec embarras.

Qu'y avait-il donc, entre mon père et vous? • GEORGE , s'approchaiit.

Je l'ai oublié... vous avez tout ellacé...

JENNY

Je vous retrouve donc enfin... mais dans quelle position !..

OEORGE.

Ah! oui, vous vous étonnez, n'est-ce pas,

«ô» malheurs... dont vous devez igX'Orer la source...

JENNV.

Oli! n'importe. II. George, je ne revois en vous que mon sauveur. Oh ! vous ne nous (|uitterez plus comme vous avez fait, il y a un mois, après le pitis généreux des dévoûmens. Celle fois, je vous liens; je pourrai donc vons ])aycr ma dette , me soulager du poids de ma recounaissance !

GEORGE

De la reconnaissauce ! Miss, vous ne me devez rien !

JENNY

Comment! Ne m'avez-vous pas sanvé la vie? ne venez-vous pas encore de sauver Ihonnenr de mon père? car il fallait qtie vous ei;ssiez un nouveau sei vice à nous rendre poiu' qu'on piU vous parler de l'ancien. Le i)!o;:'ier suilisait pourtant bien à vous p-ériler notre alleclion. Je vous dois l'existence, Aionsieur; pcrsuisne n'eût osé fane ce que vous a\ez fait |)our moi. Vous vot;s clés exposé poiu- mo;» salut, sans iiésiiatio:i, sans reuicrcîir.ens, sans récoiiq^cnsc, au risîiuc de périr vous-même. Vna forlano entière ne pourrait payer assez un tel acte de dévoûment et d'humanité.

GEORGE

Non, ?.liss, VOUS no me devez rien... je vous ai sauvé par un autre sentiment que riumiainté. Oh! s'il vous souvient ainsi d'ini ser\ice égoïsie que je vous ai nnulu pour moi seulement, rappelez-vous aussi le reste de notre vie ; sinon oubliez toiit. Oui, si vous ne vous souvenez plus d'Oxford, des jours de notre cnfiince, de léiudianl que vous avez coiwiu jadis, qui vous aimait, qui vous voyait et vous écrivait ses premiers balteauiis de cu;ur p.ir-dcssus le mur commun du l)e:isionnùt et du collège; si vocs ne vons souvenez plus de cet enfant Iieiircuxqui était votre égal, car, ahu's, il ne fallait ((ue de l'amour, oubliez, oid)liez aussi l'ouvrier indigiie (pu s'est dévoué poiu- votre salut, le jeune liomme pauvre qui ne vous a sauvée que pour lui et non pour vous, l'ucore u:ie fois, vous ne lui devez rien , je vous le répèle, il n'a risqué sa vie pour la \ôlre (pie parce qu'il vous aime, et maintenant qu'il \oiis voit, il a sa réco!ii|)ense. JENNY, cmharrasséc et sonri.Tiit.

Ce n'est pas assez, M. George. Je veux être votre sœur, paria:,'er ma foilune avec vous^ connue avec mon frèie!

GEORGE

Son frère ! Merci , Miss, ce que vous m'ofTrcz ne me sullit plus. Je n'ai plus besoin d'argent; votre père, d'aillcius, m'a payé ce (ju'il me devait... j'ai reçu tout à l'heure de quoi faire biiUnie. Ouanl à votre amitié de su'ui-, ce n'est même plus assez pour moi; vous avez mis ua autre besoin dans ma vie, vous l'avcnierai-jc. Miss? un besoin d'amour, besoin que Dieu même semble vouloir s.itisfaire, en me rapprochant de vous encore une fois , amour sans limites et sans fin, qui naquit dans le bonheur et qui a résisté à tout, à la misère, à la douleur, à la mort même de mon pei c , qui a grandi sur des mines et une tombe, laul il e.«>l vi\aee , inaltériil.le, éternel ; amour qin m'a soutenu dans

clc revoir auisi le biillautéiè\e d'Oxfu;.;?.. Dcs.rj^iuules les vicissitudes de ma vie changeante, à

LES DEUX SERRURIERS

ruuivcrsité, à l'atolicr, partout, tant >\ est toute *< inn. force et tout uioii espoir! Ainsi, qn^û on vint médire: Tu es pauvre, il faut quitter Oxford! ce n'était pas la ricliesse, Miss, c'était vous que je regrettais !.. quand je devins cn.-uiie simple ouvrier, je travaillai , non pour vivre , mais pour vous revoir... Oui, votre pensée seule me rendit habile, ambitieux, pour vouloir, pour avoir de l'opulence un jour, pour devenir riche et digne de vous ; car je suis sur de réussir, si vous m'écoutez, comme je suis sûr de mourir, si je suis dédaigné !

JE>NY, rougissant de plus en plus.

M. George , je ne dois plus vous entendre.

GEOnOE.

Oh ! je suis insensé de vous parler ainsi , moi , tombé si !)a.s , moi , misérable artisan , jeté par le sort au fond du peuple ; oui, c'est une folie de vousjparler, une lémérilé de vous voir, un crime d'espérer. Ah! en vous sauvant, je n'ai luit que me perdre; le jour où vous êtes venue, avec votre tante, visiter, conuiîo t'v.;l Ir: monde, l'œuvre de mon maître, la merveilleuse machine de Muller, ce jour où vous alliez périr eui^renée parmi pan de volrc robe , si je ne m'étais jeté au milieu des iouages pour vous sauver, ce jour-là , Miss, j'aurais du me tuer, au lieu de me blesser seulement; oui, j'aurais dû mourir, puisqu'aussi bien la vie ne sera plus , pour moi , qu'un supplice.

JENNY

Quoi! vous vous êtes blessé? Oh! je ne l'ai pas su, M. George; j'étais évanouie.

GICOUGE.

Vous vous occupez de cette blessure! Qu'intporte celle-là? elle se cicatrise maintenant; mais j'en ai une autre là, (Il monirc son cœur.) qui sera mortelle , si vous ne pouvez la guérir.

JE.NNY.

J'entends quelqu'un... îSIonsieur, il ne faut pas qu'on nous retrouve ensemble... Partez!.. je vous ai déjà trop écoulé. Partez!

GKOr.CE.

SI j'étais riche et noble , je pourrais rester ici , vous parler devant témoins, vous demander même en mariage à votre père... Patieiice donc! je le serai peut-être un jour; l'ouvrier deviendra un artiste... oui, pour vous, j'acquerrai la science, la gloire et la prospéi'ité des '^Yait et des Fulton. Ah! si vous m'aimez, quelques o!)Stacles qui nons séparent, je les renverserai , quelques barrières que le inonde élève entre nous , je les lra;ic!iirai. Quand la vei tu d'un homme vaut mieux que sa fortune, il doii mctii'e sa foitunc au niveau de sa vertu. Promettez-moi seulement de m'attendreî une parole, un geste, un regard de vous, et l'univers est à moi!

JENNY

Sortez, sortez, de grâce!

GiiOliGE.

Oh! elle ne m'aime pas, mon Dieu!

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