SCÈNE X
' BURL, sortant d'un placard.
Vieille folle , va! (Regardant tout autour de la chambre avec précaution.) Seul, enfin ! on ne peut pas plus seul ! Les uds sont en aflaire à la (banque , les autres à leur toilette, la grarde affaire (les femmes. Je ne serai pas dérangé... Ne précipitons donc rien et prenons bien notre temps! lîcspiroiis d'ai)ord !.. Ouf! J'éloullnis dans ce placard depuis deux heuies , plié en quatre comme un paquet de linge propre. I?on Dieu ! c|ue de peine on a et que de qualités il faut avoir dans notre métier. Etudier à fond la maison comme un architecte , les habitans comme un portier; connaître les caractères comme ur. philosophe, les portes et fenêtres comme un receveur ; ne rien ignorer, pour tirer parti de tout à l'occasion; réunir à la fois le génie de rhomn;e et les facultés de l'animal; oui, passer par un trou de fenêtre comme un rat; grimper con?me un chat sur les toits; glisser comme un serpent aux murs d'une cheminée ; se tenir là, sur ses jambes, patiente! sobre comme un héron, dans l'espace d'un pied carré. On ne se doute pas combien il faut de bêtes pour faire un voleur d'esprii... et tout cela souvent... pour être pendu!.. Vraiment, ça n'est pas payé. Enfin , c'est égal, corde à part, le métier est bon, si pou que le Hasard s'en mêle... et, ma foi, il s'en est mêlé aujourd'hui. Comme c'est heureux tout de même que l'ami Ceorge ait relusé! Dia!)ie! je faisais un fier gâchis en l'amenant voler ici... Ah ! l'honnête homme !.. .Te comprends ta veitu, mainiciiant. Ton cotqi vaut le mien, mon gaillard. Plus (pie ra d'aml)ition ! lixrusez! 'lu faisais la demoiselle peiidiuit rpie je faisais la cassette. A lui l'ainoiir ! à moi l'iiigent ! Oh ! le cœur me bat, à mon tour ! nuelle émotion! .le vais me trouver mal mal! C'est duplaisir cl delà terreurii la fois. O caisse chérie, pleine de billets doux! O bonheur (!e te revoir ! i:i ces deuv amans fini n'en Unissaient pas, comme s'il n'y en avait de passion que pour eux. Mais, c'est du délire, de l'amour aussi, un amour adultère que je ressens |)onr toi, ô ma belle maîtresse! (her l ésor de mon âme]!... Oh ! la coquette, comme elle m'agace!.. Voyez!., c'est pins fort que moi, je ne puis me retenir; elle m'.illire malgré ma volonl;'. Je vais, je vais à elle comme le fer ii l'aima' t. (il marclic à la cni>se roinuic innl^rr lui.) Touché ! Ah! (Il csi iiaiciani.) N'ai-je pas entendu du hrnit?.. Le mari, peni-èire... (lUcouic.) Non... Oh' j'en suis encore t'Uit l)(Mdever.sé. Ce serait si dur de te (piilter, ô ma lianeée, sans savoir tout ce (pi'il y a dans ton âme... Par b(»nheur, j'en ,'.ii la clé. Mon bon Hasard l'a fait tomber dans mes mains, Ct'lle clo que ton j.doiix ( ru l toniin r dai.s Pciu. (il met la clé d.iiis la serrurp.) Vovoiis, ma î.elle, il faut Céder!., Diable!., c'est plus dilDcilo que je
•^ne pensais... lié bien!., des façons?.. Par bonheur, encore, mon cher petit Hasard m'a envoyé George, (|iii nfaitlera à son insu, sans que je le co::ipromelte, sans qu'il partage, veux-je dire. Piesser celte broche, tirer ce ressort, a-l-il dit, pousser cette vis... J'y suis, (il ouvre la caisse et y voltile l'argent.) Oh ! quels appas!.. Cette fois, j'entends du bruit... C'est la voiture du maître !.. c'est le Harlholo!.. Hasard mon ami, nous nous fâcherons!.. Allons! dépêchons-nous, ne nous amiksons pas aux bagatelles de la porte, vite! au cœur de la belle! (il met la i.-iain sur un portefeuille.) Je le tiens! Voilà son cœur, le magot, le sac aux billets, la poule aux œufs d'or... Enlevé ! (Il met le portefeuille dans sa poche et referme la caisse avec bruit.) Sortons vite, maintenant... Adieu, mon trésor!.. Au revoir! \l\ enw.ie un baise.' à la cassette.) Peste!.. On marche dans la cour... la voix du banquier... il se dirige vers ses bureaiLV... llàtons-nous ! Partons!
sci:>E XI.
BURL, ROSALINDE.
BURL.
Diable!..
ROSALINDE, à dcmi-vétued'un costume fantastique, une moiiiu tle ses cheveux en papiilolles de papier, et l'autre en tire-bouchons.
Quelqu'un !.. Encore un inconnu !
lîinL.
Silence! madame, silence ! (A part.) Que faire?
ROSM.l.NDK.
Qui êtes vous, monsieur?
niiiL.
Qui je suis?.. Devinez.
ROSALINDE, à part.
Je tremble!., (.laut.) oel etes-vous? que voulez-vous d'une aussi faible leir.ine ? ninL , avec feu.
Ce que je veux! (a part.) Je veux m'en a'ier... mais comment... (Haut.) Ce que je veux!., ce que je suis... vous le demandez.
ROSM.INDE, à part.
Quel espoir! (Haut.) .Monsieur... n'abusez pas de mon émotion. Parlez... seriez-vous?..
niRL , vivement.
Je le suis! (A pari.) Je la tiens!., je suis sauvé !.. Ah! tu veux du lord lîyron... je vais l'en donner! (liant, à ncunux.) Oui , madame , nui... je suis un amant idolâtre, eMravaganl, forcené!.. Silence, madame, silence!
UOSALlNDi:.
Mais monsieur, c'^'st ('•poiivanlable! (\ paru) C'est adorable... En voilà donc un, enlin! Jiri\L, ."i part.
Elle y mord !.. Du bruit... (llaur.^ Oh! venez... (Il veut l'cniralncr vers sa cliambrc.) nosM.INDE.
Andiirienx !.. où m'entraînez-vons?.. (A pan.) El un brun, encore;..
BURL.
On peut venir, on peut irnubl-T cet oniretion, m'einpeclier de vous exprimer tome ma passion... .Ml ! j'ai tout osé pour arriver (liez \iK'.<, »^ j'oserai lout pour y rester. Je vous préviens
Oh! monsieur,
14 LES DEUX SERRURIERS
que je n'ai de iiiénajemens à pai'der avoc per- «©• sonne, avec Dieu ni avec dia!)Ie... Oli ! je suis i digne de vous... je suis élraugcr , réfugié cspa- ! gnol!
ROSALn'DE.
Espagnol !
BUnL.
Oui, madame, Jeune-Espagne, victime des inimitiés politiques, don Émilio Pandaro, sans patrie ni famille, sans leu ni lieu, sans foi ni loi. ROSA.LINDE, avec exaltation.
Mais, c'est un véritable corsaire!
n union monte Tescalier!.. de par toutes les Castillos, il faut absolument que vous me receviez dans cette chambre.
uosAMNnF. troublée.
Jamais! jamais!.. Oh ! il me rendra folle!
BURL.
Il le faut, pour votre honneur... Si vous me refusez, je reste, je vous compromets ouvertement, en criant à tous que je suis ici pour vous et par vous.
ROSALINDE
BURL.
Ou plutôt... non... il n'y aura qu'une victime... Si vous refusez encore, je me poignarde à vos pieds.
(Il tire un poignard et s'agenouille) ROSALINDE, épouvantée et cliarmée à la fois. Un poignard!.. Ah! venez! venez! (a part.) Comment résister à un poignard! (Haut, à Lurl.) Ah ! monsieur , vous r.'.e perdez !
(Elle ouvre la porte de sa cliambre.) nrr.L, à part.
Allons donc! me voilà enfin un vrai réfugié !.. Entrons... Comment en sortirai-je?.. 0 grand saint Hasard , ayez pitié de moi !
(Au moment où Burl entre, Murray paraît au fond,
et traverse la scène précédé de Tom qui porte
deux flambeaux. Itosalinde tire vivemenlla porte,
et reste immobile devant sa chambre. — La toile
1 tombe.)