‹ ThéâtreChapitre 723 sur 971 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

MARIANNE, puis MARTIAL.

MARIANNE, sortant de la porte placée dan& l'Qngle à ijauche, et parlant à la cantonade.

Oui, madame, aussitôt que Jérôme arrivera, je vous préviendrai.

La porte du fond s'ouvre et ]\îarti3l parait. MARiA.WE, se retournant.

un militaire!

MARTI.VL

Par l'habit seulement, dame Marianne.

MVIUANNE.

Martial! le Piis de monsieur Dominique! Martial!

MARTIAL

Lui-même. Vile du feu. dame Marianne, car les soirées sont fraîches, et je crois que j'ai le nez gelé!

MARIANNE

Ce bon petit .Martial ! Comme madame de Garran sera contente de vous voir!... Tenez, placezvous là devant la cheminée.

MARTIAL, prenant un petit escabeau et le plaçant dans la cheminée.

Dedans la cheminée... j'aime mieux ça.

MARIANNE, mettant du bois.

Comme il est changé!

MARTIAL

A mon avantage, oui, c'est vrai!

MARIANNE, arrangeant le feu.

Voilà du bois sec. On nous disait que vous étiez attaché à un grand .personnage?

MARTIAL

C'est encore vrai... Je lui suis même si attaché, que je ne puis pas le quitter.

MARIANNE

Ah! quel service:

MARTIAL

Service! fi donc! je ne sers personne!... Ah! je commence à sentir mon nez!... Voilà ce que c'est: H y a cinq ans, mon étoile me fil rencontrer ce grand seigneur; il sétail égaré, je lui servis de guide. D'abord un peu inliniidé, il me mit bientôt à mon ause. La loute était longue, ma ronviTsation lui a plu ; il nie proposa de l.iire partie de sa maison ; je lui demandai ce que j'aurais a faire. — (^e que lu voudrds... Tu iras... lu viendras... puis, le soir, nous causerons.

MARIANNE

La conditiou était assez douce.

MARTIAL

Et j'acceptai bien vile. 11 m'a emmené à Pari» d'abord; depuis je l'ai suivi partout. Oh : fai vu du pays!... Et comme, de ma nature, je suis assez curieux, je me promène, je vais, j'écoute, je regarde. Aussitôt que je rentre, mon noble patron me fait appeler; il faut voir comme il s'intéresse à moi! comme il s'informe de mes moindres actions! — Où as-tu été? qu'as-tu vu? qu as-tu entendu?— Là-dessus nous jacassons... c'est à-dire je jacasse à perdre haleine 1 et ça l'amuse. Il s'est positivement passionné pour ma conversaliqn 1

MARIANNE

El il vous a donc donné un congé?

MARTIAL

De quelques minutes tout au plus. Et sans un accident, vous ne m'auriez pas ençorçvu cette année. Le patron, à son départ de la Rochelle, où il n'a fait que passer, avait décidé qu'ilnç s'ar. rêterait qu'à Bluis; mais il avait cunipté sans l'essieu de so;i carro.ese. qui s est rompu juste en vue de la tour de Garraq. Pçndaut qu'ûa répare la voiture, moi je suis accouru ici, car le temps m'aurait manqué pour aller jusqu'à la Faille. (Se levant.) A présent que me voilà réchauffé, vous allez me donner des nouvelles de mon père, de ma sœur Séraphine... je saluerai madame de Garran .. je vous embrasserai, en guise de coup de l'etrier, et en roule!... Lh bien, dame Marianne, vous voila comme mon patron : vous m'écoutez, mais vous ne me dites rien. De plus, vous avez l'air tout triste! qu'avez-vous? que s'est-il passé ici ?

, MARIANNE

Vous le saurez assez tôt.

MARTIAL

Serail-il arrivé quelque malheur à mon père?

MARIANNS.

Non, grAce à Dieu !

MARTIAL

A ma sœur Séraphine?

MARIANNE

Ilélas 1

MARTIAL

Je devine... Elle pense toujours à monsieur Georges de Garran. <|uc l«s Vn^îLiis ont pris ei tué sans doute, car d.puis cinq ans on n'en a plus entendu parler. Ma |)auvrc saur ! elle n'a pas nu mari qui la |!uisse consoler. Ah! si elle m'avait consulté, elle n'aurait pas fait ce niari-ifc-Ial je lui aurais dit : N'épouser pas monsieur de ^lonl-

MAGASIN THT;aTKAL.

geron, mon ancien capitaine; méfiez-vous, il me mettait toujours aux arrêt; .c'est un brutal qui vous fera mourir de chagrin I

MARIANNE

Mon pauvre Martial, vous ne savez pas être si prés de la vérité!

MARTIAL

Hein? ma sœur Sifraphine!

MARIANNE

Un mal subit, inconnu, l'a saisie, il y a quatre jours; elle était si faible hier matin, qu'elle n'a pas reconnu madame ; et Jérôme, le vieux garde, est parti la nuit dernière pour aller à Poitiers chercher un célèbre médecin, qu'onappelle maître Guénault.

MARTIAL

Ma sœur Séraphine en danger! Mais je veux la revoir, moi! je veux aller à la Faille... Et mon père! et mon pauvre père! et monseigneur qui m'attend ! Comment faire, mon Dieu?...

MARIANNE

Personne encore ! Ah ! ce médecin arrivera trop tard!

MARTIAL

N'ayez donc pas de ces idées-là, dame Marianne ! Tenez, tenez, on monte l'escalier! Je suis sûr que c'est votre docteur.

MARIANNE, allant vers le fond.

Que le ciel vous entende !

La porte du fond s'ouvre.

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SGÊNE IT.

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