SCÈNE II
GEORGES. SÉRAPHINE, endormie.
GEORGES
Sauvée !... sauvée !. .. Oh! merci , mon Dieu!.. . * Le Docteur, Georges, Séraphine.
MADEMOISELLE DE LA FAILLE
Nous pourrons donc partir, quitter cette auberge maudite... où depuis six jours nous étions enchaînés par ses souffrances... et, une fois à Paris, nous gagnerons facilement un port derner, autre que la Rochelle, où l.i première personne nous eût reconnus .. [Séraphine fait un mouvement.) Mais elle s'éveille... Oh! le docteur a dit vrai!... Seigneur, Seigneur, qui avez fait un miracle en faveur de noire amour, achevez votre œuvre, et rendez-moi tout à fait ma Séraphine* !...
En achevant, il est tombé à genoux devant le canapé et
a pris une des mains de Séraphine, qui tressaille et se
soulève en le regardant avec attention.
SÉRAPHINE
Toi!... c'est toi?... encore mon rêve!... Georges.
GEORGES
Oui, Georges... ton amant, ton fiancé... Georges, qui t'a sauvée...
SÉRAPHINE, sortant d'un rêve.
Georges... vivant!... Moi... près de lui!... Oh! tout cela n'est qu'un songe... et jedoute encore... GEORGES, avec amour.
Nedoute plus... laisse ta main dans la mienne... Regarde... c'est bien moi... {Il baise sa main, mouvement de Séraphine.) C'est bien toi!... c'est le bonheur!...
SÉRAPHINE
Le bonheur... Oh! oui!...
Elle cherche à rassembler ses souvenirs. GEORGES.
Le passé?... oublie-le... c'est le néant!...
SÉRAPHINE
Oui, le néant... la mort!... Je suis restée bien longtempsainsi !... Tout à coup, je sentis au cœur une commotion étrange... un nom... nom chéri... venait de traverser ma pensée... et avec lui, la vie revenait en moi... J'ouvre les yeux... autour de moi unenuitprofondel... Jeveuxappeler.. . j'étaissans voix!... {Selevant.) Jemelève... sous ma main... sous mes pieds... partout le froid du marbre... une tombe... un linceul !... Je m'élance!... (Elle se tourne.) Un homme était là... a genoux, le» bras étendus vers moi... et cet homme... cet ange... ce sauveur!... c'était toi, Georges!... toi! Oh! je savais bien, moi, que tu reviendrais. .. GEORGES, se relevant et la pressant sur son cœur.
Oui, c'était moi !... oui, je suis revenu pour te sauver!... Dieu, qui nous a pris en pitié, t'adoimé une vie nouvelle... et celle-là, ma Sérafthine, tu me la dois, et celle-là, elle esta moi!.. SÉRAPHINE, rêvant.
Oh! oui, à loi!... pourtant... si mon père allait encore nous séparer!...
GEORGES, à part.
Encore ce délire!... hormis notre amour, elle a tout oublié...
SÉRAPHINE
Tu ne me quitteras plus, n'est-ce pas ?. . . C'est que j'ai tant soulTcrt quand tu n'étais pas là!...
GEUIIGES.
Non, ma Séraphine, nous ne nous quitterons ' Séraphine, Georges.
plus!... A présent, nos deux existences sont à jamais liées l'une à l'autre... vivre et mourir ensemble...
Bruit au dehors.
SÉRAPHINE, avec bonheur.
Vivre et mourir ensemble!...
GEORGES, courant à la fenêtre.
Quel est ce bruit?... Deux cavaliers s'arrêtent devant cette auberge... ils vont y séjourner peutêtre... {Revenant à Séraphine.) Oh ! si elle élai! reconnue!... A tout prix, il faut... Maissi faib' encore !...
SÉRAPHINE
Non, je suis forte!...
GEORGES
Tu pourrais partir ?
SÉRAPHINE
Avec toi!
GEORGES
Eh bien, nous partons !
SÉRAPHINE
Nous partons.
GEORGES
Aujourd'hui.
SÉRAPHINE
Aujourd'hui.
GEORGES
Avant une heure, nous aurons quitté cette auberge où nous ne sommes plus seuls... et loin, bien loin d'ici, nous trouverons un sol hospitalier, un ciel protecteur... Pour toi, îe calme, le repos 1... Pour tous deux le bonheur... Dans un moment, je serai de retour.
SÉRAPHINE, vivement.
Tu me quittes?
GEORGES
Pour préparer ton départ.
SÉRAPHINE
Avec toi, toujours?
GEORGES
Toujours !
Il la regarde avec tendresse et sort en refermant la porte après lui