SCÈNE II
Les mêmes, MARTIAL.
Martial, sortant de chez la Reine, en costume d'huissier, descend les marches et vient examiner tous les groupes de Seigneurs.
MARTIAL, d'un air naïf.
Pardon, mcsseigncurs, monsieur de Bassompierre?...
BASSOMPIERRE, Se retournant.
C'est moi! que me veux-tu, mon garçon?
MARTIAL
C'est un billet qu'on m'a commandé de vous
remettre .. dans le plus grand mystère.
Tous les Seigneurs se mettent ù rire. iVlartial les regarde avec étonnement.
DK TERMES.
Bravo! voilà une commission bien faite! et un garçon bien ingénu!...
BASSOMPIERRE, prenant le billet.
Ne vous liez pas ù sa mine! il e>t plus fin qu'il ne le paraît... il a été a l'école du cardinal...
DE TERMES
Du cardinal ? et il est ici '!. ..
BASSOMI'IKRIIK.
Certes! la rcine-mcre lonnait le cœur humain : ce garçon a été l'obligé du cardinal; le cardinal n'aura pas de |)lus graïul cniuini.car il l'a chassé.
11 décadielte la lettre et va s'asseoir sur un fauteuil, au premier pl«n à gauche, pour !a lire '*. MARTIAL , soupirant.
Va chassé pour une mi.sère !
* De Termes, Rassompierre, Martial, Seigneurs. "• Bassompicrrp, de Tenues, Mavti.d, S. i ;. . in^.
DE TERMES
Conte-nous donc cette histoire.
MARTIAL, froidement.
Avec plaisir. [A de Termes.) C'est une histoire de bêtes.
DE TERMES
Hein?
MARTIAL , à l'autre Seigneur.
Une histoire d'animaux.
LE SEIGNEUR
Qu'est-ce qu'il dit donc?
On l'entoure.
MARTIAL
Une histoire de chats .. des petits chats... Vous; savez que monseigneur idulAtre les petits chats... Il y en a toujours autour de lui deux, trois, quatre .. ça se bat, ça se moid, ça se déchire, et monseigneur dit que ça lui rappelle les courtisans... DE TERMES, riant.
Merci !
MARTIAL
Il y en avait un, le favori, un petit roux, avec des yeux vert-pomme, qui était mauvais, gourmand et qui avait des grilTcs!.. Je n'ai jamais vu un si petit animal avoir d'aussi grandes grilïï'S.Tou» ceux qui approchaient monseigneur portaient ses marques! j'en étais couturé! plein les mains! et les chevilles!... Un jour, j'annonce un ambassadeur, j'entre vivement; le chat était derrière la porte... (Frappant dans ses mains.) AU ^. mon Dieu, il n'a fait qu'un cri '.... aplati!... et monseigneur n'a môme pas eu la consolation de pouvoir le
faire empailler!...
Les Seigneurs rient.
UN SEIGNEUR
Ah ! ah ! le drôle de corps !
DE TERMES
Avec son histoire do chats!
On renvoie en riant Maillai, qui remonte et sort par le
fond, à gauche; pendant ce temp« , Rassompierre se
lève et traverse la scène.
BAS.'^OMiMi'.Ri'.E . agité et à part '.
Montgcron a Taris! caché au Luxembourg I que signifie ce mystère?... et il veut me parler en secret!... tâchons de les éloigner, (liant.) Il me semble, messieurs, qu'il nous arrive des dames...
Il regarde au fond à gauche.
DE TERMES
N'est- il pas question duiie nouvelle dama d'honneur? une beauté idé.ile?...
lE Slir.VFLR.
Une nouvelle beauté!... me!•^ieurs, courons Jr recevoir.
Les Seigneurs remontent au fond cl sortent par la galeriu à gauciu'. Montgeron sort de chez lui.
sciùNE m.
BASSOMPIKRRK, MONTGKRON gui entre av0$ m;/slfre.
BASSOMPIERRE, à Montijoron.
Ah ! c'est vous, Montgeron ! vous à Paris! • De Termes, Seigneurs, Rassompierre.
MAGASIN TilÉATHAL.
MorvTGERON, BU Confidence.
Depuis mon retour de la Faille je ne l'ai pas quitté.
BASSOMPIERRE
Mais cette absence...
MONTGERON
J'avais besoin d'y faire croire pour la réussite de mes projets.
BASSOMPIERRE
Mais ces bruits que le cardinal a fait courir...
MONTGEROiV.
Tomberont comme lui, aujourd'hui même.
BASSOMPIERRE
J'en suis ravi, cher comte; car je ne vous cache pas que ces calomnies commençaient à prendre quelque crédit a ia cour.
MONTGERON
Je ne puis m'expliquer ; mais j'avais besoin de vous dire, à vous qui tout à l'heure m'avez si bien défendu, que je suis en mesure de me justifier et de confondre le cardinal.
BASSOMPIERRE
Vive Lieu ! la fête sera complète!
MONTGERON
Et c'est sa créature elle-même, monsieur Georges de Garran, qui doit m'amener ma justification !
BASSOMPIERRE
Monsieur de Garran ! le vainqueur de la Rochelle?... il est donc à Paris?
MONTGERON
II doit se présenter à la cour aujourd'hui même. A mon instante prière, Marie de Médicis a bien voulu lui adresser une gracieuse invitation de paraître au Luxembourg et d'y amener avec lui madame de Garran, qu'elle voulait admettre au nombre de ses dames d'honneur.
BASSOMPIERRE
Eh bien! je ne devine pas quel rapport... MONTGERON, avec violsnce.
Vous ne devinez pas que cette madame de Garran n'est autre que la femme que l'on m'accuse d'avoir empoisonnée... madame la comtesse de Montgeron, enfin?
BASSOMPIERRE
La comtesse de Montgeron?... vivante?...
MONTGERON
Oui, vivante pour ma justification! mais vivante aussi pour mon déshonneur!... Par des espions que j'avais mis à leur poursuite, j'appris que monsieur de Garran et la comtesse étaient tous deux cachés à Paris, habitant un hôtel retiré, dans le quartier de l'Arsenal, et cherchant secrètement tous les moyens de passer à l'étranger.
BASSOMPIERRE
Madame de Montgeron, que l'on disait ensevelie à la Faille, madame de Montgeron à Paris ! et sous le nom de Garran !,..
MONTGERON
Cet horrible mystère sera bientôt dévoilé; car tout à l'heure, ici, devant tous, j'arracherai le masque dont ils espéraient se couvrir!
BASSOMPIERRE
Et vous croyez qu'ils oseront se présenter à la cour?
MONTGERON
Ils ne peuvent faire autrement. Pour leur ôler tout prétexte, toute excuse, madame de Fargis, elle-même, est partie ce matin, et ne doit revenir qu'accompagnée de la nouvelle dame d'honneur... C'est l'ordre de la reine.
BASSOMPIERRE
Et madame de Montgeron?. , .
MONTGERON
Viendra sans crainte, car elle n'a jamais paru à la cour, oîi personne ne la connaît... excepté moi.
BASSOMPIERRE , Vivement.
Et ils vous croient absent!... ah! bravo, cher comte, bravo! ils ne peuvent vous échapper! MONTGERON , avcc Orgueil,
Oh! j'ai tout prévu, vous dis-je. Ils viendront, ils viendront se prendre au piège qu'ils m'ont forcé de leur tendre !
BASSOMPIERRE
Mais quel est ce bruit dans la galerie? ( Il remonte et regarde à gauche.) Que vois-je?... la comtesse de Fargis ! et près d'elle... cette femme si belle et si pâle!...
MONTGERON
C'est elle ! c'est bien elle!...
BASSOMPIERRE
Montgeron, contenez-vous! il n'est pas temps encore... venez, venez.
II l'entraîne à droite.
MONTGERON, en Sortant.
A bientôt, Séraphine!
Il rentre dans l'appartement, avec Rassorapierre. Des Huissiers de la chambre introduisent des Seigneurs et des Dames, qui entrent de divers côtés.
VVVV\A/VVVVVVVVVVVVVi'VVVVVt.VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
M. DE GARRAN est revêtu des insignes de son grade; SERAPHINE porte un riche costume de cour; elle est très-pâle. M^^ DE FARGIS l'accompagne et la présente aux Seigneurs e aux Dames. Tous saluent.
Cette entrée excite une vive curiosité. On fait asseoir les Dames, des groupes se forment. M"« de Fargis, après avoir parlé à un Huissier, est entrée chez la Reine. On s'aperçoit que la conversation des différents groupes a rapport à la nouvelle venue. M. de Garran et Séraphine sont debout à l'avant-scène, et parlent à vois basse.
GEORGES, à demi-voix.
Du courage, ma Séraphine, et surtout du sangfroid !
SÉRAPHINE, d'une voix faible.
Georges, Georges, la tête me tourne... Cette femme qui ne m'a pas quittée un instant... elle n'est plus là... Emmène-moil emmène-moi!...
MADEMOISELLE DE LA FAILLE
GEORGES
Eh! le puis-je, au milieu de cette foule qui nous entoure, qui nous regarde?... Oh! ce supplice, tu le sais, je n'ai pu te l'épargner.,. Au milieu de la retraite profonde où j'espérais pouvoir le cacher quelques jours à tous les yeux, cet ordfe de la reine est venu nous frappercomme la foudre... le seul moyen d'échapper au péril, c'était de l'affronter, et nous sommes venus à la cour!
SÉRAPHINE, presque folle.
Alacour!... moi! moi!... et sous quel Q03i, grand Dieu!
GEORGES
Une heure encore, ma Séraphine, une heure de courage et d'angoisses, et nous sommes sauvés ! et demain nous partons, et demain nous quittons pour toujours la France!... et nul soupçon désormais ne pourra plus nous atteindïe!
SÉRAPHINE
Mais si l'on allait nous reconnailrs?
GEORGES
Un seul homme le pouvait, mais ce moQstrc ,, tu me l'as dit, é[)ouvanté [)ar les menaces dudo( leur Guénault, qui avait tout découvert, a pr la fuite, et ne peut i)lus reparaître à la cour!
SÉRAPHl.XE.
0 mon Dieu! quelle épreuve!
l'huissier, du haut des marches qui conduisent chez la reine.
Messeigneurs, on entre chez la reine. [Alors plusieurs Dames et Seigneurs se dirigent vers les appartements intérieurs et montent les degrés qui conduisent chez la reine-mère ; d'autres continuent d'examiner, d'écouter, et s'arrêtent sur les marches
GEORGES
Tu entends?... Au nom du ciel, au nom de notre amour, songe qu'un mot, un geste, peut tout perdre et te rejeter aux bras de ton meurtrier... Vois, on s'étonne, on nous regarde... si tu trembles, c'est fait de nous... si tu hésites, c'est ma mort!
séRAPQINB.
Ta mort, Georges !
l'huissier, à Georges.
Qui annoncerai-jc?
séraphine, après un moment de silence.
Monsieur et madame de (iarran !
Mouvement lie curiosité satisfaite di- la part des assistants; ils entrent, puis M. l't M"" «le (larraii et enfin .0 reste des Courtisans. Lorsi|iii' la srène est vide, un mouvement dans la galerie, de la part des Huissiers et des Gardes, annonce l'entrée de Richelieu, qui vient de la gauche ; il est revi^tu de son habit de cardinal , sauf le chapeau ; il porte au cou, pour toute insigne, le cordon et la croix du Saint-Esprit. Il tient une brochure à la main. 11 entre lentement et ri'garde les Courtisans qui achèvent d'entrer chez la Reino.
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