SCENE IV
Les Mêmes, MARTIAL.
Elle a raison... et j'ai reçu trop tard cette affreuse révélation... Non, ce n'est pas Léonard Asthon...
M. DE CUIVRI.
Mais si ce n'est pas lui... quel est donc le coupable?
LÉONARD
Dieu seul le sait peut-ôlre!... mais j'avai.'; à cœur de prouver devant tous mon innocence .. Depuis que linslruction de cette affaire est commencée j'aurais pu me défendre et me justilier... mais, si ce qui vient de se passer devant tous av.iit été renfermé dans le cabinet d'un magistrat, ou aurait pu dire que linforlunéc dont le cri de vérité vient de se faire entendre... avait cédé à une fatale passion ou a des craintes honteuses... en feignant de ne pas me reconnaître... et je serais sorti libre de cette accusation, mais avec une (iétrissure sur l'honneur de mon nom...
M. DE cniVRi.
Ah!... vous devez en être lier... car il nous coûte bien cher, monsieur.
LE PRÉSIDENT
Messieurs, il faut mettre un terme à ces douloureux débats.
MAGASIN THEATRAL
LÉONARD
Un moment encore, monsieur le président, je n'ai pas tout dit... Écoutez-moi, je vous prie... écoutez-moi tous... {Il quitte le banc des accusés, et s'approche de M. de Chivri.) Monsieur, une fatale erreur vous a privé de vos fils ; mais, devant Dieu et devant les hommes, je suis innocent de leur mort... et, cependant, avec la douleur de leur perte, on vous a laissé une fille déshonorée.
DIANE
Mon Dieu!... grâce... grâce!...
LÉONARD
Déshonorée, ai-je dit?... Non, elle nel'estpas... et peut-être fallait-il ce débat solennel pour que chacun eût dans le cœur la pensée que j'ai dans le mien... c'est que jamais malheur ne fut plus sacré, jamais innocence plus pure... jamais vertu plus sainte.
DIANE
Oh! épargnez -moi votre pitié, monsieur... Épargnez-moi, et j'oublierai ce que vous m'aviez promis...
M. DE CHIVRI
Oh! il m'a promis à moi que cette honte ne retomberait que sur nous... et il a tenu sa parole.
LÉONARD
Non, monsieur... car en échange de votre sang, que j'ai versé innocemment, je vous offre de réparer l'outrage que je ne vous ai pas fait...
M. DE CHIVRI.
Que voulez-vous dire ?
DIANE
O Martial!... l'ai-je bien entendu?...
Mademoiselle... c'est parce que je vous respecte plus dans votre malheur que d'autres dans leur innocence... que je vous offre ce nom d'Asthon, que j'ai voulu rendre plus pur... pour qu'il fût plus di^ne de vous... Diane, à l'heure où il vous plaira de me tendre la main , vous trouverez celle sur laquelle je vous ai dit de vous appuyer
sans crainte qu'elle vous manque... et si la honte vous a fait courber le front... le nom d'Asthon vous permettra de le relever..
DIANE
Ah !.. . toi qui le vois, Martial. . . dis-moi, il do: ! être beau, n'est-ce pas?
M. DE CHIVRI.
C'est assez, monsieur... assez!... jamais le meurtrier de mes fils ne peut prendre leur place...
DIANE , à Martial , qui est près de Léonard.
Martial!... si Dieu lui inspire d'accomplir cette noble pensée, rappelle-lui ce que je lui ai promis... La chaîne que je lui imposerai ne sera pas longue... Je lui ai juré de mourir bientôt...
LÉONARD
Vous vivrez pour être heureuse... respectée...
M. DE CHIVRI.
Vous vous trempez, monsieur... elle vivra... mais pour pleurer avec moi... Viens, ma fille...
DIANE
Ahl... c'est ce noble cœur que j'avais aimé...
LÉONARD, à Martial.
Quoi que décide votre père, monsieur... il me reste encore un fatal devoir à remplir.
MARTIAL
Vous n'en avez plus...
LÉONARD
Il me reste un nom à apprendre..
MARTIAL
Il y a deux heures que son complice me l'a appris... {tl ouvre son haiit.) Voyez...
LÉONARD
Blessé!... et lui...
MARTIAL
Mort!... Et, maintenant, laissez à la douleur d'un père le temps d'être juste... mais, je vous le jure, moi, vous qui voulez rendre l'honnèUr à ma sœur, vous serez mon frère !
LÉONARD, hti prenant la main.
Merci ! . . .
FIN
PABIS. IMPRIMEEIE DE V« DONBET-DUPBE,
Rue Saint-Louis , 46, auMatais>
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