‹ ThéâtreChapitre 812 sur 971 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les mêmes, excepté BINET.

M'"'' DU BROCARD. Vous connaissiez mon neveu. Je ne vous en fais point un reproche. .. vos parents seuls...

M""' GIRAUD. Mais, Dieu merci, elle n'en a pas à se faire.

GIRAUD. C'est monsieur votre neveu qui est cause qu'on jase sur son compte... mais elle est innocente !

DE VERBY, V interrompant. Je le crois... Cependant s'il nous la fallait coupable !

PAMÉLA. Que voulez -vous dire, monsieur?

GIRAUD et M""^ GIRAUD. Par exemple !

M"'* DU BROCARD, saisissant l'idée de de Verby. Oui, si pour sauver la vie d'un pauvre jeune homme...

DE VERBY. Il fallait déclarer que monsieur Jules Rousseau a été la plus grande partie de la nuit du 24 août ici, chez vous ?

PAMÉLA. Ah! monsieur!

DE VERBY, à Giraud et à sa femme. S'il fallait déposer contre votre fille, en affirmant que c'est la vérité?

M""' GIRAUD. Je ne dirais jamais ça.

GIRAUD. Outrager mon enfant!... Monsieur, j'ai eu tous les chagrins possibles... j'ai été tailleur, je me suis vu réduit à rien. . . à être portier!... mais je suis resté père... Ma fille, notre trésor, c'est la gloire de nos vieux jours, et vous voulez que nous la déshonorissions !

^me PU BROCARD. Ecoutez-moi, monsieur.

GIRAUD. Non, madame... Ma fille, c'est l'espoir de mes cheveux blancs.

PAMÉLA. Mon père, calmez-vous, je vous en prie.

PAMELA GIRAUD

M""* GIRAUD. Voyons, Giraud ! laisse donc parler monsieur et madame.

M""' DU BROCARD. C'est une famille éplorée qui vient vous demander de la sauver.

PAMÉLA, à part. Pauvre Jules !

DE VERBY, bas, à Paméla. Son sort est entre vos mains,

M"* GIRAUD. Nous ne sommes pas de mauvaises gens! on sait bien ce que c'est que des parents, une mère, qui sont dans le désespoir... mais ce que vous demandez est impossible.

Paméla porte son mouchoir à ses yeux.

GIRAUD. Allons ! voilà qu'elle pleure !

M""^ GIRAUD. Elle n'a fait que ça depuis quelques jours.

GIRAUD. Je connais ma fille ; elle serait capable d'aller dire tout ça malgré nous.

M'"^ GIRAUD. Eh ! oui. . . car, voyez-vous, elle l'aime, vot' neveu 1 et pour lui sauver la vie... eh bien, j'en ferais autant à sa place.

M"* DU BROCARD. Oh ! laissez-vous attendrir !

DE VERBY. Cédez à nos prières...

M"'* DU BROCARD, à Paméla. S'il est vrai que vous aimiez Jules...

M""" GIRAUD, amenant Giraud près de Paméla. Après ça, écoute... Elle l'aime, ce garçon... bien sûr, il doit l'aimer aussi... Si elle faisait un sacrifice comme ça, ça mériterait bien qu'il l'épouse !

PAMÉLA, vivement. Jamais. {À part.) Ils ne le voudraient pas, eux!

DE YERBï, à M"'- (lu Brocard. Ils se consultent !

M"" DU BROCARD, bas, à de Verby. Il faut absolument faire un sacrifice ! Prenez-les par l'intérêt... c'est le seul moyen!

DE VERBY. En venant vous demander un sacrifice aussi grand, nous savions combien il devait mériter notre reconnaissance. La famille de Jules, qui aurait pu blâmer vos relations avec lui, veut remplir, au contraire, les obligations qu'elle va contractés envers vous.

M"" GîRAUD. Hein? quand je te disais!

PAMÉLA, très-heureuse. Jules! il se pourrait?

DE VERBY. Je suis autorisé à vous faire une promesse.

PAMÉLA, émue. Oh! mon Dieu!

DE VERBY. Parlez! Combien voulez-vous pour le sacrifice que vous faites?

PAMÉLA, interdite. Conimcut ! combien...

je veux... pour sauver Jules? Vous voulez donc alors (|ue je sois une uiisérable! M""" nr r,no<ABi>. Ah! niadenioiselle!

DE VERT.Y. Vous VOUS trouipcz.

PAMÉLA. C'est vous (|ui ave/, fait erreur! Vous êtes venus ici, elle/, de piuivros j^eiis,

et vous ne saviez pas ce que vous leur demandiez... Vous, madame, qui deviez le savoir, quels que soit le rang, l'éducation, l'honneur d'une femme est sou trésor ! ce que dans vos familles vous conservez avec tant de soin, tant de respect, vous avez cru qu'ici, dans une mansarde, on le vendrait! et vous vous êtes dit : Offrons de l'or ! il nous faut l'honneur d'une grisette!

GIRAUD. C'est très-bien... je reconnais mon sang.

M"'' DU BROCARD. Ma chèfc enfant, ne vous offensez pas ! l'argent est l'argent, après tout!

DE VERBY, s'adresmut à Giraud. Sans doute! Et six bonnes mille livres de rente pour... pour un...

PAMÉLA. Pour un mensonge ! vous l'aurez à moins.. . 31ais, Dieu merci, je sais me respecter! Adieu, monsieur.

Elle fait une profonde révérence à Mine du Brocard, puis elle entre dans sa chambre.

DE VERBY. Que faire?

M"'* DU BROCARD. C'est incompréhensible !

GIRAUD. Je sais bien que six mille livres de rentes, c'est un denier... mais notre fille a l'àmefière, voyez-vous, elle tient de moi...

M""= GIRAUD. Et elle ne cédera pas.

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