DLPRÉ, PAMÉLA, GIRAUD, M"« GIRAUD
Au lever du rideau, Paméla est assise dans un fauteuil , occupée à lire ; la mère Giraud est debout près d'elle ; Giraud regarde les tableaux du cabinet; Dupré se promène à grands pas ; tout à coup il s'arrête.
DUPRÉ , à Giraud. Et en venant ce matin, vous avez pris les précautions d'usage?
GIRAUD. O monsieur! vous pouvez t'être tranquille quand je viens ici , je marche la tête ^purnée derrière moi !... C'est" que la moindre imprudence ferait bien vite un malheur. Ton cœur t'a entraînée, ma fille; mais un faux lémoignagne, c'esl mal, c'est sérieux!
M*"^ GIRAUD. Je crois bien... prends garde, Giraud; si on te suivait et qu'on vienne à découvrir que notre pauvre fille est ici, cachée, grâce à la générosité de monsieur Dupré. . .
DUPRÉ. C'est bien... c'est bien... {Il continue de marcher à pas précipités. ) Quelle ingratitude!... cette famille Rousseau , ils ignorent ce que j'ai fait... tous croient Paméla arrêtée, et personne ne s'en inquiète !... On a fait partir Jules pour Bruxelles... M. de Verby est à la campagne, et M. Rousseau fait ses îrfTaires de bourse comme si de rien n'était... L'argent, l'ambition... c'est leur mobile... chez eux les sentiments ne comptent pour rien !... ils tournent tous autour du veau d'or... et l'argent peut les faire danser devant leur idole... ils sont aveu- ■glés dès qu'ils le voient.
PAMÉLA GIRAUD
PAMÉLA, qui l'a observé se lève et vient à lui. Monsieur Dupré, vous êtes agité, vous paraissez souffrir ?... c'est encore pour moi, je le crains.
DUPRÉ. N'êtes - vous donc pas révoltée comme moi de l'indifférence odieuse de cette famille, qui, une fois son fils sauvé, n'a plus vu en vous qu'un instrument...
PAMÉLA. Et qu'y pourrions - nous faire , monsieur?.. .
DUPRÉ. chère enfant ! vous n'avez aucune amertume dans le cœur ?
PAMÉLA. Non, monsieur !. .. je suis plus heureuse qu'eux tous, moi; j'ai fait, je crois, une bonne action !...
M""' GIRAUD, embrassant Paméla. Ma pauvre bonne fille !
GIRAUD. C'est bien ce que j'ai fait de mieux jusqu'à présent !
DUPRÉ, s' uirprochant vivement de Paméla. Mademoiselle, vous êtes une honnête fille !... personne plus que moi ne peut l'attester!... c'est moi qui suis venu près de vous, vous supplier de dire la vérité, et si noble, et si pure, vous vous êtes compromise; maintenant on vous repousse, on vous méconnaît... mais moi je vous admire, et vous serez heureuse , car je réparerai tout 1 Paméla... j'ai quarante-huit ans, un peu de réputation, quelque fortune; j'ai passé ma vie à être honnête homme , je n'en démordrai pas, voulez-vous être ma femme ?
PAMÉLA, très-émue. Moi, monsieur?...
GIRAUD. Sa femme!... not' fille!... dis donc madame Giraud ?...
M"' GIRAUD. Ça serait-il possible ?...
DUPRÉ. Pourquoi cette surprise?... oh!
pas de phrases!... consultez votre cœur I... dites oui ou non!... voulez-vous être ma femme ?
PAMÉLA. Mais quel homme ôtes-vous donc, monsieur? c'est moi qui vous dois tout... et vous voulez?... Ah! ma reconnaissance...
DUPRÉ. Ne prononcez pas ce mot-là , il va tout gâter !... le monde, je le méprise!... je ne lui dois aucun compte de ma conduite, de mes affections, . . Depuis que j'ai vu votre courage, votre résignation... je vous aime... tâchez de m'aimer !
PAMÉLA. Oh! oui, oui, monsieur.
M"'" GIRAUD. Qui est-ce qui no vous aimerait pas ?
GIRAUD. Monsieur, je ne suis rien qu'un pauvre portier... et encore, je ne le suis plus, portier... vous aimez noire lillc , vous venez de lui dire... je vous demande pardon... j'ai des larmes plein les yeux... et ça me coupe {a parole.,. {Il s'essuie les j/cwa-.) Jih bien, vous
faites bien de l'aimer!... ça prouve que vous avez de l'esprit!... parce que Paméla... il y a des enfants de propriétaires qui ne la valent pas!... seulement c'est humiliant d'avoir des pères et mères comme nous. . .
PAMÉLA. Mon père !
GIRAUD. Vous... le premier des hommes!., oui, monsieur, le premier!... Eh bien, moi et ma femme, nous irons nous cacher, n'estce pas, la vieille ?.. dans une campagne bien loin !... et le dimanche, à l'heure de la messe, vous direz : Ils sont tous les deux qui prient le bon Dieu pour moi... et pour leur fille...
Paméla embrasse son père et sa mère.
DUPRÉ. Braves gens !... Oh ! mais ceux-là n'ont pas de titres!... pas de fortune!... Vous regrettiez votre province !,.. eh bien , vous y retournerez , vous y vivrez heureux, tranquilles... je me charge de tout.
M. et M"" GIRAUD. 'Oh ! notre reconnaissance...
DUPRÉ. Encore... ce mot-là vous portera malheur !... je le biffe du dictionnaire!.,. En attendant je vous emmène à la campagne avec moi !,.. allez,.. allez tout préparer.
GIRAUD, Monsieur l'avocat?. ..
DUPRÉ. Eh bien, quoi?...
GIRAUD. Il y a ce pauvre Joseph Binet qui est en danger aussi !.., il ne sait pas que ma fille et nous sommes là ; mais , il y a trois jours , il est venu trouver votre domestique , dans un état à faire peur; et comme c'est ici la maison du bon Dieu, il est caché ici dans un grenier !
DUPRÉ. Faites-le descendre.
GIRAUD. Il ne voudra pas , monsieur; il a trop peur d'être arrêté... on lui passe à manger par la chattièrc !...
DUPRÉ. Il sera bientôt libre, je l'espère... j'attends une lettre qui doit nous rassurer tous,
GIRAUD. Faut-il le rassurer?
DUPRÉ. Non, pas encore... ce soir.
GIRAUD, à sa femme. Je m'en vas avec ben du soin jusqu'à la maison.
Blinf Giraud l'accompagne en lui faisant des recommandations ; elle sort ensuite par la gauche ; Paméla va pour la suivre,
DUPRÉ, la retenant. CeBinct... vous uc l'aimez pas ?
PAMÉLA. Oh ! non , jamais !
DUPRÉ. Et l'autre?
PAMÉLA, après un moment d'émotion, quelle réprime aussitôt. 'Je n'aimerai que vous !...
•tllc va sortir, iiruil daas ranlicLambrc. Jules parait.
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aWkvvvvwwvv^^v-A.v^v^A^v^/vvv^-^^vv^wwvvv^,^vvvwv^A,vv^w j DUPRÉ. C'CSt à moi qUG VOUS IC deUiail-
! dez?...
JULES. Paméla, répondez, je vous en sup-