‹ ThéâtreChapitre 837 sur 971 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

Les Mêmes , CRÈVECOEUR.

RÈYECOEUR. Oni, me v'Ià, bonsoir.

CHALUMEAU. Eh beu ! vieux, comment que ça va ? nous avons donc gagné de l'argent aujourd'hui?

CRÈVECOEUR. Oui, oui, uo peu.

CHALUMEAU. Combien qn' y t'a donné, ce bourgeois, pour porter ses malles ?

CRÈVECOEUR. Une pièce de trois francs.

TOUS. Trois francs!

POPI.ARD. Plusqueça de iMJtirlxtire! merci! Est-ce que t'as déjà tout a\a!é?

CRÈVECOEUR. Koii, pas tout ; il m'en re.-le enc(tre.

POPLARD. Voyons, combien qu'y te reste?

CRÈVECOEUR , tiraji l SU71 argent. Ah ! j' sais pas, j'ai pas compté.

POPLARD. Voyons!

POPLARD. Trente sons. Conmient, malheureux, tu n'as plus que trente sous ! Je parie que tu as en perdu en roule, t'as si peu tie soin! Pour pus de sût été, je vas le garder ça, moi.

CRÈVECOEUR. Ah! je veux bien.

CHALUMEAU. Du tout, du tout, je neveux pas; je le connais, Poplard ; sons préicMe de t'empèchor de le dépenser, il serait capah o de le dépen.ser soj-nièine. i // le rrprcnl à Poyiard et le dunnc à Crrrvrœur. ) l'wns, ma vieille, mets ça dans ta poche, pour boire ta petite goutte (lemain.

CRÈVECOEUR. Merci !

CHALUMEAU. C pauvre vieux!... parce qu'il est abruti , c'ct^i pas une rai.son pour lui prendre ce qu'il a .. Allons, va le coucher, ma vieille; après ce que l'as bii ni;jourd'hui, tu dois avoir envie défaire dodo... Bonne nuit, papa Crèvecœur.

rRÈVEC<»:uR. Bonsoir! bonsoir !,..

MAGASIN THr-ATRAL.

TOUS, boii&oii", l'Ai), lili !

CKÊVECOEUR. liOUSoir 1. . .

Il crilre dans le bateau.

roPi.ARD. Ah ça , qu'est-ce ((ue l'as donc à iironflre comme cases intérêts?

V.HALLMEAU. c'est mon idée... je veux qu On aie pour lui les plus grands égards. . (lu'on lui laisse la meilleure place disns le bateau... et surtout, qu'on ne lui parle jamais de Marie Hubert.

CRÈVECOEUR , sortant la tête hors du bateau. Hein!... de quoi?

CHALU.MEAU. Rien, rien... bonne nuit, mon vieux; ne fais pas de mauvais rêves...

Crèvecœur disparait tout à fait.

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SCÈjSE IV.

Les Mêmes , PAUL , arrivant imr la berge qui se prolonge derrière le pont.

PAUL, timidement. Pardon, mes amis... je venais...

TOUS. Tiens , c'est le nouveau.

PAUL. Mais je vous gênerai peut-être?

POPLARD. Nous gêner? pourquoi donc ça ?

PAUL. Ah ! c'est qu'en vous voyant aujourd'hui plus nombreux qu'à l'ordinaire, je craignais. .. .

CHALUMEAU. De trouvtr vot place prise/. . . allons donc, c'est sacré ça... est-ce que vous n'êtes pas un camarade... un habitué? ^

PAUL. Un camarade... en effet, voila nuit

jours... ,

CHALUMEAU. Huit jours que vous v nez passer la nuit ici... {Mouvement de Paul) Ah ! pardine , y a pas d'aiîrout , on n'est pas déshonoré pour ça... n'eh,t-ce pas, vous

autres? , , . • i

POPLARD. Tiens , j'y couche bien , moi !

CHALUMEAU. C'te bêtise!... est-ce que tu

ne vois pas aux manières de monsieur, qu'y

n'est pas habitué à vivre comme nous?

PLURE D'OIGNON. Ah ça ! vous avez donc eu des malheurs ?

PAUL. Des malheurs!... Non... ce sont mes propres fautes qui m'ont conduit à cet état de misère et de honte... je ne puis accuser que moi-même... Le désir de briller, , iio ambition au-dessus de mes moyens, m'ont entraîné à contracter des dettes...

CHALUMEAU. Tu entends, Plure d'Oignon!... ménage ta fortune, mon bonlioiame.

PAUL. Délaissé , abandonné par ceux qui se disaient mes amis, poursuivi par mes iiéanciers, je n'osai bientôt plus rentrer zïitz aoi, où m'attendaient un désespoir pias poignant que le mien , des reproches plus cruels encore que ceux de ma conscience.;

CHALUMEAU. Bon, bon, je comprends pas!... Comprenez-vous, vous autres?...

TOUS. Ma foi , non!...

CHALUMEAU. iMais n'importe, faut reprendre un peu de courage... il ne faut quelquefois qu'un instantpourvousremettreàflot.

PLURE D'oiGNOi>}. Tiens! et avec ça qu'y couche sur l'eau , c'est déjà un commencement... Ah ça! soupe-t-on , ici?

CHALUMEAU. Ça me va! j'régale!

POPLARD. Passons dans la salle à manger

Ils remontent la berge et vont s'asseoir au bas de la pile du pont.

PAUL , se tenant à l'écart. Huit jours déjà de ce cruel supplice; huit jours pendant lesquels le remords et la faim sont venus m'assiéger sans relâche... j'ai cherché du travail, mais on m'a demandé l'emploi de ma vie passée , et la honte m'a monté au visage, ,. Chaque soir me ramène parmi ces misérables, cent fois moins à plaindre que moi , car je les vois dormir à mes côtés , tandis que de

cruels souvenirs me tiennent éveillé

Louise, pauvre Louise, que je ne me suis rappelée que dans le malheur , comme elle a dû souffrir depuis mon abandon ! Mon amour seul , disait-elle , lui donnait du courage ; et maintenant quels doivent être sa misère et son dé.-.espoir !... Oh ! si je n'écoutais que le cri de mon cœur , je braverais tout , je courrais près d'elle.. . Hélas! j'entendrais ses sanglots et ses plaintes, je verrais couler ses larmes... Oh! pardonnez-moi, mon Dieu!

mais je me sens trop coupable , je n'en aurais pas le courage.

POi^LARD. Ail ! ma foi , nous avons bien sonpé. : '

CHALUMEAU. Allons, Pîure d'Oignon, pour dessert, ta chan.-on... ta chanson.

TOUS. Oui , oui , la chanson.

PLURE d'oignon. Eh ben , m'y v'ià!...

Écoutez ça, vous autres... Le refrain en chœur , mais modérément , de peur d'attirer la patrouille.

Il tliaiito la chanson des bohémiens, dont tout le monde rcpélc le refrain, tandis que Paul se tient à l'écart.

Air de M. Arthus.

rUEUlER COCPLET.

Fouler le bitume Du boulevard, charmant séjour,

Avoir pour coutume De n'exister qu'au jour le jour.

Lorsque l'on voyage, Sur son dos, comme le limaçon,

Porter son bagage, Son mobilier et sa maison.

Vivre d'industrie, {Bis.) A«oir ^a gaité pour tout bien,

^ -i^/k là vie

■'J^' Parisien.

Et voilà la vie,

LEb H0!1^LM1E^- i)E PAÏIJS.

Oui , \oUa la vie l;u Yini Louiéiaien parisien.

Voilà la vie, Voilà la vie Du vrai boliéinien parisien.

sëuxiéuë couplet.

Oiseau de passage.

Il fréquente tous les quartiers;

Sans ap|jrentis,a<2e Il fait plus (le vingt p-tits métiers;

Mais r pain qu'il soutire Aux bous jobards, aux |;eus bien mis,

Le soir, sans rien dire.

11 r partage avec ses amis.

\ ivre d'industrie, etc.

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