SCENE III
MONTORGUEIL, PAUL, DIGONARD,
très 'élégamment vêtu.
DIGONARD, à Paul, en entrant. Je vous répète, mon bon ami, que vous allez trop vite; vous finirez par accrocher !
MONTORGUEIL. Eh bien , qu'cst-cc donc?
De quoi s'agit-il ?
DIGONARD, avec humeur . Il s'agit... il s'agit... qu'il fouette trop le cheval... qu'il rase de trop près les autres voitures... et qu'il finira par briser... son... mon... le cabriolet.
MONTORGUEIL. Ce pauvre Digonard, il surveille toujours ses avances !
PAUL. Laissons cela... C'est aujourd'hui que vous m'avez prorais une explication , et cette explication puis-je vous la demander ?
MONTORGUEIL. Sois tranquille , bientôt tu sauras...
PAUL. Encore des retards... non, c'est à l'instant que je veux...
DIGONARD. Allons, bon, voilà qu'il gesticule à présent! Ne croisez donc pas les bras comme ça! Il va faire craquer mon habit.
PAUL , avec impatience. Votre habit ! votre habit!
MONTORGUEIL. Vovons, de quoi te plaiustu ?. . . Tu avais rêvé le bien-être , la fortune, de riches habits, des chevaux, et nous l'avons donné tout cela.
PAUL. Oui; mais je veux savoir à quel
prix je veux apprendre enfin ce que
vous exigez de moi en échange de ce que j'ai reçu...
MONTORGUEIL . Presque rien, ta signature.
PAUL. Ma signature !
MONTORGUEIL. Au bas d'un contrat de mariage.
PAUL. Un mariage!
DIGONARD. Oui, mon tendre ami, nous voulons vous marier un peu.
PAUL. Ne l'espérez pas. . . c'est impossible I
MONTORGUEIL. Impossible !
DIGONARD. Allons, bon!... il a la manie de gesticuler en parlant. . .
PAUL. Me marier, moi!... et Louise, mon Dieu, Louise !
MONTORGUEIL. Louise ! qu'est-ce que c'est que ça... une ancienne passion! une maîtresse?
PAUL. C'est un ange de vertu, de résignation... que j'ai condamnée à la misère, au malheur... à qui jai fait les serments les plus sacrés... et j'irais l'abandonner, la trahir!. .. oh! jamais ! jamais!
DIGONARD. Les entournures, jeune homme... Ménagez donc les entournures.
MONTORGUEIL. Ainsi, par un faux calcul de délicatesse, tu refuses une dot de cinq cent mille francs?
PAUL. Cinq cent mille francs !
MONTORGUEIL. Oui. Songe donc qu'avec cinq cents mille francs tu assures le sort de cette femme, ton sort à toi-même, et celui de tes deux bons amis.
DIGONARD. Eh! oui; elle est heureuse, vou^fch heureux, je suis heureux... nous som^^Bus heureux !
MoiPRiGUEiL. Tandis que si tu refuses...
LES BOHÉMIENS DE PARIS
DIGONARD. Alors, je reprends mes avances.
MOKTORGUEIL. Tu retombes dans la fange d'où nous t'avons tiré. . . à toi la misère , l'abandon, la faim...
PAUL. La misère, la faim î Oh ! que faire... que résoudre ? D'un côté la trahison , le parjure... de l'autre l'éclat et la fortune...
MONTORGUEiL. Une fortune immense , une dot superbe, et plus tard les espérances les plus brillantes... allons, réfléchis, calcule, décide.
DIGONARD. Justement, voici le beau-père!
PAUL. Le beau-père!
MONTORGUEIL, Ahl diable! et nous n'avons pas eu le temps de le mettre au fait.. . N'importe, écoute et profite,
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