SCÈNE PREMIÈRE
PLURE D'OIGNON, CHALUMEAU, POPLARD, Habitués, un Garçon.
Au lever du rideau, les joueurs entourent le billard, quelques autres habitués boivent ou fument. l'Iurc d'Oignon joue aux cartes avec Chalumeau.
PLURE d'oignon, d Chalumeau. T'es
fumé, mon bonhomme : quinte, quatorze et tout le tremblement.
CHALUMEAU. La vengeance?
PLLUE d'oignon- La vengeance, ça ne se refuse pas, entre amis...
LE (lABÇON, secouant le panier. Allons, ceux (|ui font la poule, au billard?
t'Li'ut d'oignon, se levant. Ah! faut que
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je prenne mon numéro!... Ohé, garçon...
une bille pour moi ?...
Il va au billard.
POPLARD. Je parie deux sous à la plus haute bille!
PLURE d'oignon. TcdU !
UN AUTRE. Je parie la mise !
PLURE d'oignon. Tenu encore... je suis en chance ce soir... faut quej'fassema fortune !
LE GARÇON, tirant les billes. Le 6 à Faucheux !.. . le 9 à Plure d'Oignon !
PLURE d'oignon. Le 9... gagné sur Faucheux!
LE GARÇON. L'as.. . à Poplard !
POPLARD. Merci! j'ai perdu!...
PLURE d'oignon. C'est toi qu'as l'as...
passez-moi l'argent du monsieur qu'a l'as? {Il le met dans sa poche et retourne à la table où est Chalumeau.) Maintenant, à nous deux!
CHALUMEAU, battant les cartes. Coupemoi ça?
PLURE d'oignon. Voilà... Ah ça, par quel hasard que tu nefais pas la poule aujourd'hui?
CHALUMEAU. La poule ! j'ai jamais pu la gagner... j'aime mieux culotter des pipes... au moins ça rapporte ..
PLURE d'oignon. T'es donc culotteur de pipes, à présent? J'croyais qu'tu fumais pour ton plaisir.
CHALUMEAU. V'ià cc qu'il y a d'agréable dans c'tte profession-là!... on a en même temps l'agrément et le profit... une pipe neuve d'un sou, cinq ou six de tabac pour la culotter, c'est tout ce qu'y faut.
PLURE d'oiginon. Et tu vcnds tcspipcs?...
CHALUMEAU. De viugt à dix-neuf sous...
ça dépend du travail et de la qualité.
PLURE d'oignon. Mazetle! c'est un joU bénéfice!
CHALUMEAU. Tiens , regarde-moi un peu celle-là... comme c'est noir... comme c'est culotté.
PLURE d'oignon. Ah 1 cré coquin ! oui... en v'ià un amour de pipe! si j'avais des moyens... j'aimerais à me donner ça pour ma fête... [annonçant son jeu.) Ah ça, je n'ai que quarante-sept de point.
CHALUMEAU. C'cst trop jeune.
LE garçon. Au neuf à jouer?
PLURE d'oignon. Avec ça, j'ai à t'offrù" une tierce au domestique... et trois boutons de guêtres.
CHALUMEAU. Trop jeuue encore.
PLURE d'oignon. Ah ça, t'as donc tout?
LE GARÇON, répétant. Au neuf à jouer !
TOUS LES JOUEURS. Allous douc, le neuf!
poplard. C'est à loi, Plure d'Oignon!
PLURE d'oignon. A moi?... voilà! voilà!
Il pose son jeu et se lève.
Poplaud. Lsl-il embêtant, cc Plurc d'Oi-
gnon!... faut qu'y joue au piquet en même temps qu'à la poule.
PLURE d'oignon, Possible ! j'suis ambitieux, moi! Où est la bille à jouer?
POPLARD. Là- bas.
PLURE d'oignon. Collée SOUS bande! Excusez!... en v'ià un voyage!... C'est égal... prête-moi ta queue... que je mette cet homme-là dedans. ..D'abord, je vous préviens, je tired'achar, et je bloque d'autor... L'établissement ferme demain... faut que je gagne la poule ce soir.
POPLARD. Allons, joue donc, bavard!
PLUUE d'oignon. M'y v'ià. .. regardez-mc* bien ce bloc fumant, vous autres... {Il joue.] Ah ! nom d'un chien, qu'est-ce que j'ai faiV là?.. . me v'ià sur le bord de la blouse!
TOUS, riant. Ha 1 ha ! ha !
LE GARÇON. Au dix!
Un joueur s'approche.
PLURE d'oignon. Ah! c'est toi. Potiron... ménage-moi, vieux 1 sauve-moi le coup 1
tous. Non, non; faut l' faire... fautl'faù-e.
PLURE d'oignon. Ils sont achamés. .. ils votent pour mon trépas! (^e détournant.) Ah! grand Dieu!... je n'ose pas regarder... Poplard, avertis-moi; dis-moi mon sort, Poplard I
TOUS. Le neuf, mort!
PLURE d'oignon. Eufoncé!... C'est égal, faut que je gagne la poule!... J'achète une bille! qu'est-ce qui vend?
POPLARD. Moi !...
FAUCHEUX. Voilà!
PLURE d'oignon. Combien?
FAUCHEUX. Dix sous.
PLURE d'oignon. Dix SOUS ! des navets!
POPLARD. Neuf SOUS... ma bille est rosière. PLURE d'oignon. Neuf sous. ..Ça me va. .. j' veux la poule. .. faut que j'mange la poule.
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SCÈINE II.
Les Mêmes, MONTORGUEIL, DIGONARD,
A leur entrée, les joueurs s'arrêtent un instant et les regardent.
LE GARÇON. Au cinq... au cinq à jouer.
UN JOUEUR. Voilà!
Montorgueil et Digonard se mettent à une table ; le Garçon leur sert un bol de punch.
DIGONARD. J'avoue , cher ami, que je ne comprends guère ton plan.
MONTORGUEIL. C'est possible, mais je te demande de m'aider, et non pas de comprendre.
DIGONARD. Fort bien ; je t'aiderai sans me compromettre.
MONTORGUEIL. Soit. Voici maintenant quel est mon but : ressaisir Paid , qui nous éclui{)pe , et les deux cent mille francs que
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nous étions si près de ieuir. Je l"; i dit liior que les obstacles ne m'arrêleraient pas , je suis décidé à les surmonter.
DiGONARD. Mais puisque le frère est revenu, le mariage est impossible.
MONTORGUEIL. Oui , si nous ne l'empêchons pas d'agir...
LE GARÇON. Au six à jouer.
DIGONARD. Et tu dois le revoir ?
MONTORGUEIL. Ici , tout à l 'heure.. . je lui ai fait dire par Bagnolet que l'honneur de son frère était encore entre mes mains , et que je l'attendais pour tout terminer : il viendra. . . Et puis, d'où naîtrait sa défiance?. . . un estaminet , un lieu public.
DIGONARD. Oui ; mais un quartier peu habité, une rue presque déserte.
MONTORGUEIL. Il ne s'apercevra de tout cela que lorsqu'il sera venu.
LE GARÇON. Le Sept mort! Au huit l'acquit!
DIGONARD. Mais, si, au moment d'arriver, il allait rebrousser chemin... moi, d'abord, j'en serais capable; je rebrousserais.
MONTORGUEIL. Il ne le fera pas : j'ai des vedettes bien échelonnées, je serais vite instruit, et je pourrais le ramener moi-même.
PLURE d'oignon. Enlevé!... à moi la poule.
POPLARD. Dis donc , est-elle grasse , au moins ?
PLURE d'oignon. Quarante -Sept sous...
Va m'attendre , avec Chalumeau , chez le père Balivard ; vous y trouverez les amis , toute la petite bohème ; je paye à souper.
CHALUMEAU. A souper , ça me va... mais pourquoi que tu ne viens pas tout de suite avec nous ?
PLURE d'oignon. J'peux pas... j'ai affaire en route I
CHALUMEAU. Sois pas longtemps»
POPLARD. Adieu 1...
Ils sortent tous les deux.
MONTORGUEIL , qui a ohservé ce qui se passait , se levant. Voici bientôt l'heure , il ne peut tarder.
DIGONARD. Alors, je m'en vais; je ne veux pas paraître dans tout ceci : c'est bien assez de le prêter cet établissement et la maison qui m'appartiennent; je devais faire abattre la masure aujourd'hui, mais pour toi je retarde de trois jours.
MONTORGUEIL. Il n'y a plus de locataires ?
DIGONARD. Pas un seul !
MONTORGUEIL. A merveille! {Tirant un cigare de sa poche. ) Plure d'Oignon ! {Plure d' Oignon s'approche la casquette à la mam.) Du feu !
PLURE d'oignon, apporte du feu, toujours la tête découverte. Voilà 1
MONTORGUEIL, C'est bon , va-t'en I
Il s'éloigne.
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