SCÈNE PREMIÈRE
L'ABBESSE, brcdaiit ; MARIE.
H.\RIE, nu livre à la main, écoutant à lu porle dn fond.
Ce n'est pas lui!
l'abbesse.
Assieds-toi, et continue ta lecture.
MARIE, s' asseyant et lisant.
« Jeanne d'Arc...» {Elle interrompt sa lecture, regarde au fond et écoute, puis elle lit.) « Jeanne » d'Arc, poursuivie par les Anglais, allait rentrer » dans Compiègne, mais...» [Elle dépose le livre, prête l'oreille, et dit.) Oh! cette fois, je ne me trompe pas î [Elle va au fond, écoute et dit tristevient.) Non, rien ; je n'entends rien, que le bruit des ventset de l'orage 1
Elle revient près de 1 ALliesse.
l'.\bbesse, se levant.
Je tel'ai dit, Marie: parle temps qu'il fait, depuis quelques heures, les chemins sont impraticables ; ton protecteur ne viendra pas de cette nuit ; songe qu'il est une heure du matin, tu dois avoir besoin de repos.
MARIE
Non, madame, }e vous assure, je veillerais volontiers jusqu'au jour. Vous savez qu'il ne m'a jamais mcnqué de parole ; il m'a écrit que je le verrais aujourd'hui, je l'attends, il viendra. l'abbesse.
Tu l'aimes, n'cst-ilpas vrai, d'une amitié bien ^ive?
MARIE
Oh: madame, comment ne l'aimerais-je pas ? c'est mon unique appui sur la terre.
Et tu ne connais de lui que le bien qu'il t'a fait?
MARIE
Oui, madame; il n'a même jamais voulu me
dire son nom.
l'abbesse.
Cela est étrange !
MARIE
Toutes les fois que je l'ai interrogé sur lui et sur moi, il m'a dit que je saurais tout la veille du jour où il vous remercierait de toutes vos bpntés pour sa protégée ; et ce jour n'est pas loin, car la dernière fois qu'il est venu, il rn'a dit que peut-être il me retirerait pour me prendre avec lui. l'abbesse.
Et tu n'as jamais cherché à deviner la cause du silence qu'il veut garder jusque là?
marie.
Oh ! souvent, madame, car je suis bien impatiente de savoir quelle est ma famille, et à quel titre ce noble seigneur me protège depuis si longtemps. Dites-moi, n'avez-vous jamais pensé qu'il pourrait bien être mon...
l'abbesse.
Tu le voudrais?
MARIE
Au prix de la moitié de mes jour.s, pour consacrer le reste à l'aimer, à l'appeler mon père. l'abbesse.
Cela est bien, ma fille; ce sont là de nobles et dignes sentimens ; mais si ce bienfaiteur a sollicité mes bontés pour toi, il t'a aussi recommandé la soumission et l'obéissance... il ne faut plus l'attendre; va te reposer, ma fille, je le veux, je t'en prie.
MARIE
J'y vais, ma mère, mais je suis sûre de ne pas dormir.. . Bonne nuit, ma mère !
l'.\bbesse, la baisant au front.
Je te bénis, ma fille.
marie,;);'^.? de la porte du fond, et poussant un cri à la vue de d'Orbendas ([ui paraît à cette porte. Ah ! {Elle se jette dans ses bras, et puis le conduit à l'abbesse.) Je savais bien, moi, qu'il viendrait!
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