‹ ThéâtreChapitre 863 sur 971 · CRÈVECOEUR, LOUISE · texte numérisé non relu

CRÈVECOEUR, LOUISE

LOUISE, qui entre en cherchant. Comme ce lieu est triste !

CRÈvECOEuiî. Une femme ! ça doit être ça.

LOUISE. Mon courage m'abandonne !

CRÈVECOEUR. Voyons!...

LOUISE, poussant un cri. Ah ! qui êtesvous?... que me voulez-vous?...

CRÈVECOEUR. Tieus , je vous connais...

c'est vous qu'avez voulu vous tuer?

LOUISE. Attendez... et c'est vous qui avez aidé à me sauver ?

CRÈVEcœuR. Oui ; mais pourquoi venezvous ici?

LOUISE. C'est que j'y cherche quelqu'un.

CRÈVEcœUR. Quelqu'un... vous... non, non, allez-vous-en... allez -vous-en...

LOUISE. Impossible 1... Mais vous-même. . .

CRÈVEC(«UR. Moi! j'attends!... faut queje

reste. . . {avec force) faut que je me ven. . . mais pas devant vous. . . Allez-vous-en , allez- vous-en! LOUISE, à part. Il attend... serait-ce lui qui doit me conduire? Voyons d'abord!

Elle s'éloigne de Crèvecœur et se dirige vers la maison du gardien.

CRÈVECŒUR. Ahl... elle s'en val... elle s'en va!...

LOUISE. La maison à gauche, ce doit être celle-ci.

Elle frappe.

CRÈVECŒUR. Hein!... pourquoi voulezvous entrer là?... pourquoi frappez-vous à cette porte ?

Il va la prendre par le bras et la fait redescendre.

LOUISE. Mais, je vous l'ai dit... il faut que je voie quelqu'un...

CRÈVECŒUR. Mais il n'y a que moi... que moi seul ici !

LOUISE. Vous seul ! mais alors, c'est donc à vous qu'il faut que je parle ; c'est donc à vous que je dois dire : J'ai vu mourir Marie Hubert.

CRÈVECŒUR. Malheureuse!

Il lève le bras.

LOUISE, poussant un cri. Ah !

CRÈVECŒUR. oh ! répétez !.. . répétez !. . . car si c'était une autre, tout sej'ait déjà fini.. . mais vous... je ne sais pas... je frissonne!... j'hésite !

LOUISE. Mais calmez-vous... calmez-vous, de grâce. . . ne vous a-t-on pas prévenu qu'une femme viendrait ici ?

CRÈVECOEUR. Une femme. .. oui... oui...

après ?

LOUISE. Ne vous a-t-on pas dit qu'elle frapperait à cette porte ?

CRÈVECOEUR, tournant le couteau dans sa main. Oui, à cette porte. .. après ?

LOUISE. Et qu'elle vous dirait enfin : J'ai vu mourir Marie Hubert?

CRÈVECOEUR, levant le couteau. Misera ble!... c'est donc vrai?...

LOUISE , tombant a genoux. 3Iais oui, je l'ai vue mourir, puisque c'était ma mère !

CRÈVECOEUR. Ta mère!... ta... mère!...

ô mon Dieu ! mon Dieu !

LOUISE. Ce regard!...

CRÈVECOEUR. Ah! parle! n'aie pas peur... n'aie pas peur! parle! c'était ta mère, n'estce pas?

LOUISE. Mais pourquoi me regardez-vous ainsi, vous, si menaçant tout à l'heure?... pourquoi me serrez-vous dans vos bras, vous, qui vouliez me tuer ?

CRÈVECŒUR. Pourquoi... ah! je ne peux pas te dire... j'étouffe... je ne peux pas parler... l'émotion... la joie... le bonheur... Ta mère!... elle!... ta mère !... mais c'était ma femme, à moi !

LOUISE Grand dieu ! .. . vous êtes donc. . .

LES bohemii>:ns de paris.

CRÈVECŒUR. Jérôme!... Jérôme Hubert 1 LOUISE. Mon père!... mon père!...

Elle se jette dans ses bras.

CRÈVECOEUR. Ah ! ce mot-là , c'est la première fois... ce mot-là me soulage; tiens, tiens... je puis respirer... je pleure.. . je ne jouffre plus... je pleure... je suis heureux !. .. mon enfant, ma fille!... {Il l'embrasse.) C'est elle!... elle que ma pauvre Marie portait dans son sein quand je suis parti... Oh! mon Dieu!... {se jetant à genoux) oh! mon Dieu!... il y a quinze ans... quinze ans que je ne vous ai prié, et pourtant vous avez eu pitié de moi , vous me rendez ma fille ! Oh ! vous êtes grand et bon... vous êtes miséricordieux. Seigneur!

LOUISE. Ah! nous ne nous quitterons plus, n'est-ce pas ?

CRÈVECŒUR. oh ! non , non , jamais ; tu me parleras souvent de ta pauvre mère !...

LOUISE. Qui m'apprenait à vous chérir... qui vous bénissait en mourant.

CRÈVEcœuR. Ah ! c'est qu'elle savait bien, elle... que je n'étais pas coupable.

LOUISE. Oui, mon père!... oui, elle le savait, car s'ils ont attenté à sa vie, les misérables , s'ils l'ont tuée, c'est qu'elle avait enfin entre les mains la preuve de votre innocence.

CRÈVECŒUR. Les preuves?...

LOUISE. C'est qu'elle avait découvert le nom du vrai coupable... le nom de François Renaud.

CRÈVECOEUR. François Renaud!... je ne le connais pas.

LOUISE. C'est lui qui avait commis ce vol dont vous étiez accHsé... et quand ma mère, à force de peines et de recherches, allait faire éclater votre innocence... c'est encore lui , c'est lui qui l'a frappée.

CRÈVECOEUR. Et c'est pour moi qu'elle est morte. Oh! cet homme... si je le trouve un jour...

LOUISE . Mais vous serez réhabilité , mon père. Moi, je vous ai cherché longtemps, bien longtemps, je demandais au ciel de vous rendre à ma tendresse , et c'est quand je n'espérais plus qu'il nous a réunis.

CRÈVECOEUR. Et j'allais te tuer quand le ciel t'envoyait vers moi... Mais tu sais, lu l'as vu, n'est-ce pas , malgré ces mots terribles que lu as prononcés... je tremblais...

j'hésitais... je ne pouvais pas... non, jo ne pouvais pas me venger... Oh! c'est qu'il y avait une voix que j'entendais là... c'est que je t'aimais déjà... c'est que le sang parlait, vois-tu ?. . .

LOUISE. Mais qui donc m'avait accusée.

CRÈVECOEUR. Un homme appelé Montorgueil.

LOUISE. Montorgueil!

CRÈVECOEUR. L'infâme!... il voulait me faire tuer ma fille ! Oh ! malheur, malheur h lui!

LOUISE. Écoutez , j'entends marcher !

CRÈVECOEUR. Oui , on vient de ce côté.

LOUISE. Je ne me trompe pas... c'est lui!

CRÈVECŒUR. Lui! ton assassin ; il vient s'assurer de ta mort ! c'est bien. {Il ramasse le couteau.) Éloigne-toi!

LOUISE. Qu'allez-vous faire?

CRÈVECOEUR. Éloiguc-toi , te dis-je !

Il la repousse et va au-devant de Montorgueil

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