‹ ThéâtreChapitre 879 sur 971 · DON JOSE, DON CES A II · texte numérisé non relu

DON JOSE, DON CES A II

DON C.tSAU, sortant de riiôlillerir, un peu ncine. Vous êtes de mibérables fiipons, que

MAGASIJN IHËATRAL.

jecliàlierais si jo iiecralg«aisdcsalir mon

épée! {Au publie.) Je viens de jouer avec des manants... et ils m'ont volé... comme des grands seigneurs!... ( Secouant ses poches. ) Oh! ils ne m'ont rien laissé... et si la l'roAidence ne m'envoie pour ce soir nn souper et un gîie... j'aurai le ciel pour m'abriter et le grand air pour me nourrir... Le gîte n'est pas chaud et le souper est léger.

DON JOSE , qui l'a observé. Eh mais ! si je ne me trompe... c'est don César de Dazan !

DON CÉSAR. Don José deSantafem! [A part. ) Il est fort bien couvert .. (^)uel intérêt peut-il avoir à me reconnaître?

DON JOSE, lui tendant la main. Qu'il y a longtemps que nous ne nous sommes vus!

DON CÉSAR. C'est vrai.

DON JOSE. Nous étions jeunes alors.

DON CÉSAR. Jeunes et brillants... ( // reqarde son manteau. ) Comme on change!

DON JOSE. Vous aviez un beau nom et une gian^le fortune.

DON CÉSAR. J'ai conservé l'un, et j'ai perdu l'autre... Je n'ai pas besoin de vous dire... ce (jui me rej«te.

DON JOSi:. V.n effet , je m'en souviens , votre ruine a faiigiaiid bruit autrefois

DONCÉSAU. Oui, mes (roaiiciers ont beaucoup crié.

DON JOSE. Et votre position n'a pas changé?... C'est une si lourde lâche (ju'un arriéré à combler!... que de vieilles deitesà .icquiller!. .

DON CÉSAR. Il y acepeiidant, parie temps qui court, une chose plus difficile encore qu» (le paxer d'airciennes dettes...

DON JOSE. Et laquelle?

DON CÉSAR. (;'estd'en faire de nouvelles.

DON josiù Vous aviez (juitté Madrid?...

DON CÉSAR. J'y rcntie aujourd'hui.

DON JOSE. Et où êlcs-vous allé?

DON CÉSAR. Partout oiJ l'on se bat, oiî l'on boii. otj l'on aiujf... Mais les deux villes où j'ai fait le plus long séjour, sont Alicante ei Xérès... je ne sais plus pourquoi.

DON JOSE. Vous avez mené joyeuse vie?

DON CÉSAR. Pas trop... Dans tous les pays, l)0ur aimer et boire... on paye... jN'imporle, je niarchais toujours devant moi, sans m'enquérir du nom des contrées que je travers.ii'-... mais semant sur ma route cpielques rréanciers et queUpies duels... précieux ja- Icns, qui devaient me faire reconnaître mon chemin , quand je rentrerais dans ma ville jjatale.

DON JOSE. Et quel motif vous a i amené à Madrid ?

DON CÉSAR. L'espérance, la douce et folle espérance... Reioui nous là-bas , me suis-jc dit... le sort a dû me souiire , et je trouverai

raescréanciersmorls... Erreur'.. Un débiteur peut mourir, un créancier jamais !... Loin de i«, le nombre des miens .s'était accru.

DON JOSE. Comment?...

DON CÉSAR. Ils avaient fait des petits. Mais que se passe-t-il de nouveau dans Madrid?... boit-on toujours, chanie-t-on toujours et .se bat-on toujours?. .

DON JOSE. Les duels sont rares aujourd'hui... Le roi vient de rendre un édit, à l'instar de ceux de France...

DON CÉSAR. Ah bail!... la mort pour uo coup d'épée?

DON JOSE. Quiconque se sera battu , sera fusillé... et cela, pendant tout le cours de l'année... la semaine s.^inte exceptée.

DON CÉSAR. Vraiment?... Si l'on se bat peiidani la semaine sainte...

DON JOSE. Pendant la semaine sainte., on sera pendu.

DON CÉSAR. Diable!... mais c'est aujour d'hui (pTclIc coiimience.

DON JOSE. Justem* nt.

DON CÉSAR. Merci (le l'avis... je deviens un agneau... pour huit grands jours au UKjins.. . je ne me soucie pas d'être pendu !.. . Quant à être fusillé... j'y penserai... la semaine prochaine. .. Mais vous ne me parlez pas de vous-même... Vous étiez ambitieux... à quoiêtes-vous arrivé?... qu'êtes-vous devenu?

DON JOSE. Moi?... rien.

DON CÉSAR. Piien?... Ce n'est qu'un peu plus (jue moi.

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SCluNE V.

Les MÊMES, UN BATELIER et LAZA- RILLE.

LE BATELIER, amenant Lazarille, quH tient par le bras. Allons, petit, il faut rentrer chez ta mère... sécher tes larmes, et ne plu-- songera ces sotli.s(s-là...

LAZARir.l.E, .se défendant. Vous avez tort... s'il me cmivient de mourir, j'en trouverai toujours le moyen!

DON CÉSAR. Hein?... qui est-ce qui parle de mouiir?... un enfant!...

MON JOSE. Oui, vraiment!

LE RATELIER. Ln enfant, qui voulait se noyer.

DON CÉSAR. Ah bah !... se noyer... dans l'eau ?

LE RATELIER. Et dans quoi voulez-vous qu'on se noie ?...

DON CÉSAR. Ça dépend... Ainsi, tu voulais mourir.. .

LAZAiULLE. Et je le veux encore !

DON CÉSAR DE BAZAN

DON JOSE. Mais pourquoi?

DON CÉSAR , gravement. Est-ce qu'à ton âge, tu aurais déjà des créanciers?...

LAZARILLE. Je suis apprenti armurier...

c'est à moi qu'est confié le soin des arquebuses du régiment des gardes. . .

DON CÉSAR. Tu veux te noyer, quand tu as des arquebuses sous la main?... Tu n'aimes donc pas ton métier?...

LAZARILLE. Sous prétexte que les armes ne se sont pas trouvées ce matin en bon état, un de messieurs les capitaines veut me faire donner cinquante coups de bâton !

DON CÉSAR. Cinquante coups de bâton?...

Allons, c'est trop.

LAZARILLE. Oh! cc u'cst pas le nombre qui m'effraye... je ne crains pas la souffrance... je crains la honte !

DON CÉSAR, d don José. II a du cœur, cet enfant-là I... Nous intercéderons en ta faveur.

I LAZARILLE. Le capitaine est bien cruel...

Z son lieutenant voulait me faire grâce, il a vainement prié pour moi...

DON CÉSAR, montrant don José. Il ne refusera pas deux bons gentilshommes...

DON JOSE. Excusez-moi... mais j'ai dans ce moment quelques motifs pour ne paraître en rien dans cette affaire.

DON CÉSAR. Soit. . . ce sera assez de moi.

LAZARILLE, effrayé. Ali! grand Dieu!...

DON CÉSAR. Qu'as-tu donc?

LAZARILLE. C'estlui!... suividesoldats!...

ils me cherchent sans doute !...

DON CÉSAK. Place- toi derrière moi... tu as pour te défendre... César et son épée.

DON JOSE, bas. Souvenez-vous de l'édit royal !

DON CÉSAR, oh! diable!... et de la semaine sainte, surtout!

IVWWVWWWWWW VWWV\ VVWVWW VWWWWVWW M^WW^ WW

■ Les Mêmes, LE CAPITAINE, DEUX SOLDATS.

LE CAPITAINE, montrant Lazarille. Le voici... qu'on l'arrête!

DON CÉSAR, fr<?o-/mm6/cwrn^ Fn instant...

Souffrez, permettez, monsieur le capitaine, (|ue je vous adresse hutnblcment quelques mots on faveur du coupable...

l.i; CAPITAINE, Sfj».s- r écouter, aux anhlats. Ehbien! n'avez-vous pasentendu? obéissez!...

Les soldats s'approi'hcnt.

LAZARiLLt:. Gràcf, ca|)ilaini'!...

DON CÉSAR. Vous l'entejulez, ce pauvre enfant (It'inande grâce... et je joins respeclueuscmenl (// ùle son chapeau) ma voix à la sienne

LE CAPITAINE. Fais exactement ton service , et tu nous épargneras ainsi , à loi le châtiment, à moi tes larmes... [regardant don César) et de sottes prières.

DON CÉSAR , vivement. Hein !... (.4 part, changeant de ton.) Ah ! si ce n'était la semaine sainte! {Avec calme,) Eh bien ! capitaine, tout cela vous ennuie... faites cesser tout cela d'un mot... larmes et prières vont s'arrêter, dès que vous aurez dit : Grâce!... Capitaine!...

11 prend le pau de son manteau.

LE CAPITAINE, retirant son manteau. Un manteau neuf... que je désire grirder sans tache!...

DON CÉSAR, avec colère concentrée. Monsieur !... (Se reprenant, à part.) Oh! la semaine sainte ! la semaine sainte!..

DON JOSE, à part., Le capitaine est bien hautain!

DON CÉSAR, avec calme. Finissons... Je suis certain que vous êtes bon gentilhomme. . . Moi, j'ai engagé mon honneur à obtenir ce pardon. . . vous comprenez cela, n'est-ce pas? .. Eh bien! je vous supplie... je vous conjure...

LE CAPITAINE. Quand donc ce mendiant aura-t-il fini?... Je ne peux rien vous faire, mon brave homme,

DON CÉSAR, avec explosion. Non?... Eh bien! je vais te faire quelque chose, moi !

LE CAPITAINE. Insolent!...

DON CÉSAR. Car c'en est trop à la fin !... Adieu la semaine sainte!... Monsieur le capitaine, je vais vous tuer.

LE CAPITAINE. Hein!... comment?...

DON CÉSAR. Comment?. .. avec ceci. .. avec mon épée, qui ne peut qu'honorer la vôtre en la touchant.. . car je me nonune don César de Bazan, comte deGarofa, et j'ai droitde rester couvert devant le roi... moi, qui vous ai parlé chapeau bas! ... Je vous prie, je vous supplie , je suis soumis et humble... vous me répondez avec hauteur et insolence !... JeT^is un appel à votre pitié, et vous me traitez de mendiant ! moi!... Par ma foi, c'est trop abuser de ma patience et de l'éilit royal! {Letoi.<ant.) Vous êtes d'un riche embonpoint, ca|)itaine... le diable n'observe pas la semaine sainte, lui, et je vais lui envoyer de quoi faire gras !

Il tire son cpi--f.

LE CAPITAINE. Un duell

DON CÉSAR. A moins ([ue vous ne soyez aussi lâche qu'inq)ito\abIe!...

LE CAPITAINE. Partons !

LAZARILLE. Vous battre pour moi 1

DON CÉSAR. Au revoir... Le lieutenant veut te faire grâce, petit?... sois tranquille: dans dix minutes, je le fais capitaine !

1! sort, suivi d Lazarille et du Caleiior,

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