‹ ThéâtreChapitre 904 sur 971 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

DON CÉSAR, LE MARQUIS, puis, DON JOSE et LA MARQUISE.

DON CÉSAR, en extase. Elle va venir !... je vais la revoir!... rayonnante de jeunesse et de beauté!... Ah! monsieu»-, mon.sieur !... restez là, près de moi, pour me soutenir, si je chancelle à force de bonheur et de ravissement !...

LE MARQUIS. Je suis prêt à vous soutenir.

DoD José paraît, conduisant la marquise par la main.

DON JOSE, après avoir serré la main de la marquise, et jeté un coup d'œU nu marquis. Don César, voici la comtesse de Bazan.

DON CÉSAR, reculant. Miséricorde!

LE MARQUIS , à part. Il lui donne ma femme !

DON CÉSAR. C'est l'autre !... { Consterné. ) Voilà donc ce que cachait le voile maudit !

DON JOSE, s' approchant de lui, et bas, en souriant, pendant que le marquiset sa femme se regardent de loin. Pauvre fou !.. . (jui voit passer deux femmes dans un carrosse. .. à qui l'on dit : C'est la comtesse de Bazan... et qui ne songe pas à demander si on lui parle de la femme jeune... ou de l'autre !... {Lui serrant ta main d'un air de compassion.) Pauvre fou !...

DON CÉS.\R, bas, aumarquis. Monsieur!., par où sort-on le plus vite de ce palais?...

DON JOSE, reprenant haut. Don (Jésar!... voici la comtesse de Bazan , qui est prèic à remplir tous ses devoirs envers 1 épou.v qui réclame tous ses droits.

DON CÉSAR, balbutiant. Pardon... ai-je dit... tous?.. Je ne crois pas avoir dit... [Bas, à don José.) Vous n'auriez pas là vos douze arquebusiers?... Non?... J'aurais mieux aune ce\di.{Bas au marquis.) Maisregardez-ladonc, ^ monsieur !... C'est une effroyable vi.illc!...

LE MARQUIS, « part. Qu'est-ce (|u'il dii ?

DON JOSE , insistant. Madame est |)rèle a vous suivre.

DON CÉSAR, à la marquise. Non. ra.ssur / vous, madame... Après lout, suis- e u g ti tillioiume... ou un manant (]ui ne sait (|ii > égads, quels ménagements sont <ius à uni noble dame?... Non, je ne réclame, je u'e\ii:« rien ! ( Bas, au marquis. ) Mais \oyei dom ces étoiles de rides !...

LE MARQUIS, à part. Ah!... je me eouliens à peine!...

DON ccsAU. Non, madame, non ; ce n*'>i (pi'après de longues années, (piun jour.. [rircmcnt peut être !... j'oserai.. .( pirf Alil je n'osi'rai jatnais ! .. [Bas, amna iju .< ) M;iis vous, monsieur... vous, qui Oies i>rcs-

que aussi vieux qu'elle... vous n'en voudriez pas pour femme !

LE MARQUIS , hors de lui. Ah ! c'en est trop !... Si elle ne vous plaît pas , au moins n'en dé...courap;ez pas les autres !

DON CÉSAR, désespéré. Qu'est-ce que cela fait aux autres?... Ils sont bien heureux, les autres!

DON JOSE , avec force. Allons ! plus de mensonges et de contrainte,... parlons-nous à visage découvert. .. [Brusquement. ) Don César, il nous fallait votre nom, vos titres... rien de plus... Le mari qu'on prenait en vous, c'était l'homme qui n'avait plus que deux heures à vivre.

DON CÉSAR, à part, regardant la marquise. Et j'étaismoinsà plaindre qu'àprésent! DON JOSE. Madame la comtesse de Bazan ne vous aime pas.

DON CÉSAR, à part. Il y a sympathie.

DON jdSE. Eh bien! un marché peut encore se faire entre vous... Votre femme est riche, très-riche, et vous n'avez rien... DON CÉSAR. Le compte est exact.

DON JOSE. xVvous, une pension de six mille piastres. .. que vous dépenserez comme vous voudrez et où vous voudrez... {vivement.) mais, partout ailleurs qu'à Madrid... [appuyant] si vous j urez de renoncer à tous les droits que vous donne ce mariage...

DON CÉSAR, vivement. A tous!. . . je le jure I DON JOSE. Si vous écrivez et signez à l'instant ce que je vais vous dire...

DON CtSA^, s' asseyant. J'écriset je signe... Dictez.

DON JOSE , dictant. « Moi , don César de Bazan, comte de Garofa... je m'engage... sur mon honneur et ma foi de gentilhomme... à qiitter Madrid... à n'y jamais reparaître... à ne jamais revoir la comtesse de Bazan, ma femme... »

DON CÉSAR, à part. Il me donne six mille pia.'-tres pour cela!... Je lui en aurais donné douze mille ! ( Haut , écrivant. ) « Ma femme. »

DON JOSE, continuant. « A ne jamais réclamer les droits d'un mari...»

DON CÉSAR. Jamais!

DON JOSE. Signez !

DON CÉSAR, signant. Don César de. ..

UN VALET, passant au fond. La carrosse de madame la comtesse de Bazan !

Don César s'arrête.

DON JOSE, vivement. Signez, signez donc!

Maritana paraît au fond et est aussitôt entourée des personnages de la fête.

DON CÉSAR, la reconnaissant. Elle !

UN SEIGNEUR , à Maritana. Madame la comtesse de Bazan me permettra-t-elle de lui offrir la main?...

DON CÉSAR, brisant la plume qu'il tenait. On me trompait!

Maritana s'éloigne; il veut s'élancer sur ses pas.

DON JOSE, se plaçant devant lui. Arrêtez, don César!... (Lui montrant le papier.) Vous venez de jurer , sur votre honneur et sur votre foi de gentilhomme...

DON CÉSAR, déchirant le papier. Ramassez donc les morceaux de mon serment !

Il veut sortir.

DON JOSE, V arrêtant de nouveau. Don César!... une sentence de mort pèse sur vous... et moi, comte José de Santarem , ministre du roi , je n'ai qu'un geste à faire pour que vous mouriez!...

DON CÉSAR. Ah ! vous jctcz le masque enfin, et je comprends vos infâmes machinations !...

DON JOSE. La fuite vous est encore possible... mais souvenez-vous que tout obéit aux ordres que je donne.

DON CÉSAR. Donnez-les donc, ces ordres. . . . mais ne me proposez plus de vos honteux marchés ! car, si vous êtes devenu assez vil pour les offrir , je suis trop noble encore pour les accepter !

DON JOSE. Prenez-y garde !. .. Un pas de plus sur les traces de cette femme... un pas de plus... vous conduit à la mort !

DON CÉSAR. Alors, faitcs-moi place !

Il repousse don José et sort.

DON JOSE. Dix alguazils à la poursuite de cet homme! ... Qu'on l'arrête, et, s'il résiste, qu'on le tue!

Mouvement général.

DON CÉSAR DE BAZAN

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