‹ ThéâtreChapitre 931 sur 971 · DICKSON, RALPH · texte numérisé non relu

DICKSON, RALPH

Au lever du rideau, Ralph est couché sur une pierre à droite. Au premier plan, il porte le costume des Ensevelisseurs. Dickson, assez richement vêtu, entre par le fond.

DICKSON, entre sans voir lîalph. Oui , voici bien l'ancienne abbaye de Durham, que l'on a transformée, ainsi que les couvents, en asile de secours pour les pestiférés. . . Comme tout change ! ce pays avec ses ruines sur le bord de la mer, était, il y a peu de jours encore, le rendez-vous des amants er des curieux. Tout

à coup une maladie contagieuse se déclare à Edimbourg. On pubUe aussitôt une ordonnance qui obUge à conduire ici tout malade atteint de la peste. L'abbaye et les couvents déserts s'emplissent. .. le chant des oiseaux est remplacé par le son de la cloche des morts... on fait un cimetière d'un pré couvert de fleurs, et au lieu de trouver ici des visages heureux et gais... on y trouve... {apercevant Ralph qui se lève, après un mouvement de peur) des ensevelisseurs.

RALPH , s" approchant. Mais, n'est-ce pas Dickson ?

DICKSON. Il me connaît... {L examinant. ) Eh ! c'est Ralph devenu ensevelisseur.

LA SŒUR DU MULETIER

RALPH. Tu le vois.

DICKSON, à part. Il on a assez tué jadis... il est juste qu'il en enterre maintenant.

RALPH. J'espère que ce n'est pas la maladie qui t'amène ici?

DICKSON. Non , je crains de l'y gagner.

RALPH. Dieu t'en préserve... quoiqu'elle ait perdu presque toute son intensité.

DICKSON. Vraiment?

RALPH. Oui, depuis quatre joîirs, peu de malades y sont morts. Et que viens-tu donc y faire ?

DICKSON. Je précède le duc Robert , qui doit assister ici à la messe pour le salut des malades et le repos des morts.

RALPH . Le duc Robert ne craint donc pas la contagion ?

DICKSON. Toujours audacieux et téméraire, il se conforme à ses obligations. . . et pourtant, , depuis qu'il a reçu cette blessure, il y a dixhuit ans, alors qu'il alla prendre ta défense, l'orage, la nuit, l'éiïouvanlenl quelquefois.,., et j'ai souffert souvent en restant auprès de lui, dont les fréquents souvenirs m'ont empêché d'oublier le tondeur de laine et la Catherine Patrick, dont j'ai toujours devant les yeux le visage énergique... et fatal... Cette femme m'apparaît bien souvent dans mes rêves.

RALPH. Moi, je n'ai rien oublié, mais je n'en souffre plus.

DICKSON. Et ((u'as-tu fait pour cela ?

RAI.PH. Comme ai)rès avoir survécu à toutes mes blessures , Dieu permit que je fusse aussi sauvé de la peste , j'ai changé de conduite, et je me suis repenti... Faites comme moi.

DICKSON. Nous ne le pouvons pas, nous autres, qui avons la puissance et voulons la fortune; nous n'avons ni h' temps de prier, ni le droit d'être sincère; ainsi le iircmier ministre qui va venir ici pri»'r pour It^ salut des malades, souhaitera bien ardennnent dans le fond de son cœur la mort d'un»; jeune fdie que la maladie a fait conduire ici...

RALPH. El pourquoi?

DICKSON, l'arce (|u'elle est aimée d(! Charles.,, (à voix basse) l'enfanl du muletier.

RALPH, bas. Celui que nous enlevâmes de l'hôtellerie ?

DICKSON. Oui.

RALPH. T()ni((noi le ministre a-t-il donc reconnu publiquenitMit ce jeune homme |M»ur son (ils?

DICKSON. Parce que depuis dix ans (pie le commerce fleurit clie/ nous, tous les trésors de l'Ecosse sont passés dans les mains des marchands,et le premier niinislre ruiné lui a donné son nom, afin de pouvoir le marier à la lille d'un de nos plus riches négociants.

RALPH. Et refaire ainsi sa fortune

DICKSON. Natm-ellement, et cet amour de Charles dérange tous ses projets.

RALPH. Je comprends ; et vous n'avez pas encore la preuve de la mort du muletier?

DICKSON. Pas plus que celle de la mort dé Catherine, qui n'a été exécutée ([ue par contumace... mais depuis dix-huit ans!

RALPH, apercevant quatre Sœurs qui traversent la scène, et se dirigent vers l'entrée du lazaret. Découvre-toi , Dickson ; voici des sœurs d'Irlande.

RALPH. Que Dieu soit avec vous, mes sœurs. . .

CATHERINE, qui est une des sœurs. Dieu vous préserve et vous console, mes frères.

Las sœurs entrent dans le lazaret.

DICKSON. Quelles sont cesfemmcs?

RALPH. Ce sont de pieuses fennnes, qui, sous le nom de sœurs d'Irlande, se sont dévouées pour soigner leurs frères d'Ecosse , et «lont le zèle nous a été d'un bien grand secours.

DICKSON. Ce sont peut-être cximme toi, Ral|)h, des créatures repentantes.

RALPH. Peut-être.

DICKSON. Adieu ; je vais voir si j'apercevrai sur la route la voiture de mon maître. •

On voit paraître au fond la foule d'Ensevelisseurs qui eeniblent animés.

DICKSON. Les tristes compagnons î

RALPH. Ils viennent d(! brider les habita des infortunés que la jx'sto a fait mourir... Dieu te garde, Dickson, de passer par leurs mains... Ton habit doré leur ferait envie.

DICKSON, effrayé. Peut-on gagner la route sans passer auprès d'eux?

RALPH. Oui, par-ici.

DICKSON, se sauvant â qawhe. J'ahnc autant ce chemin-là: bonne chance.

RALPH. Merci.

Il va s'asseoir sur la pierre au premier plan, k droite.

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sckm: II.

RALPH, LES Ensevelisseurs.

i" ENSEVEI.ISSEL'K. Au lieu de \ous disputer ainsi, jouez aux cartes, |)our sa\oir à (|ui doit appartenir celte bague; vcnis nu sa\ez le(|uel a raison. ... appelez la chance pour juger.

2' ENSEVELissEURau3'.Aupremierquinze.

(;ons<Mis-tu?

3" ENSEVELISSELH. C'est dit... Où sont les cartes ?

1"^ ENSEVELISSEUR. Eu voici, Cl Ukliez de gagner tous les deux.

lU 80 mettent J< jouer sur une pi< rro à gauchn au premier plan.

2'" ENSEVELISSELH. Commençons.

lU se mettent h jouer; les autres Enaovelitseurs les entourent en examinant le jeu.

MAGASIN THEATRAL

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SCI>NE m.

Les Mêmes, PATRICK.

PATRICK. Les voilà réunis , je veux lier conversation avec cax... et apprendre ce que je devrai faire pour devenir ensevelisseur. Oui, il faut que je trouve le moyen d'examiner d'abord dans les lazarets ceux ([ui peuvent y mourir : les vivants m'attendront ailleurs.

II s'approche des joueurs et regarde.

2' ENSEVELISSEUR. Il abat son jeu. Cinq points; un de plus, j'avais gagné.

PATRICK, Et c'est celui qui te manque qui te feras perdre. . .

2" ENSEVELISSEUR, U regardant. Parie donc contre moi.

PATRICK. Tiens , je risque cette pièce de monnaie.

2" ENSEVELISSEUR. Voici la mienne.

S'' ENSEVELISSEUR, jouant. Un valet rouge.

2'' ENSEVELISSEUR, retournant une carte.

Barré... J'ai gagné.. . A moi la bague et l'argent!...

11 va se lever.

PATRICK, V arrêtant et prenant la place du perdant. Voyons, h mon tour.

2* ENSEVELISSEUR. Volontiers... Quel jeu joues-tu ?

PATRICK. Le trèfle et la lance.

2" ENSEVELISSEUR. C'était le jeu de nos grands-pères.

PATRICK. Quel jeu jouez-vous donc?

2'' ENSEVELISSEUR. La royale ou le croisé.

PATRICK. Je ne sais pas ces jeux-là.

2*= ENSEVELISSEUR. D'où viens-tu douc?

PATRICK . De bien loin.

RALPH, qui est assis seul à droite au premier plan. Je ne sais, moi, que le trèfle et la lance, seul jeu que l'on jouait dans l'interrègne , avant l'avènement de Jacques IV, et je te le jouerai, moi, si tu le veux,

PATRICK. Je le veux bien. (// se lève, va s' assoir au premier pian avec Ralph.) Et nous aurons souvent, camarade, l'occasion de le jouer ensemble si je deviens, ainsi que je le désire, ensevelisseur comme toi.

RALPH. Il faut pour ça des protections... en as-tu ?

PATRICK. Je n'en ai pas. Je ne suis ici que depuis deux jours. . . et ne peux-tu m'indiquer un moyen pour entrer dans le la/aret ?...

RALPH. 11 te faudrait une permission signée des médecins du roi, mais elles sont bien rares.

PATRICK. Et, dis-moi, les nobles que la peste frappe sont amenés aussi dans ces lazarets ?

RALPH. Assurément, pour leur salut comme pour celui de la ville; le roi lui-même .serait

contraint d'y venir s'il était malade; à preuve, deuxcomtesd'Edimbourgyontétéamenéshier.

PATRICK, à part. On m'a dit vrai.

Cloche.

RALPH. La cloche ! A un autre jour notre partie de cartes; cette cloche nous ai)pelle au couvent... Allons... compagnons. [Tous les Ensevelisseur s se lèvent.) Slettons-nous en route, on a besoin de nous là-bas; venez.

Ils sortent par le fond.

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