JACQUES, CATHERINE
JACQUES. Catherine, que je retrouve ici...
<;ArnERi\E, f/'t(«c voi.v iremhlantr. Caiherinc, qu'une iiijii.sl(' .sciilciicc avait conduite» à la mort, et (juc Dieu viciil de sauver |)our ([u'elic pût sv. justili(!r.
JACQUES. Dieu vient aider bien lard à sa juslilication.
CATHERINE. Oui... elle a longtemps souffert, celle que vous avez laissé ((indanmer...
JACQUES. En \ertu de la k'itre de mon père, (jui l'accusait.
CATHERINE. Votrc père... cette lettre était fausse !
JACQUES. Que ne l'avez-vous prouvé...
cpic n'avez-vous réclamé ?
CATHERINE. Je ne le pouvais pas... et Catherine, que les assassins accusaient, devait succomber, puisque personne ne prenait sa défense...
JACQUES. Je l'ai défendue, moi ; moi qui la proclamais innocente malgré ses juges et qui la faisais chercher encore le jour où se prononçait sa sentence.
CATHERINE. Catherine, qui avait quitté l'Ecosse pour accomplir un pieux devoir, n'a su qu'on l'avait accusée qu'en apprenant sa condamnation.
JACQUES. Qu'a-t-elle fait alors ?
CATHERINE. Elle n'a pas cru, d'abord...
puis enfin, par trois fois, elle a écrit au roi d'Ecosse,
JACQUES. Je n'ai reçu aucune de ses lettres.
CATHERINE. Les vrais coupables ont donc eu le pouvoir de les intercepter... et Cath»'rine a attendu pendant une année entière sans sommeil un seul mot d'espoir ou de consolation, mais il n'en estjias venu... Et vous avez cru Catherine coupable...
JACQUES. J'ai douté...
CATHERINE. Et qui VOUS avait donc mis au cœur ce doute épou^antable?
JACQUES. L'absence, la fuite et le silence de Catherine.
CATHERINE. J'avais écrit...
JACQUES. Que ne vcniez-vous?
CATHERINE. La mort ne m'altcndait-cllc pas à la froiuière ?
JACQUES. C'est vrai. Mais Thomas, votre frère?
CATHERINE. IMou frère. . . apiès avoir subi dix-huit ans d'es( lavage, hier encore il ignorait et l'accusation et le malheur de Catherine.
JACQUES. II ignoraiL.. et où cst-il donc maintenant?
CATHERINE. Au pouvoir des as.sassins de votre père...
JACQUES. Que dites-vous ?
CATIIEHINE. Oui, .sire; et le ciel, qui vou.s a conduit ici. veut que vous déli\riez Patrick j)our savoir l'innocence de Callierine... car Thomas en ap|K)rte les preuves...
JACQUES. Et vous iMJurrez me conduire?
CATHERINE. Oui. Mais. |)our me donner la force (h" vous guider, dites donc au moins à la pauvre Catherine (pie vous ne croyez jjIus qu'elle a tremiH- ses mains dans le sang de votre père!...
JACQUES. Moi, Catherine... sache donc ici que je ne l'ai jamais cru dans le fond de mon fuuc!...
MAGASIN THKATRAL.
CATHERÏNE. Moil Dioil !
JACOUES. Et((uand une lettre du comte Robert m'a appris que, conseillé par plusieurs de mes hauts seigneurs, il avait secrètement empoisoiuié Catherine pour lui éviter les horreurs du supplice, je devins la proie d'un sombre désespoir, et d'une fièvre épouvantable qui m'aurait tué, peut-être, si Charles n'était venu me révéler ta miraculeuse délivrance !. . .
CATHERINE. Vous, sire?...
JACQUES. Tu veux que je t'avoue mes terribles combats? Eh bien! oui, Catherine, je gardais dans mon cœur une secrète espérance qui sans cesse s'éteignait devant la fatale évidence... et renaissait toujours comme l'espoir au coeur d'un naufragé...
CATHERINE. Oue dit-il?
JACQUES. Et si j'ai jadis refusé de m'alJier àla princesse d'Angleterre, si j'ai fait la guerre ])our rester libre... c'est que malgré moi le souvenir de Catherine remplissait mon cœur d'amour, de haine, de doute et de teireur... Et ce combat, que je me livrais depuis si longtemps, durait encore, terrible et douloureux, quand je t'ai revue tout à l'heure. Et maintenant que j'ai entendu ta voix suppliante , l'heure est venue pour moi de me délivrer enfin de cette lutte, où mes secrets efforts se brisaient contre l'impossible... et de te dire, Catherine, que je te crois innocente.
CATHERINE. Merci, mon Dieu !
JACQUES. Oui , remercie Dieu , Catherine , (pii permet que je puisse te le dire en te tendant les bras...
CATHERINE, se jetant dans ses bran.
Henry!...
JACQUES. Pauvre innocente victime, que ferai-je pour te venger ?
CATHERINE, pleurant. Il faut d'abord sauver mon frère. . .
JACQUES. Oui... et plus tard nous punirons le coupable, s'il existe encore.
CATHERINE, Il existe , puis([u'il vient de s'emparer de mon frère pour le contraindre au silence.
JACQUES. Et comment cela?
CATHERINE. ïouthl'heure, ici, troishommes masqués sont venus forcer mon frère à les suivre , en le menaçant de faire tuer son fils que depuis dix-huit ans ils ont eu en leur pouvoir, s'il n'obéissait pas ; et pour le salut de son fils et pour le mien sans doute aussi , mon frère s'est résigné.
JACQUES. Quoi! depuis dix-huit ans on a brisé , mutilé ceux (pie j'aimais , on m'a séparé d'eux...
CATHERINE. Eu mettant entre nous le doute et la malédiction.
JACQUES. Oh ! je vous vengerai tous en me vengeant moi-même.
CATHERINE. Oli ! ne dites pas encore le
mot vengeance ; si les coupables vous entendaient... ils tueraient aussitôt et Patrick et son fils.
JACQUES. Tu as raison , nous serons encore forcés de nous taire... et de les chercher dans l'ombre...
CATHERINE. Il faut qu'ils ignorent mon salut.
JACQUES. Oui, car ce sont eux qui ont sans doute conseillé à Robert l'empoisonnement de Catherine, et Robert, l'ancien ami de mon père, a cru devoir l'accomplir avec son inexorable justice; mais nous le convaincrons que trompé par lescoupablos, il frappaitl'innocente, et Robert indigné se hâtera de nous guider sur les pas de ceux ({ui croyaient trouver leur salut dans la mort de Catherine et le silence de son frère.
CATHERINE, indiquant au dehors. Mais voyez donc, sire.
JACQUES, regardant. Mais... c'est lui...
le duc Robert... encore ici... je vais l'attendre et causer avec lui sans le prévenir encore. . . Laisse-moi. . .
CATHERINE. Hcury... Cet homme semble être mon ennemi...
JACQUES. Il l'était , Catherine , et le plus impitoyable de tous, quand il te croyait i)ai" ricide; mais il te sera dévoué quand il saura ton innocence .. Va, rapproche-toi de notre fille, et tout à l'heure à la nuit nous sortirons inaperçus de ce cimetière.
CATHERINE, allant vers la chapelle. Sire... justice... et surtout prudence!
JACQUES. Ceux que je veux sauver ne doivent-ils pas composer la famille du roi d'Ecosse, isolé dans son royaume... Force et confiance, amie, ne pleure plus...'^
CATHERINE. Oh ! ue me reproche pas ces pleurs, Henry, ce ne sont plus ceux du regret et de la douleur... et voilà dix-huit ans que j'attendais ({ue le ciel me permît une de ces larmes qui ravissent et qui consolent.
Elle entre avec le Roi dans la chapelle.
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