‹ Théâtre Avec préfaces (volume 2)Chapitre 111 sur 193 · CREUSE, MÉDÉE · texte numérisé non relu

CREUSE, MÉDÉE

Creuse entre précipitamment et toute troublée.

MÉDÉE

Que viens-tu chercher?

CREUSE

Vous!

MÉDÉE

Je te cherche aussi, moi!

CREUSE, vivement.

Venez ! suivez mes pas ! fuyons !

MÉDÉE

Fuir avec toi !

CREUSE

Tout le peuple envahit le palais de mon père ! Son amour pour Jason contre vous l'exaspère !

MÉDÉE

Tant mieux !

Entendez-vous ce tumulte croissant?

On leur re'siste encor, mais mon père est absent! Mais c'est vous que poursuit leur fureur éperdue! Qu'ils franchissent ce seuil, et vous êtes perdue! J'accours...

MÉDÉE

Pourquoi?

CREUSE

Pourquoi? pour vous sauver!

MÉDÉE

Vous! vous!

MEDÉE. 283

Me sauver!... Me sauver!...

(Ella tombe sur un siège près de l'autel, en proie à un violent combat, froissant convulsivement son poignard pendant que Creuse parle.)

GRÉ USB, vivement.

Venez, fuyez leurs coups.

Vous avoir tant coûté d'angoisses et de larmes, Et vous voir égorger sous nos yeux, par leurs armes, Dans nos propres foyers!... Si ce n'est pas pour vous, Vivez pour nous, Médée... ayez pitié de nous!

MÉDÉE, après un long silence, avec le plus grand trouble.

Je le sens, et pourtant je ne puis le comprendre, Je suis ébranlée... oui! Mais avant de me rendre, 11 faut voir si vos pleurs partent bien, en effet, D'un cœur noble qu'émeut tout le mal qu'il a fait, Ou m ce sont regrets de quelque âme hypocrite Qui pleure son forfait, mais pourtant en profite, Et joint le fruit du crime aux honneurs du remord.

CREUSE

Quoi...

MÉDÉE

Pas de mots! des faits! Mais écoutez d'abord, Car c'est grave... pour vous!

(Après un court silence.)

Votre bras me protège ?

Vous voulez me sauver? soit! Après qu'en ferai-je De ces jours abhorrés qu'il vous plaît de chérir? Toute ma vie à moi, c'est d'aimer ou haïr! Et dans votre palais quand vous m'aurez cachée, Quand à vos vils bourreaux vous m'aurez arrachée, Que ferez-vous de moi?... Me rendrez-vous Jason, En rejetant ses vœux comme une trahison, Ou, brisant l'union par les dieux approuvée, Me tuerez-vous, Creuse, après m'avoir sauvée?

(S'attendrissant.)

Oh! de grâce, écoutez! je vais faire pour vous Ce que ne fit jamais ce cœur fier et jaloux... Plus d'imprécations, de haine, de furie! Je suis à vos genoux... je pleure... je vous prie! Vous savez, vous savez quels maux, quels attentats M'a coûtés son amour : ne me l'arrachez pas! Le ciel vous donne tout, le bonheur, la puissance, Un père... une patrie, hélas! et l'innocence! Moi! je n'ai rien que lui... laissez-le-moi!

CREUSE, éperdue.

Grands dieux!

Eh bien! vous vous taisez, vous détournez les yeux... Ah! par pitié pour vous, répondez!

CREUSE

Que vous dire, Quand tout dans ma pensée est désordre et délire? Le dieu qui vous perdit veut me perdre à mon tour... Je ne suis plus à moi, je suis toute à l'amour !...

MÉDÉE

Creuse!...

CREUSE

De Vénus nous sommes deux victimes, Que ses lois aient leur cours, voulût-elle des crimes !

MÉDÉE, sans la regarder.

Va-t'en!...

CREUSE

Si vous venez, si vous suivez mes pas...

MÉDÉE

CREUSE

Si je vous sauve!...

Va-t'en I,

MEDEE. 285

MÉDÉE, se retournant vers elle.

Eh ! ne vois-tu donc pas Que c'est toi qu'il faudrait sauver?

Ciel !

MÉDÉE, avec une fureur croissante.

Insensée !...

Où donc est ta mémoire?... Où donc est ta pensée? Ne te l'ai-je pas dit, au temple, ce matin, Que, si le sort jetait ma rivale en ma main, Ma rage...

(Creuse recule et fuit devant elle.)

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