‹ Théâtre Avec préfaces (volume 2)Chapitre 122 sur 193 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

MÉDÉE, LYCAON, MÉLANTHE, paraissant au fond conduits par LA NOURRICE.

MÉDÉE, apercevant ses enfants.

Ciel! ô ciel! ce sont eux!... Saturne les amène!

LA NOURRICE, aux enfants.

Oui! Creuse le veut! venez calmer sa peine! Médée!... écoutez-moi...

MÉDÉE, sans se retourner.

Que veut-on?...

LA NOURRICE, aux enfants.

Avancez, Ne tremblez pas !

(A Médée.)

Ce sont vos enfants.

MÉDÉE, de même.

Je le sais.

MÉDÉE. 305

LA NOURRICE

Est-ce que vous pourriez quitter cette demeure Sans leur dire un adieu?...

MÉDÉE, d'une voix sombre.

Des adieux!... Oui... c'est l'heure, C'est l'heure des adieux!...

LA NOURRICE, aux enfants.

Enfants, parlez-lui, vous !

LYCAON, de loin.

Ton cœur est-il toujours irrité contre nous?

MÉDÉE

O dieux!... leur voix!... leur voix si tendre!...

LA NOURRICE, à part.

Elle est émue!

(A Médée.)

Peuvent-ils s'approcher?

MÉDÉE, avec terreur.

Non! non !

LA NOURRICE

A votre vue Bientôt va les ravir le pouvoir paternel, Le temps presse!... Jason les demande...

MHDÉE, avec un cri.

A l'autel !

A l'autel, où déjà près de tout ce qu'il aime Il s'enivre d'amour... d'orgueil...

(Mouvement de la nourrice.)

Et mes fils même, Ils brûtent de revoir celle qui les attend, L'épouse de Jason, leur mère... Ils l'aiment tant! Ah! vous avez raison ! l'heure fuit... le temps presse!... Qu'ils viennent!

LA NOURRICE, la regardant avec inquiétude.

Quel accent!

(Elle remonte vers les enfants.)

M É D É E , à part, sur le devant de la scène.

Allons, pas de faiblesse!...

Que le père et les fils, frappés des mêmes coups...

LA NOURRICE, bas, aux enfants qui descendent avec elle.

Tous les deux, en silence, embrassez ses genoux!

(Les enfants s'approchent et prennent la main de leur mère qu'ils baisent.) MÉDÉE, sentant la main des enfants.

Leur main ! leur douce main ! . . . C'est elle. . . elle me touche ! Je sens... je sens mon cœur défaillir... et ma bouche... Ma bouche... malgré moi... se penchant vers la leur... Avant de les frapper... Non! c'est trop de douleur! Loin de moi, noirs desseins! loin de moi, haine impure! Faut-il me torturer pour punir un parjure? Venez ! . . . venez, enfants ! . . . je pardonne ! . . . en mes bras ! . . . Je le lis dans vos yeux, vous n'êtes plus ingrats.

(Orphée parait au fond.)

Eh bien ! que ce Jason s'unisse à ce qu'il aime... J'ai mon trésor aussi, moi... j'ai mon diadème : J'ai retrouvé mes fils!

ORPHÉE, courant à elle.

Va! pars!... Prends-les tous deux!

MÉDÉE

Oh! sois béni! Venez!...

(Elle s'apprête à fuir avec ses fils, lorsqu'on voit passer sous les colonnes du vestibule une jeune fille et des esclaves qui courent en portant des torches et en poussant des cris.)

ORPUÉE.

Quels sont ces cris affreux?

MÉDÉE, à part.

J'ai peur!...

MB DÉS. 307

LA JEUNE FILLE

Creuse!...

ORPHÉE

Hé bien!...

LA JEUNE FILLE

Elle expire!...

M ÉDÉE, avec un cri terrible.

Elle expire?.

(A part.)

Mon crime me saisit!

LA NOURRICE, à la jeune fille.

Qu'as-tu dit! quel délire !

LA JEUNE FILLE

Elle expire, vous dis-je... un voile empoisonné!...

ORPHÉE, se retournant vers Médée.

Dieux!... un voile!...

MÉDÉE, éperdue.

Oui!... le mien! celui que j'ai donné!

ORPHÉE

Malheureuse! sois donc ta première victime! Que tes lils arrachés de tes bras... par ton crime...

MÉDÉE

Jamais!

(Médée saisit ses enfants et les entraîne vers la droite ; mais elle est arrêtée par undot depeuplequi entre en s'écriant: «A mort!... >» Elle s'élance vers la gauche. Mais Créon entre, suivi d'un autre flot de peuple, et Médée se réfugie avec ses fils au pied de la statue de Saturne.)

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