SCENE IV
MARTHE, LE COLONEL; il entre sur la pointe du pied sans voir Marthe.
MARTHE, allant à lui.
Savez-vous que c'est tout bonnement abominable, ce que vous avez fait là!...
LE COLONEL
A qui en a-t-elle ?...
MARTHE, disant les premiers mots de la lettre.
« Céleste Suzanne!... refuserez-vous d'ouvrir votre jeune âme...?
Ma lettre!...
MARTHE
Ah çà! pour qui nous prenez-vous?...
LE COLONEL
Elle est originale!
MARTHE
Et vous n'avez pas de honte... avec votre grade... avec vos épaulettes... avec une femme comme la vôtre... avec une fille adorable...
LE COLONEL, à part.
Quelle verve!... quels yeux!
MARTHE, frappant du pied.
Mais répondez donc!... Dites-moi s'il ne faut pas bien que vous soyez le plus... le plus... enfin, suffit!... de cette race maudite...
LE COLONEL
Ah! ma foi!... elle est trop charmante!... (Allant à elle.) Gente beauté!...
MARTHE
Qu'est-ce qu'il dit?...
LE COLONEL
Je dis que je n'ai jamais vu minois si mutin que le vôtre!...
Hein!...
LE COLONEL
Regards si assassins!...
MARTHE
Il est fou!...
LE COLONEL 1
Oui! de vous!... Et ce petit sermon!... cette petite colère ! . . . ces petits bras croisés ! ... ces petits pieds qui frappent la terre!... et ces grands yeux qui semblent vouloir tout dévorer!... tout cela est si gentil!... si friand!... que, ma foi!... je n'y tiens plus!... Il faut que je vous embrasse!...
MARTHE
Vous oseriez?...
LE COLONEL
J'OSe .tOUt!... (Il l'embrasse.)
MARTHE 2
Ah! le scélérat!... je l'ai!...
LE COLONEL, en s'éloignant et lui envoyant des baisers.
Adieu, Bossuet,... adieu, Massillon,... adieu, Bourdaloue!... Elle me plaît beaucoup, cette fille-là !