‹ Théâtre Avec préfaces (volume 2)Chapitre 61 sur 193 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, MADAME DELPIERRE, puis FERNAND.

JULIE

Ah! madame, je courais vous porter cette lettre de monsieur Glavel... Vincent dit qu'elle est pressée... et...

MADAME DELPIERRE, prenant la lettre, l'ouvrant.

Dites que c'est bien. (Appelant son fils.) Fernand ! viens! (Fernand entre.) C'est de M. Glavel, à propos du bal que sa sœur donne ce soir. (Lisant.) « Chère Madame, je monterai, « si vous le voulez bien, chercher Fernand à dix heures. « Nous descendrons ensemble chez ma sœur. Je serai « très heureux de lui faire faire son premier pas dans le

« monde ! » (Julie sort avec Vincent.)

FERNAND

Quel ami pour moi que M. Clavel! Quelle heureuse rencontre nous a rapprochés de lui après tant d'années!

MADAME DELPIERRE.

Et depuis six mois, depuis que j'ai, par hasard, loué ce petit entresol dans la maison de sa sœur, comme il

m'aide à te diriger, et, ce qui n'est pas moins important, à l'amuser!

FERNAND

Il m'a fait faire ce matin la plus jolie promenade à

cheval.

MADAME DELPIERRE.

Aussi, » n revanche, on n'a pas pris sa leçon de chimie... Voyons!... nous avons encore quelques instants à nous, gagne ton bal de ce soir. Travaille un peu à ton examen.

FERNAND

Ambitieuse !

MADAME DELPIERRE.

Oui, je veux que tu sois un homme!

FERNAND, s'asseyant en face d'elle sur une petite table.

Interrogez donc, grand docteur, on vous répondra... Cela m'amuse tant de travailler avec toi! Tu sais, quand j'étais enfant, tout ce que tu m'expliquais, je le comprenais... Tout ce que tu m'apprenais, je le retenais... Tu as une manière d'entrer dans mon intelligence comme dans mon cœur... Ahl tu sais bien le chemin, va!

MADAME DELPIERRE, l'embrassant.

Oh! cher être tendre!

Y E R N AND, lui tendant le livre.

Voyons, interroge !

H A D A M E D E L I* I E R R E, lisant et gaiement.

Oh! oh! c'est un peu rude! (Lisant.) « De quoi se com- « pose le protoxyde de cuivre? »

FERNAND, riant.

Le protoxyde ! la vérité est que ce mot dans ta bouche fait le plus drôle d'effet... car sais-tu une chose?... C'est que tu es toujours très bien !

K AD AME DELPIERRE, gaiement.

Cela ne répond pas du tout à la question : De quoi se

COmpOSe le protOXyde?» (Férnand l'embrasse.) (Riant.) Oui ! OUÎ !

Tu paies le cachet avant la leçon pour que je ne te la donne pas!

FERNAND

Ma foi! je ne suis pas en train de travailler ce soir.

MADAME DELPIERRE.

Eh bien ! ne travaillons pas ! Veux-tu que je te joue une mazurke de Chopin?

FERNAND, l'embrassant.

Tu es une mère adorée!...

MADAME DELPIERRE.

Tu as l'air heureux, ce soir.

FERNAND, sérieux.

J'aurais cet air-là tous les jours, si tu voulais.

MADAME DELPIERRE, gaiement.

Si je voulais te laisser aller au bal tous les jours?

FERNAND

Tu me comprends bien!

MADAME DELPIERRE, sérieuse.

Fernand, je t'en prie...

FERNAND

Je ne t'en parlerai plus ! mais au moins, laisse-moi l'aller voir demain.

MADAME DELPIERRE.

Demain !

FERNAND

Il y a plus d'un mois que je ne l'ai vu ! et je l'aime tant. . . lui aussi!... C'est mon père...

MADAME DELPIERRE.

J'ai toujours peur quand tu vas chez lui.

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