‹ Théâtre Avec préfacesChapitre 48 sur 114 · IV. M te · texte numérisé non relu

IV. M te

MORÉAC.

|]t si c'était plus qu'une faute?

KERVILER

Plus qu'une faute ? Vous vous calomniez

Si c'était un crime ?

KERVILER, se penchant vers lui.

Un crime?... Allons!... mon ami!... l'approche de la mort peuple votre imagination de fantômes... Un crime !... Vous! eh! de quel crime pouvez- vous être coupable? (A demi souriant.) Enfant! cst-cc quc VOUS avcz commis un meurtre? un parjure? une lâcheté? Est-ce que vous avez trahi notre cause?

MORÉAC.

Oh! grâce à Dieu! j'ignore le crime de la bassesse! Mais la passion n'a-t-elle pas aussi les siens?

KERVILER

Ceux-là, Dieu les comprend!... C'est pour ceux-là que sa bonté...

MORÉAC

Oui! je crois à sa bonté!... j'ai foi en sa miséricorde! je sais qu'il peut pardonner à celui qui... par égarement... se perd lui-même... Mais celui qui en perd une autre!...

KERVILER

Une autre?

MORÉAC.

Celui qui entraîne une âme pure dans le mal!

KERVILER, plus sérieux.

Une âme pure !

Que devenir? Paraître devant mon juge deux fois coupable... chargé du poids de ma double faute!...

KERVILER, avec conviction.

Eh bienl cette faute, vous pouvez l'efTacer.

MORÉAC, vivement.

Comment?

KERVILER, toujours debout.

Rappelez-vous les premiers temps de la foi. Rappelezvous que les apôtres, et, après les apôtres, les conciles, ont proclame que si deux chrétiens se trouvaient séparés violemment à leur dernière heure, de tous les secoui spirituels... ils revêtaient sous le coup du martyre un caractère sacré... et qu'ils pouvaient tous deux s'entendre, se juger, s'absoudre...,

MORÉAC.

Ciel!

KERVILER

Si jamais violence fut impie, c'est celle qui pèse sur nous, si jamais privation de secours sacrés fut terrible... c'est la nôtre... Approchez-vous donc de moi et ouvrezmoi votre cœur.

MORlUC.

A vous?

KERVILER

Confiez-moi le remords qui vous déchirai

A vous?

KERVILER

Oîi trouverez-vous une âme plus fraternelle, plus ouverte à votre repentir?

MORÉAC.

Moi!... Non!... Taisez-vous I... Laissez-moi I

KERVILER

Que craignez-vous?... qui vous arrête? la honte? Vous savez bien que l'ami n'eiiLendra pas ce que vous direz au prêtre.

MORÉAC, se relevant.

Et si le prêtre refuse de nae pardonner?

KERVILER

Que dites-vous?

MORÉAC.

Si mon crime lui inspire tant d'horreur qu'au lieu de m'absoudre il me maudisse?

KERVILER, avec force.

Est-ce qu'il en a le droit? Oubliez-vous donc qu'en acceptant ce titre, il cesse d'être homme, il renonce à toutes les passions de l'homme? Le nom qu'on lui donne ne le dit-il pas, ne l'appelle-t-on pas mon père?

MORÉAC, éperdu, et s'éloignant.

Non! non! c'est impossible!

KERVILER, allant k lui.

Ne vous ai-je pas donné l'exemple? Pour comprendre votre cœur, je n'ai qu'à regarder dans le mien!... Gomme vous j'ai été sans force conti'e la passion!... Vous avez perdu une âme, j'ai brisé une vie!... Hélas! le croiriezvous? Môme en ce moment, prêt comme vous à paraître devant Dieu, je ne puis m'arracher du cœur ce qui le déchire... Je ne l'accuse pas, elle! mais lui! lui! cet absent toujours présent! ce mort toujours vivant! je ne peux m'empêcher de le maudire, de le haïr ! (Geste de Moréac.) Vous le voyez, mon ami, toutes les folies de la passion, je les comprends! Tous les tourments de l'amour, je les éprouve ! Parlez donc sans crainte : c'est à un malheureux comme vous que vous vous confierez, et je m'adresserai à Dieu avec tant de ferveur, les v(eux de l'ami se joindront si ardemment aux prières du ministre, que le ciel m'çn-

tendra, m'exaucera, vous pardonnera... Allons! courage!... le frère a parlé, le prêtre vous écoute!

(Il s'assied dans le fauteuil.

MORÉAC, après un moment de silence et avec une grande agitati se laissant tomber sur la chaise qui est de Vautre côté de la table.

lQue dire? c'est l'histoire éternelle!... Des pères qui haïssent et des enfants qui s'aiment. Le désespoir m jeta dans une expédition lointaine, puis, à mon retour..

KERYILER. Û

A votre retour?

Je la trouvai...

Morte?

Non! mariée!

MORÉAC.

KERYILER.

KERVILER

Elle vous avait trahi !

MORÉAC.

Non! on l'avait trompée : elle se crut libre!

KERVILER

Mais quand vous la revîtes, quand elle apprit de vous...

MORÉAC.

Elle n'apprit rien de moi, et je n'appris rien d'elle Quand j'arrivai, elle était partie.

KERVILER

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