‹ Théâtre Avec préfacesChapitre 51 sur 114 · TOUS LES TROIS · texte numérisé non relu

TOUS LES TROIS

Quoi!

LAMBERT

On vient d'attaquer la porte Sud ! Tous nos hommes sont aux remparts!... La maison et le jardin sont vides. Partez!

ANNE

Ah! notre sauveur I

LAMBICRT.

C'est bon!... La reconnaissance plus tard! (a Moréac p Keiviier.) Partez par cette porto !

Je pars avec eux!

LAMBERT, larrêtant.

Pour les embarrasser dans leur fuite!... Je me chari: de vous.

KERVILER, avec force à Anne.

Adieu! Si nous sommes tués tous deux, pleurez-nous tous deux! Si un seul survit, oubliez l'autre!

(Us s"élancent par la porte du fond.) LAMBERT, qui est k la porte, dit à Anne.

Regardez bien s'il n'y a pas quelque factionnaire.

ANNE, à la fenêtre du jardin.

Non, personne.

LAMBERT, toujours k la porte.

Les voyez-vous?

AN.\E, à la fenêtre du balcon.

Oui, les voilà en bas, sur le seuil de la petite porte.

L.\MBERT, qui a couru près d'elle, se penche et, parlant tout bas aux deux fugitifs :

Marchez bien doucement! Évitez d'être entendus!

ANNE

Us arrivent à l'allée de sortie.

LAMBERT

Je ne les vois plus. (Tout à coup, avec un cri.) Cicl 1

Quoi?

LAMBERT

On les a aperçus!

ANNE

Qu'il

LAMBERT

Quelques factionnaires oubliés!!... Voyez là-bas

ANNE

Sous ces arbres?

LAMBERT

Oui!... ces deux soldats qui courent.

ANNE

Ils les ont rejoints! J'entends des voix! des crisl

LAMBERT

Oui!... un bruit de lutte !

ANNE

Gourons à leur aide !

(Elle va pour s'élancer au dehors. — On entend un coup de feu un peu sourd.)

LAMBERT, la retenant.

Que pouvez-vous?

Me jeter entre leurs assassins et eux!! Me faire tuer pour eux!... Mourir pour eux! Venez !

(Ils vont à la porte latérale.) LAMBERT.

Je n'entends plus rien! Ils sont sauvés!

(Ils sont tous les deux penchés vers la porte, comme des gens qui écoutent.)

KERVILER, entrant par le fond

Anne !

ANNE, poussant un f^rand cri.

Ah! (Courant à lui.) Il cst mort!

KERVILER, d'une voix étouffée.

Non!... Il a échappé, lui!...

ANNE

Mais vous!... Cette pâleur!...

LAMBERT, le soutenant.

Vous chancelez !

KERVILER

Oui... frappé là... dans la lutte...

ANNE, avec un cri douleur.

A mort!

Ne me plaignez pas!... C'est une mort heureuse. Ello sépare ce qui doit être séparé.

ANNE, avec désespoir.

Non!... Vous ne mourrez pasi

KERVILER, il tombe assis sur le fauteuil.

Oh! le coup a bien porté; et je ne me suis traîi: jusqu'ici que pour vous redire ma parole: Si nou sommes tués tous deux, pleurez-nous tous deux! Si un seul survit, oubliez l'autre!

(Il s'affaisse sur le fauteuil. — Anne se i>iécipile à genoux devant lui. le sergent se découvre, la toile tombe.)

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