TOUS LES TROIS
Quoi!
LAMBERT
On vient d'attaquer la porte Sud ! Tous nos hommes sont aux remparts!... La maison et le jardin sont vides. Partez!
ANNE
Ah! notre sauveur I
LAMBICRT.
C'est bon!... La reconnaissance plus tard! (a Moréac p Keiviier.) Partez par cette porto !
Je pars avec eux!
LAMBERT, larrêtant.
Pour les embarrasser dans leur fuite!... Je me chari: de vous.
KERVILER, avec force à Anne.
Adieu! Si nous sommes tués tous deux, pleurez-nous tous deux! Si un seul survit, oubliez l'autre!
(Us s"élancent par la porte du fond.) LAMBERT, qui est k la porte, dit à Anne.
Regardez bien s'il n'y a pas quelque factionnaire.
ANNE, à la fenêtre du jardin.
Non, personne.
LAMBERT, toujours k la porte.
Les voyez-vous?
AN.\E, à la fenêtre du balcon.
Oui, les voilà en bas, sur le seuil de la petite porte.
L.\MBERT, qui a couru près d'elle, se penche et, parlant tout bas aux deux fugitifs :
Marchez bien doucement! Évitez d'être entendus!
ANNE
Us arrivent à l'allée de sortie.
LAMBERT
Je ne les vois plus. (Tout à coup, avec un cri.) Cicl 1
Quoi?
LAMBERT
On les a aperçus!
ANNE
Qu'il
LAMBERT
Quelques factionnaires oubliés!!... Voyez là-bas
ANNE
Sous ces arbres?
LAMBERT
Oui!... ces deux soldats qui courent.
ANNE
Ils les ont rejoints! J'entends des voix! des crisl
LAMBERT
Oui!... un bruit de lutte !
ANNE
Gourons à leur aide !
(Elle va pour s'élancer au dehors. — On entend un coup de feu un peu sourd.)
LAMBERT, la retenant.
Que pouvez-vous?
Me jeter entre leurs assassins et eux!! Me faire tuer pour eux!... Mourir pour eux! Venez !
(Ils vont à la porte latérale.) LAMBERT.
Je n'entends plus rien! Ils sont sauvés!
(Ils sont tous les deux penchés vers la porte, comme des gens qui écoutent.)
KERVILER, entrant par le fond
Anne !
ANNE, poussant un f^rand cri.
Ah! (Courant à lui.) Il cst mort!
KERVILER, d'une voix étouffée.
Non!... Il a échappé, lui!...
ANNE
Mais vous!... Cette pâleur!...
LAMBERT, le soutenant.
Vous chancelez !
KERVILER
Oui... frappé là... dans la lutte...
ANNE, avec un cri douleur.
A mort!
Ne me plaignez pas!... C'est une mort heureuse. Ello sépare ce qui doit être séparé.
ANNE, avec désespoir.
Non!... Vous ne mourrez pasi
KERVILER, il tombe assis sur le fauteuil.
Oh! le coup a bien porté; et je ne me suis traîi: jusqu'ici que pour vous redire ma parole: Si nou sommes tués tous deux, pleurez-nous tous deux! Si un seul survit, oubliez l'autre!
(Il s'affaisse sur le fauteuil. — Anne se i>iécipile à genoux devant lui. le sergent se découvre, la toile tombe.)