‹ Théâtre Avec préfacesChapitre 75 sur 114 · VIOLANTE, D. GUILLEN · texte numérisé non relu

VIOLANTE, D. GUILLEN

GUILLEN, entrant du fond.

Eh bien ! aimable matrone, qu'est-ce que cela prouve?

VIOLANTE

Mais, Seigneur, écoutez-moi donci

GUILLEN

Mais, charmante duègne, répondez-moi donc?

VIOLANTE, avec une colère concentrée.

Voyons, parlez... Ah! quelle patience!

GUILLEN

N'est-ce pas ici que demeure votre jeune maîtresse, dona Isabelle Tordova?

VIOLANTE

Oui, mais...

GUILLEN

Fille du colonel Tordova, on expédition dans le Mexique? Le brave défenseur du fort de Bogota ?

VIOLANTIî.

Oui, mais...

GUILLEN

Ce pavillon, situé à la porte de Madrid, ne fait-il pas partie de son appartement?

VIOLANTE

Sans doute, mais...

GUILLEN

N'est-elle pas forcée, par suite delà maladiede sa mère, de le céder pour deux cents ducats, tel qu'il est, avec tous les meubles?

VIOLANTE

J'en conviens, mais...

GUILLEN

Cela ne lui crève-t-il pas le cœur? Car ces lieux lui rappellent sa pure et chaste tendresse pour le jeune marquis de Urreaz.

VIOLANTE

Peut-être, mais...

GUILLEN

Vous voyez bien que nous sommes d'accord... prends ce pavillon.

VIOLANTE

Mais je vous le répète pour la dixième fois: Il est loi il est loué ! il est loué I il est louô !

GUILLEN

Je le sais! je le sais! je le sais !... je le sais

VIOLANTE

Eh bien!... alors?...

GUILLEN

Eh bien ! alors... je le loue !

VIOLANTE

A-t-on jamais vu chose pareille? vouloir louer l'appar- Icment de quelqu'un malgré lui!

GUILLEN

Il le faut bien, chère aïeule, puisque vous ne voulez pas y consentir de bonne grâce. Nous disons donc que ce pavillon a une sortie...

VIOLANTE, avec colère.

Je vous dis que ce pavillon appartient, dès aujourd'hui, à un seigneur qui demeure en face ; qu'il va le joindre à son appartement; que le prix est fixé, accepté, payé... M'entendez-vous?

GUILLEN

Parbleu! si je vous entends!... Je ne fais autre chose depuis un quart d'heure. (Tirant sa bourse.) Nous disons donc que je vais vous compter...

VIOLANTE

Oh! il me fera perdre la tète! (Criant.) Mais j'ai reçu l'argent de ce seigneur. I

GUILLEN

Eh bien! vous le lui rendrez!

VIOLANTE

11 a ma parole.

GUILLEN

Eh bien ! vous la lui reprendrez ! (ii se met à compter son a jent.) Cent... ccut dix...

VIOLANTE, hors d'elle.

Il compte son argent!... Ah! c'est trop fort!... Pou:qiioi ne vous asseyez-vous pas?

GUILLEN

Vous avez raison... je serai plus à mon aise... (ii s'assied

et compte sur la table, à droite.)

VIOLANTE

Ah!...

GUILLEN, toujours comptant. Cent cinquante... (A violante, qui sest approchée de lui.) Heill !

comme c'est heureux que je n'aie pas perdu cela hier soir, avec le reste!... Car, ma chère... c'est le fond de ma bourse.

VIOLANTE

Je vous ordonne de sortir, impertinent!

GUILLEN

Taisez-vous donc!... Vous m'aimez de tout votre cœur, sans le savoir... et si je prononçais un mot... si je vous disais pourquoi je loue ce pavillon, vous me sauteriez au cou ! ... je vous arrêterais. . . mais, vous me sauteriez au cou :

VIOLANTE, passant à droite du bureau.

Ah!... Pour la seconde fois, voulez-vous sortir?

GUILLEN

Je me lève, douce colombe, car j'ai achevé mon compte.

VIOLANTE

Ah ! enfin ! (EUe remonte et va regarder au fond). GUILLEN, sur le devant.

Oui, les deux cents ducats y sont bien.

VIOLANTE, au fond, voyant que Guillen ne bouge pas.

Encore!... Ah! nous allons voir!.. (Eiie son un instAnt par

la gauche.)

GUILLEN

Pauvre jeune fille! cela l'aidera à soigner sa mère, • elle ne quittera pas sa chère retraite... car, ce soir, je lui écrirai : « Mademoiselle, veuillez continuer à occuper ce pavillon jusqu'à ce que je revienne. »... Et comme je ne reviendrai pas... pour une bien bonne raison... Ma foi! Guillen, voilà le premier argent que tu aies bien dépensé dans ta vie!

VIOLANTE, rentrant.

Ah! voici M. Henri de Urreaz.

GUILLEN

Henri ! (Il va à la porte de gauche.)

VIOLANTE

C'est l'heure ordinaire de sa visite, la seule que hii accorde Mademoiselle, et nous allons voir si vous oserez devant lui...

GUILLEN, à lui-même.

Devant lui!... oh! non, non!... il se fâcherait... il no veut pas que je vienne ici. (Haut.) Tenez, bonne femme, voici l'argent.

VIOLANTE, s'éloignaut à droit»

Je n'en veux pas! je n'en veux pas!

GUILLEN

11 faudra bien que vous le preniez...

VIOLANTE

Je n'en veux pas, mauvais sujet!

GUILLEN

Vous n'en voulez pas? Alors, ma foi, tant pis pour ma bonne action! je vais le jouer... Adieu! (ii sort par le fond.)

VIOLANTE

Enfin! nous en voilà débarrassés!... (Au fond.) Je savais bien que je ne les prendrais pas, tes ducats!

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