‹ Théatre. Avec une introdChapitre 108 sur 342 · ACTE IV, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VI

« mienne ; il m'est trop démontré que leurs cœurs et le « mien renferment les mêmes sentiments, et ces senti- « ments sont le respect, l'amour, la plus vive tendresse. « J'aime à me flatter que ces cliers coupables immole- « ront leurs pensées aux vôtres, sacrifieront leurs « penchants à vos volontés. Je juge d'eux par moi; mais « quelles que soient leurs résolutions, ne nous privez « pas du bonheur de vous voir ; ne nous enlevez pas ce « qui fait notre joie, notre consolation dans toutes les « chances de notre vie ; ne montrez pas un visage sé- « vère à vos parents, à vos amis, et surtout à votre « affectionné, malheureux, très-humble et très-obéissant « serviteur et neveu ,

« ROBERT VERNISSAI »

MADAME SINCLAIR

Je ne vois là que des phrases que je suis accoutumée à entendre.

VERNISSAC, continuant de lire.

«Par post-scriptum. Je ne voulais pas vous parler « de vos propres intérêts; j'en aurai le courage. Si vous « me chassezj si ma cousine Louise se marie, vous allez « vous trouver seule et abandonnée; n'y aurait-il donc « aucun moyen d'éloigner cette fâcheuse perspective ? « Réfléchissez, ma chère tante^ et comptez sur moi, sur « mon dévouement^ à quelque titre que vous jugiez à « propos de m' attacher à votre sort. »

MADAME SINCLAIR, prenant la lettre.

"Permettez que je relise le post-scriptum. Il est presque aussi long que la lettre»

VERNISSAC.

. Vous croyez ? J'ai laissé courir ma plume et mon cœur.

MADAME SINCLAIR

Que voulez-vous dire par ces mots ? « A quelque titre

que vous jugiez à propos de m'attacher à votre

sort. »

VBRNISSAC.

Je veux dire, ma chère tante.... mais je veux dire. ... Je vous avoue que je suis fort embarrassé pour développer ma pensée.

M.\DAMB SINCLAIR.

Ne vous troublez pas, et parlez.

VBRNISSAC.

Eh bien, oui, je parlerai. Aussi bien ai-je remarqué que la franchise était la route la plus sûre, surtout avn les âmes nobles et belles comme celle de ma tante. Me préserve le ciel de vouloir vous dire du mal de l'honnête Bardolin et de la vertueuse madame Saint-Laurent; c -pendant il n'en est pas moins évident que leur attachement pour vous est dans le cas de vous paraît i quelquefois suspect. Cela peut-il être autrement? li.^ doivent, par vertu même, puisqu'ils ont des enfants, jeter quelques regards de convoitise sur votre immense fortune. Je crois donc... J'avais donc pensé...., ma chère tante.... Je désirerais tant vous voir dans une juste sécurité sur rattachement des personnes qui vous entourent! Or, pour que cet attachement fût bien complet, bien entier, bien pur, que faudrait-il? Il faudrait que la personne qui vivrait auprès de vous, qui ferait son occupation chérie de vous aimer, de vous servir, de vous prévenir dans tous vos goûts....; il faudrait, dis-je, que cette personne ne pût pas avoir d'autre intérêt que le vôtre; que son sort fût si bien mêlé, si bien confondu avec le vôtre, que ce ne fût, pour ainsi dire, qu'un seul et même sort; et.... figurez-vous deux personnes..., deux âmes réunies par l'estime, lïnclination, n'éprouvant que de nobles passions, et non ce? penchants vils qui entraînent presque tous les hommes, et font trop souvent rougir de soi-même.... M'entendezvous, ma chère tante ?

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