‹ Théatre. Avec une introdChapitre 163 sur 342 · SCENE XXVIII · texte numérisé non relu

SCENE XXVIII

Moi, monsieur, j'ai appris de belles nouvelles pendant votre absence.

MUSARD

Eh quoi! donc... (Admirant son baromètre.) Le beau baromètre !

MADAME MUSARD

D'abord, la place que votre fils sollicitait est donnée à un autre.

MUSARD

On ne l'aura pas jugé capable.... (prenant les sonates.) Les sonates sont de Pleyel.

MADAME MUSARD

Pardonnez-moi, votre fils est capable de tout; tout son malheur est d'avoir un père qui n'est capable de rien.

MUSARD

Ah, capable de rien, madame Mu^ard?

MADAME MUSARD

N'avez-vous pas souscrit des billets à ordre pour le quinze ?

MUSARD

Eh bien, qu'on se présente.

MADAME MUSARD

On s'est présenté, vous n'avez pas payé, on a protesté.

MUSARD

Allons donc... Eh! mais, c'est possible; le quinze au matin j'ai fait dire que je n'étais pas visible ; je voulais achever le dernier volume de ce roman si intéressant.

MADAME MUSARD

Et ces lettres de change sur Dorneville, que vous deviez mettre à la poste ? Elles ne sont pas parties?

MUSARD

Ahl mon Dieul je m'en souviens : en me disputant avec le directeur de la poste sur un apophthepme do médecine (car il est aussi médecin noire directeur de la poste), j'ai mis la lettre dans ma poche, et je l'ai suivi chez un malade. J'ai eu tant d'occupations depuis ce lemps-là !

MADAME MUSARD

Et depuis un mois, M. Dorneville n'a-t-il pas suspendu ses payements !

MUSARD

On me Ta dit.

MADAMB MUSARD.

Étonnez-vous, après ces beaux chefs-d'œuvre, que votre correspondant ne veuille plus faire d'affaires avec vous, qu'on ait donné la place à un autre qu'à votre fils ; et ce procès dont me menaçait mon beau-frère ! si pat aventure M. Lerond....

MUSARD

M. Lerond? je- l'aurais parié; il est pour beaucoup dans tout cela. Maudit homme î rV^t lui qui m'attire tous ces malheurs.

Eh! non, non, monsieur; c'est vous seul qui par votre inertie, votre insouciance, ce que vous appelez le vague heureux de l'esprit, avez tout fait, tout préparé, tout perdu. Or, maintenant, achetez des baromètres, faites des recueils de chansons, félicitez-vous de vous lever tous les matins sans savoir ce que vous ferez dans la journée, de sortir sans savoir où vous irez, de vous égarer dans vos promenades, d'interroger les passants, d'examiner les boutiques, de deviner à quel point en sont deux personnes qui se donnent le bras; trente mille francs perdus, des billets à ordre protestés, notre fils sans état : c'est charmant !

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