‹ Théatre. Avec une introdChapitre 175 sur 342 · L.v Fontaine. ]e Coche et la Mouche · texte numérisé non relu

L.v Fontaine. ]e Coche et la Mouche

Tous mes amis s'accordent à regarder les Voisins comme une des meilleures comédies en un acte. Je suis de leur avis, et j'en tirerais bien plus d'orgueil si la pièce était tout entière de moi. Mais outre la Maison de campagne de Dancourt, dont le fond a quelque ressemblance avec celui des Voisins, je suis obligé d'avouer que le rôle de Malinval, mon principal personnage, se trouve plus qu'indiqué dans un proverbe de Carmontelle, intitulé le Sot Ami. Suivant son usage, Carmontelle n'a fait que dessiner le caractère; je crois lui avoir donné une couleur vive et comique ; mais enfin je ne suis pas le peintre. Ce qui est vraiment à moi, ce sont les caractères des deux autres voisins. Lambert, homme personnel, mais ne croyant pas l'être, prodiguant de bonne foi les promesses, les offres de services, et s'arrètant tout à coup quand il est pris au mot, trouvant des obstacles, craignant de se compromettie, faisant d'ailleurs l'empressé, la mouche du coche, et accusant la lenteur ou la maladresse des autres, me parait un bon caractère de comédie. Il ne sert ici que d'ornement à la î)ièce. Le rôle de Montbrun me paraît aussi comique et plus heureusement placé pour l'action. Égoïste actif, ne se bornant pas à ne rien faire pour les autres, cherchant à nuire pour s'avancer, il vient réparer la gaucherie de Malinval par une

gaucherie d'un autre genre, et qui fait le bien de son rival : ce qui produit un bon dénoûment, sortant bien du fond du sujet et du jeu des caractères. La situation de Durmont reconnaissant Armand pour le fils de son bienfaiteur tient un peu du roman, et je suis tout près de tomber dans le drame; mais comme cette reconnaissance s'opère par l'entremise de Montbrun, qui croit faire merveille contre Armand en disant son véritable nom, le lecteur y trouvera peut-être encore quelque comique.

Il me semble que les mensonges officieux de Malinval, et les vérités inofficieuses de Montbrun sont un moyen de satire assez ingénieux contre les mœurs de l'époque où je donnai Touvrage.

Les calembours, les madrigaux, les romans noirs d'Anne Radclilfe et les chevaux de Franconi se partageaient la vogue sur nos différents théâtres. On voyait sur la scène et dans le monde des adultères et des voleurs intéressants et délicats; les faillites commençaient à devenir un moyeu de fortune ; les scrupules de probité commençaient à devenir ridicules ; la soif de s'enrichir et la passion du jeu étaient presque générales. On ne se faisait aucun scrupule d'avouer qu'on avait de l'argent placé dans des maisons de jeu clandestines, ou tolérées. Presque toutenos dames portaient l'amour de la dépense jusqu'à la fureur. Quelques-unes d'entre elles avaient contracté, pendant le système des assignats, l'habitude du commerce et du courtage, et on les voyait courir Paris le matin en cabriolet, pour obtenir à des amis reconnaissants des radiations, des places ou des fournitures.

C'est à cette pièce que je ci*ois avoir pris l'habjtude d'un style en prose, qui a sa couleur, son cachet, s'il

m'est permis de me servir de cette expression, et que j'ai conservé depuis dans tous les ouvrages que j'ai donnés. Ce style a ses défauts et ses qualités. Son principal défaut, je suis obligé de l'avouer, c'est son imitation trop exacte de la conversation qui le rend souvent diffus, et qui m'amène des locutions trop familières. Son principal mérite, je crois pouvoir le dire, c'est le naturel et quelquefois une espèce de naïveté satirique.

PERSONNAGES

DURMONT, ancien néf?ocianl Dbcliony

ARMAND, négociant Barbirr.

MALINVAL, . Picard.

MONTBRUN, ' voisins de Dunnonl. Habkrt.

LAMBERT, ^ Viony.

CÉCILE, lille de Durmoni Bbfproy.

UN DOMESTIQUE de Durmoni. . . Vai.villb.

La scène est à Auteuil, dans la maison de campagne de Durniont.

COMÉDIE

Le théâtre représente un salon donnant sur un jardin.

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