SCÈNE VII
MADAME DORSAI, MADAME BOURDEUIL.
MADAME BOURDEUIL.
Bonjour, ma chère, je ne vous ai pas revue hier soir: vous êtes rentrée si tard du speclacle ! vous m'avez abandonnée. Bourdeuil avait affaire, et je suis restée Seule, pendant que vous vous amusiez.
. ACTE 1, SCENE Vil. 3ol
MADAME DORSAL
Eh bien, ma chère amie, je vous offre pour ce soir un dédommagement; nous dînons ici tous ensemble, et nous allons ensuite aux Bouffes ; c'est à votre mari que nous devons cette heureuse idée.
MADAME BOURDEUIL.
En vérité !
MADAME DORSAT.
Et vous devez lui en avoir d'autant plus d'obligation que vous sayez qu'il n'aime pas beaucoup les plaisirs, f
MADAME BOURDEUIL.
Du moins, c'est ce qu'il me dit, et je le crois; mais il sort souvent.
MADAME DORSAL
Est-ce que vous seriez jalouse, ma bonne amie ?
MADAME BOURDEUIL, vivement.
Jalouse! Oh! mon Dieu, point du tout; d'abord je n'ai aucun sujet de l'être, mais je voudrais que Bourdeuil eût un peu moins de z'èle pour ses affaires et un peu plus d'assiduité auprès de moi, enfin qu'il lut ce qu'est M. Dorsai.
MADAME DORSAL
Ecoutez-donc, tous les hommes n'ont pas le même caractère. Dorsai a quelques années de moins que votre mari, et il est tout naturel qu'il soit plus vif, plus empressé.
MADAME BOURDEUIL.
Aussi je suis sans inquiétude.... Mais....
MADAME DO USAI
Comment mais?... Encore une restriction ? Comme vous êtes habile à vous tourmenter !
LES DEUX MENAGES.
MADAMB BOURDBUIL.
Me tourmenter? Je vous le rt^pète, jene suis point jalouse; ah! de grâce, n'allez pas me donner un semblable ridicule ; mais j'ai fait dans le monde quelques observations, et sans y attacher trop d'importance. Voyez la société : combien y a-t-il de maris (|ui adorent leurs femmes et qui leur sont infidèles ! Chez les uns, c'est l'attrait du cliangemeut; chez les autres, l»' caprice et la vanité: ajoutez à cela les préjugés si s* véres pour nous et si indulgents ynyur ces messieurs. Et puis le rùle d'homme ù bonnes fortunes est si brillant et si agréable ! Enfin, sans chercher bien loin, le petit Albert aime sa femme ; eh bien, il a une maltress* le gros Désormes aime aussi la sienne, eh bien, il en deux.