‹ Théatre. Avec une introdChapitre 309 sur 342 · BELFORT, FRONTIN · texte numérisé non relu

BELFORT, FRONTIN

FRONTIN

Nous n'avons que ce que nous méritons, monsieur. Pourquoi, diable! nous avisons-nous de courir quand tout le monde dort? En bonne foi, ne devriez-vous pas être las de cette vie errante que vous menez depuis deux ans ? Vous n'en avez pas encore vingt-cinq, et il n'y a peut-être pas un petit coin dans l'Europe que vous n'ayez visité.

BELFORT

Ah! mon cher Frontin, j'ai de grands projets de réforme. Sais-tu ce que je viens faire en France ? Un de mes amis me mande que, tous les jours, mon père

il 4 LKS VISITANDINES.

pleure ma mort, dont il s^accu.se d'être Paiileur. Je ne veux plus lui causer de nouveaux chagrins; j\»i vingtcinq ans, il est temps de prendre un étal. Depuis longtemps mon père exerce la médecine avec honneur à Ne vers; je veux lui succéder. Kn un fiM»K j»» n«» rovions Tjue pour me faire médecin.

FRONTIX.

J'entends : monsieur votre p» rc v»)us cédera son Tonds, et se relireta. Vivat, monsieur! On noits attend sans doute ?

BRLFORT.

Eh! non, vraiment; je veux leur ménager une surprise agréable. Me voici donc enfin de retour dans mon })ays; je n'espérais plus le revoir. Et ma chère Euphémie, comme elle doit ôlre belle à présent!... N'est-ce I)as Frontin?

FKONTI.N.

Elle doit éiio cliaiiuante. Celle Lupiiémie est sans doute une des maîtresses que vous avez laissées dans voire patrie, vi que vous vous flattez de retrouver tidèlc?

BELPORT.

lùipiiciuic, i- nmlin, est la seuk- qin- j aiiiie. Belfort n'a jamais aimé qu'Euphémie, et Belfort Taimcra toujours.

FRONTIN

Belfort fut souvent infidèle, et Belfort le sera toujours. Il vous sied bien de vous vanter d'élre constant I quand il n'y aurait que celte petite aventure galantequi vous a forcé de vous expatrier.

BELFORT

Bah, folie de jeunesse et rien de plus. J'étais à Paris ; la maîtresse d'un homme en place s'avise de me soupijonner un peu de mérite ; il était de mon honneur de lui prouver qu'elle ne se trompait pas. Je fus cruellement puni de celle prétendue bonne fortune, par les trois mois que l'amant titré de la belle, de concert ave<

A(yri- I, SCKXK V. 4i5

mon père, me fit passer au fond d'une prison d'État, où je serais encore peut-être si l'aimable fille de mon geôlier ue m'eût procuré les moyens de gagner les pays étrangers. Être enfermé parce qu'on est aimable, c'est cruel !

FRONÏIN.

Oh! cela crie vengeance, monsieur; mais c'est partout de m 'me, partout le mérite est persécuté. A Madrid, nous sommes obligés de sauter par une fenêtre pour sauver l'honneur d'une femme dont le mari nous attendait au bas de l'escalier. A Rome, je reçois dans ma redingote un coup de poignard qui vous était destiné. En Turquie, j'ai vu le moment où l'on allait empaler le valet, et mettre le maître hors d'état de faire des sottises. A Turin, déguisé en femme de chambre, vous avez le malheur de plaire en même temps à la femme ^omme un joli garçon," et au mari comme une jeune et fraîche soubrette. Je ne sais si vous vous rappelez le coup d'épée qui vous retint six semaines à Berlin; mais je n'ai pas oublié, moi, ce fameux combat à coups de poing que je fus obligé de soutenir à Londres, contre cet honnête artisan avec la femme duquel vous causiez pendant que nous nous battions. Partout nous avons trouvé matière à maudire la méchanceté des hommes.

BELFORT

Et partout matière à bénir la bonté des femmes.

FRONTIN

Oh! cela s'arrangeait à merveille; monsieur prenait pour lui les caresses des femmes, et me laissait les coups de bâton des hommes.

BELFORT

Que veux-tu, mon cher Frontin ! les femmes m"ont perdu. En deux mots, voici mon histoire :

4W LRS VISITANDINES.

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