SCÈNE XXII
LAFLEUR
Encore un trait d'esprit de ce petit sot de Gabriel. Oh ! je vais le gronder.
DORS A Y
Écoute donc, écoute donc, Lafleur; pourquoi le gronder? Je ne t'appelais pas, mais je suis bien aise de te voir. Eh bien, mon ami, tes pressentiments ne te trompaient pas. Je vais être placé. J'ai la parole et l'appui du colonel.
LAFLEUR
J'en fais mon compliment à monsieur.
DORSAY
, Or çà, mon enfant, comme tu disais tantôt, il faut que je songe à monter ma maison. Vite, les Petites-Affiches^ que je cherche les chevaux à vendre, les hôtels à louer, les cuisiniers sans condition. C'est malheureux que ton protégé n'ait pas une plus belle main.
LAFLEUR
Mais je vous assure, monsieur, que je n'écris pas mieux, moi qui vous parle.
DORSAY
Je le sais parbleu bien. Voyons donc encore une fois cette écriture.
LAFLEUR
Ma foi, monsieur, le pauvre garçon, dans son chagrin, a déchiré l'exemple qu'il m'avait remis.
DORSAY
Tant pis.
LAFLEUR
J'ai eu toutes les peines du monde à lui en faire écrire un autre sous ma dictée, parce que moi, qui connais toute la bonté de monsieur.. .
DORSAY
Voyons.
40 LES KICOCHETS.
LAFLBUR) lui remelUnt ua {(iip ur.
Tenez.
DORSâY, lisant.
«Devoirs des valets envers leurs maîtres : soumission, zèle, intelligence. » Eh bien, c'est cela, c'est écrit, c'est pensé, l'orthographe y est. Un caractère fort net, fort agréable. Où diable avait-il eu la tête d'écrire si mal ce que tu m'avais montré d'abord?
LAFLEUR
La crainte de ne pas réussir. La main lui tremblait.
Qu'il se rassure. Que j'aie ma place, il a la sienne Oui, il suffit qu'il soit présenté par toi... Attends donc ; ne m'as- tu pas dit que ce gros linancier se jetait dans la réforme?
LAFLEUR
Oui, monsieur, par le couseil de ses créanciers.
DORSAY
Il faut que je lui écrive sur-le-champ. Son hôtel e.^l peu commode ; mais un salon superbe : c'est ce qu'il me faut. Quant à toi, je t'aime ; tu restes mon premier valet de chambre, mon confident. Demande, mon garçon; sollicite, et compte toujours sur ton bon maître, (ii »ori.)